La voix militante de citoyens d'ici et d'ailleurs

La lutte d’ANTICOR.

Par      • 17 Juin, 2010 • Catégorie(s): Justice  Justice    

Vous connaissez l’IPC ? C’est l’indice de perception de la corruption. Il est construit à partir de plusieurs sondages d’opinion d’experts se prononçant sur leur perception du niveau de corruption dans les secteurs publics d’une centaine de pays. L’on peut ainsi classer les pays sur une échelle de 0 à 10 – 0 indiquant un degré de perception de la corruption élevé et 10 indiquant un degré de perception de la corruption très faible – et l’IPC de la France en 2008 est de… 6,9 ! Ouf, pas si mal, diront certains. Mais ce n’est pas si simple, il ne s’agit que de perception, et parfois elle est faussée ou perturbée. En effet, il n’existe pas d’outil de mesure fiable de la corruption puisqu’étant illégale elle n’est pas censée exister.

La France ne s’améliore pas.

L’IPC de la France n’a pas évolué de manière significative au cours de ces dernières années. Elle est actuellement à la 23e place du classement établi par Transparency International – organisation non gouvernementale créée en 1993 et consacrée à la lutte contre la corruption – et son IPC a augmenté de 10 % de 1998 à 2006, avec un pic à 7,4 en 2006. Il y a même une augmentation des délits économiques et financiers.

Des voisins plus sérieux.

Tandis que la France ne lutte pas de manière drastique contre la corruption sur son territoire, les autres pays d’Europe se montrent plus efficaces. La Suède a un IPC de 9,3, la Suisse de 9, l’Allemagne de 7,9 et le Royaume-Uni de 7,7. La France se positionne donc au classement aux côtés du Chili et de l’Uruguay ! Sur le plan démocratique et humaniste ce sont des pays qui laissent plutôt à désirer…

Alors ?

D’après le rapport mondial sur la corruption, « la France doit encore réaliser de gros progrès en matière d’intégrité dans les relations entre les fonctionnaires de l’Etat, les politiciens et les hommes d’affaires« . En effet, les récentes réformes de procédure pénale ont été dictées par la volonté des élites de se protéger des juges. Ainsi, depuis le 1er juillet 2007, le juge d’instruction doit rédiger un énoncé de mission avant de commettre un expert financier, ce qui ralentit encore les procédures…

La probable suppression du juge d’instruction, l’opposition du secret défense ou le projet de dépénalisation du droit des affaires ne vont pas aider les magistrats à enquêter dans les sphères proches du pouvoir économique et politique.

La corruption change de nature.

On n’en est plus aux bons vieux pots de vins, maintenant on est passé au trafic d’influence et au lobbying. En France, cette dernière activité n’est ni définie ni réglementée. Heureusement, le bureau du Sénat a adopté une série de règles pour encadrer davantage l’activité des lobbies en son sein, avec notamment le port d’un badge et un code de bonne conduite. Mais est-ce suffisant ? Si en France en matière de corruption hors des frontières, la réglementation s’est durcie, Transparency International s’inquiète, considérant que « les pouvoirs publics sont soucieux de ne pas aller trop loin en imposant des sanctions pour corruption internationale afin d’éviter que leurs entreprises nationales soient frappées « de dumping éthique« .

Des militants se réunissent et agissent !

Des élus et des citoyens ont ainsi décidé d’agir conte la corruption. Après le 21 avril 2002, des élus conduits par Séverine Tessier – tous issus de partis républicains – persuadés que ce « séisme politique » est le résultat du délitement éthique de la République française s’organisent afin que les citoyens retrouvent la confiance en leurs élus. C’est la création d’ANTICOR. Eric Halphen, célèbre juge spécialiste des affaires politico-judiciaires est le premier magistrat à venir soutenir son action et devient Président de son comité de parrainage. Puis, en 2003, des citoyens venant de tous horizons politiques et philosophiques, décident à leur tour de soutenir ANTICOR en constituant l’association des Amis d’Anticor. Enfin, en 2008 les deux associations fusionnent. L’ANTICOR d’aujourd’hui est née.

Un but clair et ambitieux.

Ses membres affirment qu’il est possible de « faire de la politique autrement, sans pratiquer le clientélisme, sans tricher, en parlant vrai et en éliminant de la scène politique tous ceux qui ont commis des délits dans l’exercice de leur fonction élective« . Il sont pour la tolérance zéro. Dans ce but, ils encouragent tous les partis à réagir et à se prononcer nettement sur les mesures d’assainissement qu’ANTICOR préconise pour réhabiliter la politique et les politiques.

Une action complète.

ANTICOR fait partie de deux grands collectifs, l’un qui lutte contre les paradis fiscaux et judiciaires, l’autre qui se bat pour la réglementation du lobbying. Cette association est donc parfaitement adaptée aux nouveaux visages de la corruption. Chacun de ces deux collectifs regroupant lui-même plus d’une dizaine d’associations et d’ONG internationales. Ses membres agissent partout, à tous les niveaux. Ils apportent même des conseils aux citoyens qui se sentent concernés par la corruption dans notre pays.

C’est à chacun d’entre nous, au lieu de critiquer, d’agir et d’être vigilants, notamment vis à vis de nos élus…

A noter que le 18 juin 2010, de 9h à 17h, au Palais Bourbon, se tiendra un colloque intitulé « Paradis fiscaux et développement : quels enjeux pour le G20 ? » pour plus de renseignements cliquez ici.

Crédit photos : Rafael Marquez ; Le Post.

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