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Les postulats subliminaux de la social-démocratie

Par      • 15 Juin, 2007 • Catégorie(s):  

L’article de Michel Rocard et Michel Pezet dans l’édition de Libération du jeudi 14 juin pose clairement la question de nos choix.

Dans le propos introductif, ils rappellent le « caractère incontournable du marché pour obtenir les résultats économique qui permettent d’engager une action sociale efficace ».

Jamais dans l’article, il n’aborde la nécessaire question des limites et du périmètre du marché. Les activités d’éducation , de santé et de transport doivent-elles faire l’objet d’évaluation en terme de résultats économiques ? Autrement dit, si ces activités sont dans l’économie, la tautologie rocardienne suggérerait-elle qu’elles soient dans le marché ? L’ambiguïté des propos ne nous donne pas de réponses claires sur cette question.

Historiquement, les socialistes français ont toujours été des pragmatiques et non des idéologues aveugles. Le Front populaire en 36, tombé en 37 pour avoir voulu nationaliser la banque de France. La gauche en 1981. Pour autant, notre projet validé à une très grande majorité en 2006 rappelle notre volonté de transformation sociale. C’est ce qui fait aujourd’hui notre différence fondamentale et notre singularité par rapport à la social-démocratie et la démocratie chrétienne européenne. Les appels de Michel Rocard à faire alliance avec le centre signifient-ils l’acceptation et la validation de truismes qui restent très contestables ? Ils traduiraient un conservatisme idéologique et une panne de l’imagination.

Le modèle français s’est construit dans l’après-guerre. Il repose sur des principes simples : les bien-portants doivent prendre en charge les malades; les actifs, par leur cotisations, doivent financer les retraites et l’éducation. Il s’agit de principes de solidarité simples conformes à nos valeurs républicaines et humanistes héritées de 1789. Il s’agit surtout de mesures d’efficacité économique. Imaginez l’impact sur votre consommation si vous aviez à épargner pour votre santé et votre retraite !

L’Etat doit intervenir dans le champ économique afin de réguler le mode de fonctionnement du marché qui n’a rien de naturel. John Maynard Keynes n’avait rien d’un dangereux socialiste. Ses bases idéologiques étaient les mêmes que celles de Walras et Pareto. Les crises de surproduction répétées, la crise de 1929 lui ont donné raison. La mise en avant de la suprématie du marché, c’est la croyance aveugle en l’existence d’une main invisible. A la simple observation des faits, il s’avère qu’il n’en est rien.

Le rôle du politique doit-il se résoudre à celui d’un simple facilitateur ? De mon point de vue, il s’agit d’une vision extrêmement conservatrice, puisant ses origines dans les matériaux idéologiques de la droite conservatrice du XIXième siècle. La social-démocratie exprime clairement l’objectif d’amortir les dégâts sociaux de l’hyper-capitalisme. Au marché, les profits. Quant au secteur public, il aurait pour objet, comme par nature, de prendre en charge les désordres structurels du marché. Le RMI s’inscrit très clairement dans cette vision : un cautère sur une jambe de bois.

A l’âge de 16 ans, mes repères politiques s’appelaient Pierre Mendès-France et Michel Rocard. En lisant et en écoutant Michel Rocard, je me pose, à chaque fois, une terrible question : me suis-je à ce point gauchi ? Je pensais qu’avec le temps, nous avions tendance à dériver vers des positions plus conservatrices, comme par fatalité, acceptant un peu plus chaque jour l’ordre et les désordres du monde. Nous devons garder intacte toute notre capacité de révolte. Manifestement, pour certains d’entre nous, elle semble les avoir quittée définitivement !

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4 Réponses »

  1. Encore un petit effort, Denis, et tu parviendras à saisir ce que dit Jean-Luc Mélenchon. Ne plus rester dans une critique systhématique (et désobligeante parfois) envers sa personne et la politique socialiste qu’il défend depuis des années.

  2. Je n’ai pas attendu Mélenchon pour penser. Il incarne pour moi le molletisme de bas étage. Et puis, faudrait-il qu’il sache ce qu’est une entreprise ! D’ailleurs, c’est ce qui nous manque au Ps. Imagine… Mr Economie, c’était Eric Besson !

  3. Tant qu’il était le Mr Economie de Ségolène , il te plaisait bien Eric Besson?

  4. Eric Besson n’a jamais été le Mr Economie de Ségolène Royal. Il s’est toujours revendiqué comme un fidèle de Lionel Jospin. Tu sais… le 1er ministre qui a dit qu’il n’était pas le candidat des socialistes en 2002 ! Le gars aussi qui a dit que l’Etat ne pouvait pas tout !

    J’ai écrit dans ce blog sur Eric Besson.
    http://brionne.27.free.fr/wordpress/index.php/economie/tva-sociale-ladhesion-deric-besson-au-malthusianisme-economique/
    http://brionne.27.free.fr/wordpress/index.php/points-de-vue/le-choix-deric-besson/

    Je ne compte pas m’arrêter là.