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Manger le centre par la racine ?

Par      • 1 Août, 2007 • Catégorie(s):  

Le pissenlit se fane !L’article de Grégory Rzepski et d’Antoine Schwartz dans le Diplo de juin 2007 sur « l’éternelle tentation centriste » dans l’histoire du Parti Socialiste Français n’est pas sans amener quelques corrections ou quelques enseignements.

Deux remarques tout d’abord. Les deux auteurs sont des spécialistes des médias. Leur présence sur l’excellentissime site Acrimed en tant que rédacteurs l’atteste très largement. Pour autant, le réductionnisme auquel il se prête sur « l’histoire du Parti Socialiste » me semble, une fois de plus, montrer les vicissitudes du mode d’écriture hypothético-déductif auquel se prêtent systématiquement les rédacteurs du Diplo. Dans certains cas, cela peut hélas s’apparenter à du sophisme. Il apparaît difficile de réduire l’histoire du Parti Socialiste Français à celle postérieure à 1947. Autant la tentation centriste a été constitutive dans ses alliances de la SFIO d’après-guerre. Autant a-t-elle été complètement absente de l’époque Jaurès-Blum. En réalité, la comparaison des comportements entre les deux périodes et l’étude des alliances sur la longue période auraient apporté une analyse plus juste. Par tropisme, l’observation des médias peut-elle nous qualifier pour parler de tout ?

Sur le fond, maintenant. Nous partageons avec Bayrou et le Modem au moins un point. Nous savons faire des programmes sans aucun projet, sans aucune vision. Le gallimatias idéologique que fut le Pacte Présidentiel proposé par Ségolène Royal est là pour l’attester. Le mérite de Bayrou est que son projet est celui de l’ordre existant : « l’ordre social naturel ». Il est implicite. L’homme n’est pas du genre à se faire mal. Souvenons-nous de ses « propositions » sur les réformes économiques. Or, Gramsci s’est rappelé à nous au mois de mai 2007 : la conquête du pouvoir se fait par les idées. Elle ne se fait pas par des recettes de World cuisine ou par l’évocation du père ou encore par celle de Jeanne d’Arc. Sachons faire ce que les autres n’ont pas su faire !

Pour nous, la synthèse du Mans, le projet socialiste de juin 2006 dont j’ai pu dans ce blog dénoncer la grande farce démocratique sont là pour l’attester. Nous n’avons aucune ligne. Tantôt, nous disons oui à l’économie de marché. Tantôt, nous nous voulons un parti de la transformation sociale. Alors ou bien, nous considérons que l’économie est un champ exogène au politique, et dans ce cas, nous décidons d’agir uniquement sur des institutions que nous cherchons à autonomiser. Ou bien, nous considérons que, conformément au marxisme, c’est l’économie (technologies, utilisation des forces productives) qui conditionne exclusivement les rapports sociaux et les institutions et, dans ce cas, nous adhérons tous à la LCR. On le voit aisément, aucune de ses attitudes n’est hélas tenable. Nous devons définir nos champs d’intervention dans l’économie. Autrement dit, jusqu’où voulons-nous aller ? Le pragmatisme de Blum ? L’interventionisime de 1981 ? Le ni-ni de Mitterrand ? Le rien-faire de la social-démocratie moribonde atteinte de blairisme avancé après l’effondrement du mur de Berlin ? Nous devons redéfinir le champ de l’Etat et la manière dont on peut redonner les moyens de son autonomisation à la sphère non-marchande (associations, culture, médias, ménages et collectivités locales), c’est-à-dire les moyens de proposer ou construire des solutions alternatives à la logique suicidaire du Tout-Marchand.

Si nous ne décidons de rien, comme cela semble en prendre hélas le chemin, nous nous engoncerons dans la beaufitude, la tiédeur chaude des ors de la République et la paresse intellectuelle qui nous caractérisent depuis 1988. L’alliance souhaitée par quelques uns d’entre nous avec le centre amplifierait ce penchant naturel qui, pour l’essentiel, vient d’une proximité de vue et d’intérêt de la part de bon nombre de représentants nationaux du Parti Socialiste.

«Il faut avoir une parfaite conscience de ses propres limites, surtout si on veut les élargir.» – Antonio Gramsci – Extrait des Lettres de prison

«Je suis pessimiste par l’intelligence mais optimiste par la volonté.» – Antonio Gramsci

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