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Désobéissez moi !

Par      • 21 Fév, 2010 • Catégorie(s): Militer  Militer    

Vendredi 19 au matin quelques minutes avant de lire l’analyse de Denis des failles et des dérives de notre système de représentation, j’entends l’annonce sur France Info d’une émission de télé-réalité prochaine sur France 2 qui pourrait provoquer un scandale.

Cette émission a imité en tout point les expériences menées par Stanley Milgram à l’université de Yale aux USA, expériences dont Henri Verneuil s’est inspiré dans son film I comme Icare : pourquoi des êtres humains en arrivent-ils à faire n’importe quoi, en particulier torturer des personnes inconnues ?

Le livre Soumission à l’Autorité (Obedience to Authority, 1974) relate et surtout commente cette propension à l’obéissance que notre civilisation érige en qualité suprême alors que cela est une forme de monstruosité : l’obéissance a fait plus de victimes que la désobéissance dans l’histoire de l’humanité ! De nombreux extraits ont figuré dans des manuels scolaires d’anglais en France dans les années 80 et 90, le film de Verneuil est passé de nombreuses fois à la télévision, et sur Wikipedia vous pouvez lire la liste des multiples « adaptations » de ces expériences.

Enola Gay

Enola Gay

Orwell parlait en 1940 de ces aviateurs « hautement civilisés » qui lâchaient les bombes sur Londres. Le pilote d’Enola Gay qui a lâché la bombe atomique sur Hiroshima, les maillons de la chaîne du nazisme, les massacres de la guerre du Vietnam, le pilote argentin récemment jugé qui jetait les opposants en haute mer, tous ces exemples sont connus mais la conscience collective ne semble pas s’en émouvoir. La télé réalité vue sous cette angle est, du propre aveu de ses réalisateurs, une illustration effrayante de cet aveuglement. La perle est revenue, d’après les journalistes de la radio ayant vu l’émission, au petit fils d’un déporté… A quoi servent l’éducation et la mémoire quand le cerveau humain refuse de travailler ?

Denis parle à juste titre de sidération devant des pratiques et des propos qu’on a du mal à croire, à propos desquels on sait qu’il ne faut pas réagir à chaud mais qu’il faut prendre le temps d’analyser ; seulement ce temps sert aux autres à mettre en pratique leur autoritarisme.

Les écologistes citent souvent, à juste titre D. H. Thoreau comme précurseur et dénonciateur visionnaire de la société de consommation (c’est oublier que sans sa sœur Sophia pour cuisiner etc… il n’aurait pu mettre en pratique sa simplicité et sa frugalité, ni trouver tout ce temps pour écrire). Son Walden ou la vie dans les bois (1854), éloge de l’autarcie, a pour arrière plan une idéologie individualiste américaine et ne met pas vraiment en scène la solidarité, ce pilier social qui permet de faire la différence entre les écologistes à la BB (Bardot, bobo, branché, baba folklo et autres adeptes du retour au bon vieux temps des campagnes obscures) et les autres, moins spectaculaires.

Du même auteur on connait moins en France le traité La Désobéissance Civile (1849), à lire en ligne en anglais, ou en français aux éditions Mille et une Nuits.
C’est pourtant cet ouvrage qui a inspiré Gandhi puis Martin Luther King et Nelson Mandela !

Il est un autre personnage de l’histoire que tout le monde ou presque ignore, un candidat socialiste, syndicaliste, aux élections américaines de 1912, qui remporta, avec un très petit budget, 900000 voix à l’époque où ne votaient ni les femmes, ni les indiens, ni les noirs. On chantait la Marseillaise autant que l’Internationale à ses réunions.

Son histoire telle que Dos Passos l’a contée sous forme poétique dans le premier tome de la très lue trilogie USA a aussi trouvé place dans des manuels scolaires à l’époque où la littérature avait encore une certaine reconnaissance (pour mémoire je rappelle l’indignation du président des français quand La princesse de Clèves a figuré au programme d’un concours administratif !). Cet homme avait une façon particulière de commencer ses discours électoraux : « Ne comptez pas pas sur moi pour vous emmener dans la terre promise, car si moi je peux vous y mener, cela signifie que d’autres peuvent vous en faire sortir, servez vous de vos cerveaux et de vous mains pour sortir de votre condition« , (I would not lead you into the promised land if I could, because if I led you in, some one else would lead you out. You must use your heads as well as your hands, and get yourself out of your present condition).

Cet homme fut bien seul lorsqu’il fut emprisonné pour avoir refusé de soutenir l’entrée en guerre des USA en 14-18. Connait-on seulement son nom ?
Et si « faire de la politique autrement » se définissait autour de ces paroles de bon sens ?

Crédit photos : Cinémotions ; Amazon.

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7 Réponses »

  1. Excellent titre et excellent constat.
    L’essai La Désobéissance Civile est fantastique.
    Vous me donnez envie de désobéir ! ;+)

  2. Oui, obéir me semble le mécanisme sur lequel s’appuient toutes les formes de barbarie. Par peur, par intérêt.

  3. @Marie-Noelle
    l’llustre inconnu est victor eugene Debs,un ami de jack London et je conseille de nouveau les récits politique de l’aventurier retraduits et publiés de nouveau dans la collection Phoebus
    max de beuzeville

  4. @ virginie

    C’est bien de désobéir
    elà suppose un ordre et des lois !

    Mais quand il n’y a plus de règles ?
    Comme dans l’écologie actuelle et hexagonale !!!

    Comment fait – on, chère Virginie ?

    Comment fait – on ?

    Je tenais à vous exprimer un désarroi certain devant cette problèmatique.

  5. @ Gildas,

    Il y a toujours des règles, même quand il n’y a plus ni loi au sens juridique du terme, ni ordre. La loi de la nature, la loi du plus fort, les règles qu’on s’impose à soi-même à tort ou à raison…
    Il y a aussi ce qu’on appelle chez nous juriste le droit naturel.
    Désobéir est parfois nécessaire. Parfois c’est aussi amusant, comme quand on est enfant. On apprend aussi en désobéissant, certainement plus qu’en obéissant d’ailleurs.
    C’était aussi une remarque non dénuée d’humour.
    Et puis ceux qui me connaissent savent à quel point j’ai du mal à obéir ! ;+)
    Je suis très autonome, c’est à dire que je décide de mes propres règles…
    Mais je comprends votre désarroi.
    Evoquez ce sujet avec l’auteur, Marie-Noëlle, elle saura peut-être mieux que moi vous répondre.

    Toujours enchantée de votre passage sur Voie Militante !

  6. @max
    Gene Debs en effet ! merci de m’offrir la transition (prochaine) avec Jack London…
    @ Gildas et Virginie
    de quelle autorité parle-t-on ? un prochain billet tentera de cerner les diverses formes qu’elle peut prendre…

  7. Ha, l’Anarchie … l’ordre dans le désordre …