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Etre et avoir été : sortir de la logique d’Epinay !

Par      • 6 Avr, 2008 • Catégorie(s): Parti Socialiste  Parti Socialiste    

François Mitterrand, en 1971, à Epinay, avec beaucoup d’autres, fit le choix de la stratégie de l’union de la gauche, stratégie qui prévalut avec Lionel Jospin jusqu’en 2002. L’opération de hold-up réussie sur le Parti communiste permit à la gauche d’arriver au pouvoir 10 ans plus tard et eut comme effet collatéral de provoquer hélas un transfert du vote protestataire vers l’extrême-droite. A l’occasion des dernières municipales, notre Parti qui nous donna consigne de rester dans le cadre de nos alliances historiques laissa faire un peu tout et aussi hélas n’importe quoi. Je pense à François Rebsamem à Dijon dont la stratégie nous fit perdre le Conseil général des Côtes d’or. A souligner que, dans cette fédération, personne n’a sourcillé sur ce qui s’est passé au Neubourg ! J’ai déjà eu l’occasion d’échanger avec Eric Villedieu sur cette question. Autant vous dire que, malgré nos très nombreux points de convergence, nous avons sur ce sujet une énorme divergence.

1ère remarque. La situation d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle d’Epinay. La France s’est engoncée dans les habits du bipartisme. Le quinquennat et le scrutin majoritaire incitent au vote utile. De nombreux électeurs communistes, lors des dernières présidentielles, ont voté Ségolène Royal alors que de nombreux socialistes votaient François Bayrou et Olivier Besancennot. L’absence de discipline des uns et des autres a permis la présence de notre candidate au 2ième tour. Nous l’avons échappé belle. Le Parti Communiste, s’il peut continuer à exister sur le plan local, est aujourd’hui pris en sandwich entre Besancennot et le PS. Je ne vois pas comment il peut aujourd’hui espérer sortir de cette situation, d’autant que les différences de culture politique entre le PCF et la LCR ne sont pas de nature à favoriser le moindre rapprochement.

2ème remarque. Ce que nous avons vu lors des dernières cantonales et municipales dans l’Eure est très représentatif des stratégies qui nous divisent. D’un côté, vous avez le canal historique du Parti Socialiste qui souhaite que nous continuions à privilégier les alliances historiques avec le PRG et le PCF, n’hésitant pas à sacrifier certains d’entre nous sur l’hôtel de l’efficacité électorale. De l’autre, vous avez une partie des socialistes qui évite de se poser la question, s’alliant avec qui veut bien s’allier. Verts, modem, LCR et PCF. Pourquoi pas ! Force est de constater que la 2ième stratégie a hélas complètement échoué. Pour autant, doit-on se rallier à la 1ière ?

La première observation est que nous avons gagné parce que l’électorat qui avait voté Sarkozy en mai 2007 n’est pas allé voter en mars 2008. Le sursaut électoral du PCF traduit le retour d’une certaine forme de vote protestataire, du fait de l’état d’agonie du Front National assassiné politiquement par un maître en la matière. Je veux parler de Nicolas Sarkozy. Il y a donc bel et bien une illusion dans cette victoire à la Pyrrhus. La deuxième observation est que la présence de la gauche sur le plan local est très largement souhaité par une opinion toujours soucieuse de la recherche d’une certaine forme d’équilibre politique depuis que le quinquennat la prive de cohabitation.

La deuxième observation est que, dans la rhétorique « systémique » ou apodictique qui est, aujourd’hui, la mienne ;+), je crois que la question des alliances est un faux problème. L’énergie que nous y consacrons nous empêche de nous concentrer sur l’essentiel. C’est par un projet cohérent que nous pourrons fédérer autour de nous. Quant à l’inverse, c’est la garantie de la chronique d’une mort électorale annoncée.

Renforcés par ses succès électoraux aux cantonales, régionales et municipales, nos élus-militants passent plus de temps à partager leur temps de vie politique avec l’UMP, le Modem et le Nouveau Centre qu’à aller dans le champ du mouvement social. Cette proximité nous « contamine » idéologiquement amenant certains de nos camarades à parler d’assistanat sans se rendre compte de toute l’abjection anti-humaniste de ce mot. Je me souviens de Manuel Valls déclarant qu’il était prêt à faire un bout de chemin avec l’UMP sur la question de l’immigration. Je reprenais une information d’Olivier Bonnet. Cette proximité a sans doute été l’un des facteurs qui explique l’ouverture sarkozyenne et le ralliement de certains de nos ex-camarades.

Or, le mouvement social, aujourd’hui, s’appelle Attac et l’institution de la taxe Tobbin. Le mouvement social, c’est de s’opposer de tous nos forces à tous les obscurantismes, à celui des semenciers et de Monsanto, à celui du lobbying des pétroliers et de la filière électro-nucléaire, à celui des publicitaires et du consumérisme, à celui de l’individualisme institué , de la destruction des solidarités et du repli sur soi, à celui des stocks options et de l’hypercapitalisme financier, à celui des brevets sur le vivant et sur les logiciels. Nos statuts obligent nos adhérents à être présents dans le mouvement social, associatif et syndical. 40 ans après mai 68, la ligne de fracture au sein du Parti Socialiste et de la société française reste la même. Mitterrand avait réussi un tour de magie en réalisant une synthèse improbable. Sauf que voilà n’est pas François Mitterrand qui veut. Les circonstances ne sont pas les mêmes. Il nous appartient de réinventer le Parti Socialiste, réinventer de nouvelles utopies et prendre le risque d’être pris pour de joyeux « cinglés ». Après tout, que risquons-nous ! En nationalisant en 1981 les entreprises publiques à 100% là où 51% suffisait, nous avons fait bien pire. En abolissant la peine de mort, nous avons fait bien mieux.

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