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Femmes, femmes, femmes

Par      • 27 Fév, 2010 • Catégorie(s): Militer  Militer    

Florence Aubenas a travaillé au nettoyage des cabines de ferry à Ouistreham, comme elle le fait remarquer, jamais un homme n’est affecté aux « sanitaires », ce sont toujours les femmes qui effectuent cette corvée.

Un parallèle s’impose à propos des enfants : bien que la profession ait une légère tendance à se masculiniser, on voit toujours plus de femmes dans les hôpitaux, ou les écoles maternelles, ou les crèches : qui dit toilettes, soins corporels dit femmes !

Madame Badinter fait partie des « féministes » de l’indifférenciation : le partage doit être absolu puisque nous sommes les égales des hommes, semblables en tout point (cela rappelle les américaines qui brûlaient leurs soutien-gorges ou certaines femmes qui gommaient leur seins, ou refusaient de s’épiler, dans les années 70). Ainsi elle s’en prend aux adeptes de l’allaitement et des couches non jetables.

Elle regrette les années 70 où la maternité était devenue « légère ». Pas pour tout le monde, car vouloir se donner le plaisir d’allaiter son enfant assez longtemps relevait du parcours du combattant : on entendait, dans la bouche du pédiatre : il faut choisir, c’est vous ou l’enfant ! Pas moyen de trouver un tire lait d’usage facile qui permettait de stocker du lait en cas d’absence.

Dans la résolution votée au parlement cette semaine pour que le meilleur soit choisi dans les lois européennes concernant les femmes, il y a résolution de respecter les durées de congés parentaux accordés en Suède. On oublie vite de préciser qu’au bout de quelques années, de rudes conclusions s’imposent sur les limites de la loi : les hommes n’ont pas choisi le foyer, la tâche des femmes n’a pas été allégée, et ce malgré force marketing pour changer l’image de l’adulte autour du bébé.  Alors de grâce Madame Badinter, ne venez pas au secours des Rachida Dati et autre jeunes mères de l’actuel gouvernement, qui sacrifient le temps auquel leurs enfants ont droit. Si les femmes doivent avoir le droit de choisir la maternité, et nous sommes nombreuses à nous être battues pour ce qui est encore loin d’être un acquis définitivement, ces femmes (et quelques hommes zélés aussi !) doivent respecter le droit des enfants à profiter de leur mère… en faisant qu’elles soient soulagées, de certaines corvées, domestiques ou salariées. Jean Marie Pelt écrivait que, de tous les mammifères, les êtres humains étaient les seuls à faire preuve de cruauté envers leurs petits ! Madame Badinter a su décrire (dans son livre de 1980) que « l’instinct maternel » n’était pas si facile à développer : il se trouve que c’est par le toucher, le portage et l’allaitement que ces facultés non innées se développent pour le plaisir de tous. Il fallait, disait-elle à l’époque, que l’amour paternel vienne au secours des enfants dont les mères travaillaient.

Le droit à allaiter, un droit imprescriptible et inaliéanable !

Le droit à allaiter, un droit imprescriptible et inaliéanable !

Que l’on ne fasse pas de procès aux femmes qui aiment allaiter et donner d’elles-mêmes en toute connaissance de cause. Bizarrement ces accusations tombent peu de temps après une campagne sur la maltraitance à l’hôpital.  On forcerait donc les mères à allaiter, on négligerait de sourire aux patients… Est ce que cela ne cacherait pas le reproche principal des autorités : on a refusé de se vacciner massivement, et on pourrait dénoncer ce gaspillage sans nom alors que le service public de santé avait tant besoin de cet argent ?!

Sur les ondes Madame Badinter trouve scandaleux que les femmes doivent payer le lait artificiel donné au nourrisson : c’est oublier que ces quelques jours ne sont rien au regard des dépenses que le non allaitement entraîne. Cet oubli est bien étrange chez une femme qui dénonce fort justement la précarité des femmes, dont les retraites vont être bien plus minces que celle des hommes, surtout si leur double journée les a empêchées de poursuivre des études ou de faire les stages et autres formations pour améliorer leurs compétences. Combien de temps partiels sont pris par les femmes fatiguées car les hommes consacrent peu de temps aux enfants et à la maison, que les frais de garde sont élevés et les salaires féminins inférieurs ?

Si on veut vraiment se montrer respectueux de l’égalité, réclamons que les messieurs exigent et prennent des congés paternité. Sans oublier de leur dire qu’ils nettoient donc les sanitaires aussi. A moins que leurs moyens ne leur permettent d’employer « une » femme de ménage pour « aider » leur compagne.

Quel est l’impertinent qui osera un reportage ayant pour base une annonce de type : homme cherche heures de ménage…

Le 11 mars au Rex à Bernay, à 20h15, aura lieu la projection de Domination Masculine ; cette projection est un partenariat entre le PIJ de la ville de Bernay et la Boite à Films : la citation de Madame Badinter (partager l’univers et les enfants avec les hommes) et le contenu du film ne vont pas manquer d’occasionner un intéressant débat.

A suivre : couches non jetables et autres pratiques ancestrales : point de rupture entre écologie et féminisme ?

Crédit photos : L’espoir d’un souffle de vie, Paperblog, AmériQuébec.net

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2 Réponses »

  1. Juste une expérience vécue : Quand j’étais plus jeune j’ai voulu faire du baby-sitting. Etant titulaire du BAFA je pensais que cela ne serai pas trop difficile. Et bien non, un homme ne peut pas bien s’occuper des enfants !
    Revenons aujourd’hui, je pense que Mme Badinter ne cherchais qu’à promouvoir son livre, sans vraiment réfléchir aux conséquences de ses mots. Je suis un papa qui fait le ménage (un peu), la cuisine (beaucoup) et qui change son fils avec des couches lavables (j’ose espérer que je ne suis pas le seul !). Au contraire de Mme Badinter, je ne vois pas en quoi les couches lavables avilissent la femme ; surtout depuis que la machine à laver existe. N’hésitez pas à jetter un coup d’oeil sur mon article sur les couches lavables : http://wp.me/ptBUc-l6

  2. Tout à fait d’accord avec vous Marie-Noëlle. J’aime beaucoup Elisabeth Badinter, cependant pour moi nous avons beau être égales aux hommes, nous n’en sommes pas moins des femmes, donc soyons fières de nos différences !
    La peinture de notre société que vous faites est très juste, malheureusement.
    Il n’empêche que je connais un formidable papa que son épouse fait passer pour un père négligent à la première occasion et tout le monde « marche »… les a priori ont la peau dure !
    Pour conclure, vive les bébés bio ! Et leurs parents…
    N. B. : @ LGV les couches lavables font souvent d’adorables gros popotins ! ;+)