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Professionnalisation de la politique : cimetière des gauches !

Par      • 19 Déc, 2011 • Catégorie(s): Militer  Militer    

Ce billet a été initialement écrit le 1er octobre 2009… Quid depuis, de la gauche en France ? Nous verrons malheureusement le résultat en mai 2012 !

L’article de Rémi Lefebvre, professeur de Sciences politiques à Lille II, dans le Monde diplomatique de ce mois rappelle en tous points les propos de Martine Billard lorsqu’elle décida de quitter les Verts en juillet 2009. Rien de neuf sous le soleil : Max Weber évoquait l’émergence du professionnel de la politique dès la fin du XIXe siècle ! En discours, les partis de gauche se sont toujours opposés à la professionnalisation, alors qu’ils ont à peu près toujours fait le contraire.

Effet d’éviction

Gestionnarisme, lautre cimetière de la gauche ?

Il y évoque la dépolitisation du discours local, le non renouvellement des élites à gauche, l’apolitisme en guise de projet, le cumul des mandats. Les partis sont devenus des conglomérats de notables locaux mus par leurs propres intérêts et par la rente électorale que leur confient leurs mandats qu’ils cumulent en dérogeant aux règles de leurs propres partis. Il rappelle, dans l’article, les cas de Dominique Voynet et de Noël Mamère.

Pour les Verts, il reprend les propos de Martine Billard qui estime à 2000 le nombre d’élus et de salariés sur 5000 militants. Concernant le Parti Socialiste, on serait plus proche  des 40%. Martine Billard évoque aussi les associations qui vivent des subventions des exécutifs locaux et territoriaux dans lesquels exercent de nombreux adhérents des partis de gauche.

Rémi Lefebvre reprend l’analyse de Pierre Bourdieu sur la politique vue comme « un champ autonome replié sur ses jeux et enjeux propres » et qui « s’apparente à une caste inamovible« . La gauche s’éloigne ainsi des groupes sociaux qu’elle est censée aujourd’hui représenter.

Mais, sans doute, l’élément le plus intéressant me semble la mise en valeur d’un effet d’éviction explicatif des défaites de la gauche sur le plan national. Pour lui, la gauche socialiste serait en pleine molletisation. Les élus auraient fait le choix du local pour mieux préserver leurs propres intérêts du fait que les élections intermédiaires sont toujours défavorables au pouvoir en place.

Pourquoi ?

Il manque à l’article de Rémi Lefebvre une explication quant aux raisons de la dérive des partis de gauche. Pour ma part, j’en vois deux. La première, c’est que la politique est devenue un outil de promotion sociale, un moyen de s’extraire du groupe social à l’heure du descenseur social. Sur ce point, les choses ne sont pas prêtes de s’améliorer.  La seconde, c’est le désir mimétique à être – ou paraître – dans une représentation de la politique mise en avant très artificiellement par les médias et l’imaginaire institué. De ce point de vue, il y aurait beaucoup à dire quant à sa réalité et au peu d’autonomie dont font preuve les partis de gauche ! On pourrait évoquer, à titre d’illustration, la théatralisation outrancière et insupportable des meetings des partis de gauche.

Crédit photos : Librairie Pantoute ; Office belge de tourisme ; Superbibi

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3 Réponses »

  1. bonjour

    merci pour cette note

    je ne suis pas d’accord sur un point : la politique comme moyen de promotion sociale, non, les élus ne sont pas d’origine populaire et c’est bien le pb, la politique pouvait être il y a trente ans un support d’ascension sociale, elle ne l’est plus

    bien à vous
    rl

  2. @ Denis
    Merci d’attirer l’attention sur cet article effectivement capital pour qui veut comprendre la situation de blocage généralisé dans laquelle se trouve l’ensemble des militants de la Gauche traditionnelle.
    A mon sens,elle résulte bien, pour l’essentiel, d’une tendance des élus à phagocyter le champ du politique ,le tout amplifié bien évidemment par l’âpreté du contexte économique qui amène de plus en plus de citoyens à utiliser la politique comme un ascenceur social,ce que tu mets à juste titre en évidence dans ta conclusion mais qui n’est nouveau que dans l’ampleur constatée.Martine Aubry s’inscrit d’ailleurs bien dans cette optique de renouvellement du « personnel politique »en appelant ce soir les militants à voter pour une limitation du cumul des mandats,une limitation,je te le concède très limitée…mais c’est un début.

    Pour autant,il nous faut prendre garde à ne pas confondre cause et effet.Polariser la réflexion politique sur la confiscation de celle-ci par les élus devenus de véritables professionnels, risque à mon sens de nous faire tromper de cible.D’ailleurs,l’examen de cette question,objectivée sur le terrain,risque d’être sérieusement nuancée.A partir de quand peut-on dire d’un élu qu’il confisque le champ du politique?Là,je m’adresse à l’élu que tu es.La cause (et cible) majeure me semble plutôt être le vide idéologique qui s’est installé face au libéralisme depuis l’échec historique du communisme.Le postulat social-démocrate n’ayant jamais constitué une idéologie,ayant même pour l’essentiel contribué à brouiller les pistes et au bout du compte ayant échoué tant dans ses politiques sociales que dans ses stratégies politiques,tout reste à réinventer…

    Sans prétendre conclure mais au contraire pour continuer à contribuer au débat,je pense que oui il faut déprofessionnaliser la politique et la rendre au citoyen,oui il faut réduire le cumul des mandats et aller très loin dans ce sens.Est-il concevable comme l’écrit Rémi Lefèvre dans cet article que l’Assemblée nationale compte une majorité de députés de plus de cinquante cinq ans et que de surcroît celle-ci ne compte plus aucun représentant d’origine ouvrière?

    Encore merci Denis pour avoir attiré l’attention sur cet article passionnant,bien vu.

    Très cordialement

  3. @remi

    Le déclassement atteint aujourd’hui très largement les classes moyennes. tout le monde est en passe d’appartenir aux classes populaires.

    @jean-paul

    Tout à fait d’accord avec toi sur le vide idéologique – ou le trop plein de droite – que constitue la social-démocratie. A mon sens, la social démocratie née aussi de la proximité et des capacités d’auto-reproduction des élites qui en viennent à fabriquer le consensus mou. Dans les facteurs d’émergence de la social-démocratie, ne faut-il pas voir toute la force de l’imaginaire institué d’un capitalisme triomphant ?

    Je vois que tu es, toi-aussi, un lecteur du Monde diplomatique, un des rares journaux d’information et de réflexion indépendant qui nous reste en France. Bien à toi.

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