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Déculturation des élites de droite ?

Par      • 31 Oct, 2008 • Catégorie(s): Sarkozy  Sarkozy    

Traversé par tous les courants de la droite française, Nicolas Sarkozy est un pragmatique matiné d’orléanisme (lorsqu’il prône le libéralisme), de bonapartisme (lorsqu’il prône le retour de l’Etat), de nationalisme (lorsqu’il crée le ministère de l’identité nationale, ce grand ministère de la honte). Seule la composante sociale qui existait en François Mauriac et Charles de Gaulle semble lui faire cruellement défaut ! Là où sa femme actuelle prétend qu’il est aujourd’hui l’homme aux 7 cerveaux, reconnaissons qu’à force de tordre ses neurones dans tous les sens, sa pensée prend la forme d’une bouillie informe et parfaitement indigeste. Lors de la campagne, à la manière d’un Le Pen, il n’a pas hésité à revendiquer l’héritage de Jaurès.

La déculturation

Dans son dernier essai, Après la démocratie, Emmanuel Todd consacre un chapitre à la déculturation des élites. Il y parle notamment de l’actuel chef de l’Etat et de son impossible élection. Enfant de mai 68, élu par les « petits bourgeois » et les vieux, Sarkozy est tout le contraire de ce pour quoi il s’est fait passer. L’historien n’est pas tendre. Comment un homme qui est animé par une vision « libertaire » est-il en capacité de trouver une solution à une crise qui exige de l’interventionnisme ? Henri Guaino, malgré tout son talent, ne peut pas « aculturer » avec ses discours un personnage qui vit dans une autre époque, dans un autre monde. Pour faire court, Sarkozy ne peut pas être l’homme de la situation même s’il tente d’emprunter les habits du grand commandeur en repompant en permanence les idées des autres. Gordon Brown et Angela Merkel en ont fait les frais lorqu’il s’est approprié le plan d’urgence de la finance européenne et le mini-traité de Lisbonne.  Sarkozy n’a pas les moyens de comprendre ce qu’il se passe, tout simplement. Ce n’est évidemment pas une question d’intelligence. C’est une question de culture.

Et après ?

Pour Emmanuel Todd, invité de France Culture cette semaine, les classes moyennes vont, tôt ou tard, « se payer » les 1% des plus riches d’entre nous. Certes, c’est un scénario possible. Il évoque un autre scénario sans toutefois lui accorder beaucoup de crédit. C’est celui du repli « identitaire » qui, en d’autres temps… de crise, a amené au pouvoir les régimes totalitaires.

La Vième, un outil à ne pas mettre dans toutes les mains !

Loin d’avoir renforcé les droits du parlement, comme quelques « grands benêts de gauche », confondant politique et activité alimentaire, semblent ici ou là le prétendre, la dernière révision de la constitution aura surtout  accru le caractère présidentiel de la Vième République. Or, malgré les pratiques, la Vième est, par nature, un régime d’essence parlementaire. Nous avons pu le mesurer d’ailleurs lors des cohabitations de 1986, de 1993 et de 1997. Certes, le quinquennat aura profondément changé la donne.

Sur le ton de la confidence, sans bruit, l’ancien candidat à la Présidence parlait très sérieusement, avant le 1er tour de la Présidentielle de 2007, de la possibilité d’une alliance avec le FN en 2012. L’hypothèse rejetée par Emmanuel Todd reste à mon sens, hélas, parfaitement envisageable. La grande inconnue est de savoir si, culturellement, Sarkozy serait capable de le faire. Ce ne serait pas de déculturation qu’il faudrait alors parler.

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3 Réponses »

  1. Je trouve Emmanuel Todd bien  » optimiste “…

    Comment évaluer le poids de la frustration des classes moyennes vis-à-vis des 1% ?
    Je n’ai pas le sentiment que le transfert de richesse du travail vers le capital, par exemple, soit perçu autrement qu’une fatalité, voire un marqueur de la modernité, tant qu’on pouvait soi-même, si on disposait d’une fraction même infime de ce capital, l’utiliser comme un gadget accumulateur en pariant en bourse sur l’éternelle croissance, imitant ainsi ceux de l’inaccessible sphère supérieure.
    Un ascenceur social virtuel, en quelque sorte.

    De même, la crise financière, souvent décrite comme un accident industriel dù à l’absence de contrôle interne des institutions financières et à la goinfrerie de quelques traders, est réduite, in fine, à un seul mot : titrisation.
    Le côté hermétique du vocable étant une justification en soi.

    Par contre, le repli identitaire me sembe bien amorçé, il a commencé à partir du moment ou une génération a pu se dire que la suivante aurait une vie plus difficile qu’elle.

    Un peu le blues, ce matin…

  2. @eguor

    Tes mots sonnent justes, trop justes.

  3. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais je crois que la France est viscéralement de droite, attachée avant tout à la théâtralité du pouvoir, tant qu’elle peut adhérer aux symboles qu’il produit.

    L’ironie de l’histoire est peut-être justement le bric-à-brac symbolique promu par la droite actuelle,que la gauche n’ose pas synthésiser et attaquer de front, préoccupée avant tout de se débarasser de sa propre histoire en lui imputant en partie la cause de ses échecs (ça n’engage que moi).

    Peu importe la matérialisation de ces symboles dans la vie réelle, ils peuvent s’auto-suffire, s’ils contiennent une projection vers un lendemain même toujours repoussé.
    C’est peut-être ce que certains décrivent comme l’absence de pragmatisme de ce pays.

    J’ai toujours été un optimiste de nature…;-)