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Europe Ecologie : pour éviter que nous soyions en marche… arrière !

Par      • 27 Avr, 2010 • Catégorie(s): Militer  Militer    

L’appel du 22 mars lancé par Dany Cohn-Bendit le lendemain du 2e tour des élections régionales n’aura pas mobiliser les foules !!! C’est le moins qu’on puisse dire. Et je suis loin de partager l’enthousiasme « raisonné » d’Alain Lipietz lorsqu’il écrit récemment : « Europe Ecologie : ça ne va pas si mal « . Alors que toutes les voix des oligarques autoproclamés d’Europe Ecologie restent désespérément muettes aux questions posées par les militants, l’ancien secrétaire national des Verts a au moins le mérite d’écrire et de nous parler. Il est aujourd’hui le seul à tenter de fournir quelques éléments de réponse dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont totalement contradictoires !

Eva Joly… tout un symbole

C’est sur un blog d’un franc-maçon de la GLF que j’avais vu, au lendemain des élections européennes, l’hypothèse de la candidature d’Eva Joly. Dans un pays rythmé par les élections présidentielles, même si j’en comprends le raisonnement, il serait effectivement suicidaire pour la 3e force politique française de ne pas présenter de candidat. Après que Dany a déclaré ne pas être intéressé, après que Cécile Duflot a reconnu qu’elle n’était pas la meilleure candidate (je crois que c’est vrai !), c’est Yannick Jadot qui a relancé malicieusement, sur les ondes d’une radio périphérique, l’hypothèse de la candidature d’Eva Joly. Le journaliste lui avait, quelque peu, tendu la perche !

Alors qu’Europe Ecologie n’est toujours pas structuré, alors que nous n’avons toujours pas réalisé le travail nécessaire autour de la recherche d’un socle idéologique commun, la candidature d’Eva Joly a le mérite d’éviter de poser les questions qui fâchent à des militants verts et non verts qui doutent de plus en plus du sens de leur engagement au sein d’un mouvement qui ressemble de plus en plus au bateau fantôme. Les pessimistes parleront peut-être d’un nouveau radeau de la Méduse comme la vie politique sait parfois en produire. N’allons pas jusque là.

Et pourquoi ça va mal ?

La volonté de contrôle et de domination des appareils régionaux verts a été, pour beaucoup d’entre nous, le tombeau de nos espérances. Or, de ce mode de fonctionnement, rien n’a été remis en cause. On ne change pas des équipes qui perdent ! Signataires opportunistes de l’appel du 23 mars, quelques oligarques verts sont parvenus à enfermer Dany Cohn-Bendit dans un jeu d’alliances qui aura eu raison de la dynamique fragile de sa démarche. En pragmatique, coincé entre la veille garde des Verts et Cécile Duflot, le député européen a dû choisir. Europe Ecologie est devenu l’objet d’une lutte de pouvoir et de différents stratégiques antagonistes au sein des Verts !!!

Et pourtant !

Les amis d’Europe Ecologie sous l’impulsion de Gaby Cohn-Bendit avaient montré la voie. Il fallait ouvrir les portes en grand sans se poser de questions : la politique est l’art de rassembler les contraires. A deux doigts de basculer dans le grand rassemblement, CAP 21 et le MEI ne s’associeront pas à notre démarche reléguant Europe Ecologie au stade d’une annexe du parti Vert. Tout cela est désormais de l’histoire ancienne.

Pour ceux qui avaient espéré en un projet d’écologie politique autonome au lendemain des Européennes, les oligarques verts nous opposent une bien tristounette stratégie d’union de la gauche, à 180° de celle qui avait été portée au niveau des Européennes sur la base de valeurs élargies à d’autres  périmètres politiques !!! Je reste convaincu, pour ma part, que c’est cette stratégie d’union de la gauche qui a amené l’écologie politique dans le bac à sable en 2007, soldant la fin d’un cycle et peut-être d’une utopie, la seule qui nous reste… Pourquoi voter pour des écolos de gauche là où la gauche prétend aujourd’hui faire de la social-écologie ? Malédiction de l’écologie politique : les Verts sont parvenus une seconde fois à transformer l’or en plomb.

Essayons de continuer quand même.

L’une des pistes de structuration issue des quelques collectifs qui travaillent activement est la départementalisation du fonctionnement d’Europe Ecologie. Organisé autour du parti des Verts, Europe Ecologie en singe les modes de fonctionnement. Or, à l’occasion des européennes et des régionales, nous avons pu mesurer toute l’inefficacité militante associée à ce type d’organisation. Pour la région Haute-Normandie (soit près de 2 millions d’habitants), nous comptions à peine plus de 10 personnes dans les comités de campagne des Européennes et une vingtaine de personnes pour l’animation des régionales ! Cela aura au moins permis aux directions régionales des Verts de garder la maîtrise totale sur ces deux processus électoraux. Mais à quel prix ? Il faut aujourd’hui rapprocher le militant du centre de décision !

La 2e proposition que je ferais est la rupture avec le vote à chaud lors d’assemblées générales qui font très souvent la part belle aux points de vue d’orateurs qui n’ont pas grand chose à dire. Les assemblées générales départementales doivent être des lieux de débat. Après réalisation de comptes-rendus en mode collaboratif que chacun des participants pourrait amender, les votes pourraient  se réaliser quelques jours après consultation de ces comptes-rendus par l’ensemble des militants. Le vote à froid est préférable au vote à chaud ! A tous les échelons (national, départemental et local), les décisions seraient réputées admises dès lors qu’elles seraient acceptées par 2/3 des votants ! Il faut en finir avec la règle du consensus qui permet à des minorités de contrôler l’expression majoritaire.

La 3e proposition est la nécessaire transformation d’Europe Ecologie en mouvement politique autonome et d’en finir avec la notion de collèges. Transformé en force politique autonome, Europe Ecologie doit permettre l’adhésion directe. Mais soyons lucides : forts de leurs 8500 militants, les Verts auront, de leur côté, à trancher sur la « fusion » de leur mouvement avec le nouvel espace que nous tâchons difficilement de constituer ensemble. A quoi peut bien servir, en effet, de maintenir deux appareils en parallèle, en dehors de disperser le peu de forces militantes dont nous disposons ?

La 4e proposition que je ferais est l’autonomie d’action et de parole sur le principe de subsidiarité au niveau des comités locaux dont le périmètre doit se caler sur les communautés d’agglo en milieu urbain et sur le périmètre des pays en milieu rural. Le risque de se coller à l’échelle intercommunale en milieu rural est en effet de manquer singulièrement de forces militantes !

Crédit photos : les Verts de Touraine, Handiphobie

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10 Réponses »

  1. Non, pas spécialement ! As-tu lu la partie « propositions » ?

  2. Bon, mais tu t’inscrit pour les Assises de l’Ecologie Politique ?

    C’est dans ce cadre que tes propositions peuvent être débattues et peuvent avoir une chance de s’inscrire dans les faits.

  3. Ça va être dur de remotiver des gens comme moi, Denis… sauf bien sûr si Europe Ecologie redresse le tir, en commençant par redonner à des gens comme toi la place qu’ils méritent.

    C’est une révolution qu’il faudrait et je ne la vois pas en marche. D’ailleurs, les questions de bon sens de Gildas restent toujours sans réponse.

    Surtout que, même si tu sembles ne pas partager cet avis, le Parti Socialiste avance sur son projet pour 2012. Et de façon structurée. Un gars de centre doit profondément anti-sarkozyste comme moi préfèrera voter pour un programme de gauche modérée mais construit comme celui du PS (et prenant en compte, même imparfaitement, les aspects environnementaux) que pour un ensemble non organisé (ressemblant un peu au désordre du PS d’il y a un an ou deux). Quitte à voter à gauche, autant choisir ceux qui ont réussi à bosser ensemble.

    Merci aussi de m’avoir fait comprendre un des dysfonctionnements majeurs des Verts, que je ressentais depuis toujours (depuis la candidature de dernière minute de Noël Mamère aux Présidentielles) sans réussir à le diagnostiquer: le vote à chaud en assemblée générale, voici le nom de la maladie. C’est contre cette maladie qu’il a fallu lutter sans cesse au sein du CAPR Nord Pas de Calais pendant ces élections régionales afin d’empêcher nos amis de se tirer dans le pied…mais on s’en lasse…

    Ne laisse pas les défaitistes comme moi te saper le moral et continue ta route qui reste une piste d’espoir pour plusieurs d’entre nous.

  4. Et c’est parti ! http://avenircommun.europe-ecologie.fr/

  5. En effet, c’est parti bien loin et je crains que cela ne revienne jamais…

  6. @Jean-Philippe

    Je partage totalement ton sentiment. Et puis, simplement, merci de tes remarques.