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Pour militer en musique

Par      • 15 Juil, 2009 • Catégorie(s): Militer  Militer    

Ma psy ayant pris des congés, je profite que les colonnes de Voie Militante me soient ouvertes cet été pour continuer ma bloguothérapie. Une des dernières fois où j’y suis allé, elle me disait la chose suivante: «c’est absolument incroyable avec vous, vous mettez une date sur tous les grands événements de votre vie en vous référant aux dates des élections». C’est vrai que je suis né en 1974, et je me souviens très bien de l’avant/après 1981, 1986, 1988, 1993, 1995, 1997, 2002, 2007… pour ne parler que des scrutins présidentiels et législatifs, car je peux aussi dater beaucoup d’événements en me référant aux années des scrutins européens et communaux.

Année Pedro Delgado

D’autres personnes arrivent à dater les grands événements de leur vie par rapport aux vainqueurs de Rolland Garros, du Tour de France, du prix Goncourt. Imaginez la phrase suivante: «en quelle année est née ma fille, déjà… c’était l’année du Goncourt d’Erick Orsenna… ha oui: 1988». Avouez que ça fait quand même beaucoup plus classe que de se référer à l’année où Pedro Delgado a gagné son Tour de France. Honnêtement, j’ai du chercher dans Wikipédia pour retrouver qui avait gagné le Goncourt en 1988, alors que Delgado, je l’avais en mémoire. Enfin bon, tout ça pour dire, qu’en plus d’être la seule année où Pedro Delgado a remporté la grande boucle – note pour le tagueur de l’article: il ne faudra pas oublier le tag «Pedro Delgado», ça va lui faire plaisir –, pour moi, 1988, c’est l’année de la réélection de François Mitterrand. Remarquez que je ne porte aucun jugement de valeur, c’est juste un fait : François Mitterrand a été élu en 1988, tout comme suite à la victoire de la droite lors des élections législatives de 1986, Jacques Chirac est devenu premier ministre… et a nommé Philippe de Villiers comme secrétaire d’État auprès du ministre de la Culture et de la Communication. Encore un autre fait sur lequel je ne porte aucun jugement de valeur. L’histoire s’en est chargée: plus personne ne pense qu’un jour quelqu’un ait pu appeler Philippe de Villiers, «Mr le ministre».

Années Culture et musique

La Culture…, ça aussi ça marque une époque, et je ne sais pas pour vous, mais pour moi il doit y avoir dans mon ADN de militant une séquence concernant la musique. Avant 1981, je n’étais évidement pas maître de la programmation musicale, mais on peut dire que j’ai eu de la chance : mes parents passaient en boucle «Ferrat 80». Ferrat: lors de son pot de retraite, un enseignant de mon village à interpréter «Ma France»… une chanson de 1969, que l’on pourrait encore chanter de nos jours entre camarades:

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
Ma France

Dans les années 80, j’ai beaucoup écouté Renaud. A l’époque il remplissait le Zénith un mois durant au moment des législatives de 1986. Je me souviens également d’un gigantesque concert en 1985 place de la concorde à l’initiative de «touche pas à mon pote». J’avoue ensuite avoir un gros passage à vide au début des années 90. Peut-être qu’à cette époque les chanteurs sentaient moins la société, ou que j’étais plus intéressé par le Tour de France que la programmation de la Fête de l’Humanité. Viennent ensuite mes 9 années passées sur Toulon de 1992 à 2001. Années très riches en militantisme et en chants de lutte. Il y avait les Béruriers Noirs avec «la jeunesse emmerde le Front National», les Sinsémilia qui «pissaient sur la flamme», les Motivés! avec leur version du chant des partisans, les NTM qui se demandent toujours ce qu’on attend pour « foutre le feu et ne plus suivre les règles du jeu », le tube de l’hiver 1995 : «tous ensemble». Je n’oublie pas non plus l’internationale… . A cette époque, militer et faire la fête n’étaient pas incompatibles. J’étais à Évreux le 19 mars de cet année dans le cortège des socialistes lors de la plus grosse manifestation des ces dernières années. C’était bien car il y avait du monde, mais franchement, qu’est-ce qu’on a pu se faire chier !!!. Je sais bien que je sujet est grave, mais puisqu’on était là dans la rue avec rien d’autre à faire que de marcher, on aurait pu en profiter pour faire un peu la fête.

Pour les élections de 2002, je ne me souviens pas d’une chanson «militante». En 2007, j’ai bien peur que la chanson de la gauche soit la même que celle de la droite: «la marseillaise»… je n’ai rien contre notre hymne national – je l’ai même chanté aujourd’hui… 14 juillet oblige  – mais je ne suis pas certain que ça soit le bon chant pour mobiliser le peuple de gauche.

Artistes de gauche ?

Et maintenant ? La dernière fois que l’on a entendu des artistes de gauche, c’était pour soutenir Hadopi. Et là, je suis tombé de haut : comment peut-on en tant qu’«artiste de gauche» sentir aussi mal la société? Je ne vais pas redire ici tout le mal que je pense de cette loi, mais elle est liberticide, tout en ne réglant pas le problème de la chute des revenus de l’industrie du disque. Il y a en pourtant des chanteurs qui se réclament de gauche… il n’y a qu’à voir la liste des artistes présents lors du meeting de Charlety entre les deux tours des présidentielles de 2007, mais mêmes si ces artistes sont engagés, leur œuvre elle ne l’est pas.

Alors bien sûr, il existe encore des chanteurs dont l’œuvre est engagée. On les retrouve principalement dans la culture Hip-Hop. Lors des dernières élections européennes, Europe Écologie a mis en avant le groupe «l’Homme Parle», dont l’album «militant du quotidien» est vraiment très bon. Je peux aussi vous conseiller le groupe de Rap «Ministère des Affaires Populaires»… Mais franchement, j’imagine mal passer ce genre de musique au PS. PS (sans jeu de mots), si vous avez des artistes à me conseiller, je me ferai un plaisir d’écouter leur musique sur Deezer ou MySpace, puis de la télécharger légalement si cela me plait.

Voilà, j’en ai fini pour ma séance de bloguothérapie. Je vais poursuivre ma journée en terminant le livre de Flore Vasseur «Une fille dans la ville», puis en écoutant un album de Bénabar: des œuvres très nombrilistes – bien que très bonnes– qui reflètent bien l’air ambiant d’une société qu’il faut plus que jamais transformer.

Crédit photos : Désirs d’avenir 11, Armor Passion

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