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La crise de civilisation

Par      • 18 Déc, 2008 • Catégorie(s): Formation  Formation    

Nicolas Sarkozy avait promis à la France de mener une « politique de civilisation ». A y regarder de plus près, son action s’apparente en tout point à la purge libérale des docteurs en chef Ronald et Margaret – atteints tous deux étrangement de la maladie d’Alzheimer. Or cette représentation du monde est clairement à l’origine de l’une des plus grandes crises systémiques que le capitalisme mondial ait connue. Faut-il, en effet, en avoir oublié à ce point la mémoire ?

La révolte des jeunes en Grèce est symptomatique du triste sort que nous faisons à notre jeunesse. Voilà un pays auquel l’Europe a asséné les potions censées guérir le « mal » à l’image de ces médecins qui ne connaissaient pas les enseignements de Louis Pasteur. La Grèce est le pays où les jeunes diplômés sont les plus nombreux en Europe. La Grèce est aussi le pays d’Europe où la corruption est la plus élevée. Un hasard ?

A vouloir être plus riches, on devient con.

Le taylorisme a pour caractéristique de considérer deux grandes catégories. Il y aurait, d’un côté, les producteurs, les exécutants, les manuels… les pauvres. De l’autre, il y aurait les encadrants, les pensants… les riches.  Il faudrait, sans doute, relativiser sur le caractère par trop dichotomique de l’analyse sachant que de nombreux encadrants ne sont que les exécutants d’autres « encadrants ». Les entreprises ont besoin de vigiles.

Le modèle fordiste avait permis la paix sociale en donnant le pouvoir d’achat nécessaire aux producteurs pour acheter les biens qu’ils produisaient. Le glissement tendanciel de la valeur ajoutée vers l’EBE (les profits pour faire court) aura eu le mérite de remettre Karl Marx au cœur de l’actualité. Le poète l’avait dit autrement avec sans doute tout autant de justesse : « Les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête. » L’escroquerie gigantesque de Bernard Madoff aura permis, quant à elle, de ne pas oublier Jacques Brel.

La « consanguinité » des élites

Rémunérés à peine au dessus du SMIC, nos jeunes et nos moins jeunes  « techniciens » (j’en vois 300 à 400 l’an dans toutes les régions de France) n’ont qu’une envie : sortir du bac à sable salarial ! En anglais, on parle de l’effet sandbox : dur de prendre son élan pour courir un 100 m, lorsque la piste est en sable. Le népotisme qui envahit la société française (partis politiques, directions d’entreprises, etc) n’augure rien de bon quant à l’avenir. Plus on parle de minorités, plus on parle de diversité (elle peut d’ailleurs s’exprimer autrement que par la couleur de la peau), plus la société française se replie sur elle-même, mettant en exergue les mécanismes d’un nouvel hermaphrodisme social.

La formation déformante

La société des années 50 et 60 avait su former correctement ses « exécutants » du fait de la qualité de ses élites. Aujourd’hui, en transférant la formation supérieure au secteur privé, les diplômes sont achetés permettant à ceux qui les achètent de se mettre en réseau. Là-encore, il conviendrait de relativiser le ton apodictique de l’affirmation précédente. Le mouvement est également perceptible dans le domaine de la formation continue. Pour sortir du bac à sable évoqué ci-dessus, les jeunes et les moins jeunes en informatique cherchent à devenir chefs de projet. Ils obtiennent alors un titre Bac +4 sans que, pour autant, ils puissent espérer, en dehors du fait qu’il l’ait financée chèrement, davantage de considération de la part de l’employeur.

Les belles histoires finissent mal en général

Le message subliminal est que nous aurions vocation à être une société de chefs. Pierre Brochant et ses amis vont avoir beaucoup de monde à leur table le mercredi soir dans les semaines et les mois qui viennent à la vitesse à laquelle les entreprises se débarrassent de leurs nouveaux chefs. Le processus de division internationale du travail, nous disent les organisations patronales et les économistes libéraux, amène à ce que la Chine et l’Inde deviennent les nouvelles usines du monde sans voir que la croissance chinoise et indienne a pour vocation principale de développer le marché intérieur. Une fois démunis de leurs exécutants, que ferons-nous de nos chefs ?

Nous ré-autonomiser

Cette vision d’une société en deux catégories est profondément enracinée dans nos cultures. Il y aurait d’un côté ceux qui savent et de l’autre ceux qui ne savent pas. Dès la maternelle, le discours de segmentation dans la bouche des parents et des enseignants fait que nos enfants intériorisent de bien curieux discours. Castoriadis avait compris que l’intelligence se construisait au travers du processus de catégorisation. Le recours à la pensée des autres – et à la nécessaire ré-intellectualisation de l’éducation – est le seul moyen de nous autonomiser par rapport à ce qui s’apparente à une représentation « reptilienne » des organisations humaines.

La société reptilienne

La société reptilienne

Crédit photo : Foxnews.com, De source sûre

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6 Réponses »

  1. Au sujet de l’affaire Madoff, il est effarant de voir que le mécanisme de financement des intérêts servis aux premiers par les nouveaux entrants a été inventé par un certain Charles Ponzi dans les années 1920, causant un scandale énorme à l’époque, ce qui avait conduit à l’adoption de règles contraignantes.
    La libéralisation tous azimuts de la finance a rendu ces régles inopérantes.
    Les agences de notation et les autorités de marché s’étonnent aujourd’hui d’une arnaque dont le concept a bientôt un siècle.
    Ils s’étonnent…vraiment ?
    Il est vrai que le concert médiatique attribue à l’individu des qualificatifs tels que « homme de confiance » et « respect » qui font qu’on peut se demander s’il ne faudrait presque pas admirer l’impétrant pour son audace.

  2. @Eguor

    Effectivement, je trouve, pour ma part, beaucoup de ressemblances entre la période que nous vivons et les années 20. Le rythme des licenciements dans tous les secteurs et en informatique ne laisse augurer rien de bon. Le printemps va être très chaud !!! Il y a beaucoup de désespérance.

  3. « Se Ré-autonomiser »

    Voila dans ce chapître et dans son développement le condensé de ce que je pense être notre « mal être de société ».
    Comment choisir « lorsqu’on ne sait pas » ?
    Comment fabriquer sa pensée lorsqu’on ne possède pas toute l’information qui doit précéder à sa construction ?

    Notre pays est un exemple unique en ce domaine. L’information est vérouillée (cf les médias et les journalistes qui vont à la soupe …). L’information est introuvable (Après avoir démantelé un certain nombre d’organismes « mal-penssant » on cherche définitivement mais désespérement une information statistique de qualité: niveau de vie, endettement, population, chomage,élections, etc … L’information se paye (Il faut souvent acheter des revues non disponibles en kiosque, ou en trop petite quantité: Le Monde Diplomatique, Alternatives économiques, pour ne citer que les plus connues), L’information est détounée et partiale.

    Notre révolution citoyenne passera par la « libéralisation » de l’information accessible à tous et gratuitement.
    C’est d’ailleurs exactement le contraire, et ce n’est pas un hasard, que met en oeuvre Hervé Maurey, Maire de Bernay: silences achetés, pressions, intimidations, toutes les méthodes y passent pour conserver le … secret !

    Nous devrions certainement, à ce sujet, nous inspirer des avancées des Etats-Unis en la matière ?
    La-bas, il appelent cela (traduction littérale) l' »Acte de liberté » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Freedom_of_Information_Act)

    Mais, et avant de conclure, je note avec un interêt certain que cette propension à la rétention d’information n’est pas exclusive à une couleur politique. Ayant participé recemment à un débat sur la crise financière à Brionne, je faisais remarquer que la « Prix Nobel » d’économie n’était qu’une invention de l’esprit, et je tenais à ce que cela soit souligné. Il n’en fût rien. Peut-être les « tenants de la connaissance » aiment aussi les titres ronflants ? En tout cas, le silence de notre interlocuteur, assurément de gauche, à ce sujet, ne m’a pas étonné.

    Alors, hasard, ou coincidence ?

  4. Selon moi, il est moins important d’avoir accès à une information statistique strictement indiscutable que de disposer des outils permettant d’en tirer une « ligne évolutive » sur le moyen terme.
    Or, nous vivons paraît-il dans une société dans laquelle l’information est devenue une valeur.
    Valeur en tant que vecteur d’échange, en tant que contenu, mais aussi moyen de hiérarchisation des individus et valeur financière.
    Dans les grands médias, tout diffuseur tend à optimiser la diffusion de chaque unité d’information en termes de rapidité, d’exclusivité, de sensationalisme, plus rarement en termes de contenu et de sens.
    Par exemple, j’ai toujours été frappé du nombre d’années qu’il a fallu dans l’audio-visuel pour que des mots comme « mondialisation » ou « libéralisme économique » deviennent usuels et quotidiens pour expliquer ce que pendant vingt ans, le terme « crise économique » suffisait à expliquer.
    A contrario, il ne leur a fallu que quelques jours après le point d’orgue des subprimes pour « remettre en cause » un ordre de fonctionnement du monde sans cesse empilé en strates évenementielles découplées de leurs causes profondes.
    Dés lors, la ré-autonomisation de la plupart des individus n’aurait-elle pas comme première condition la capacité de ceux-ci à dissocier leur mode d’appropriation de la réalité de celui de la plupart des médias qui ont établi la représentation du destin collectif comme celui de la somme des individus…?

  5. D’accord, et … pas d’accord …

    Vous faites éguor une analyse assez simpliste à mon sens de « l’information ».
    Si j’ai insisté sur les informations « statistiques », hors de toute interprétation possible, c’est parce qu’elles offrent, à mon sens, un champ d’observation à priori neutre: Si l’INSEE m’apprend que le seuil de pauvreté est à 820 €, ce n’est pas la même chose que de lire que 4 millions de Français sont sous le seuil de pauvreté …
    De ce simple exemple, on peut tirer plusieurs conclusions mais aussi plusieurs interrogations. Je commence par les interrogations: S’agit-il d’un revenu individuel ? Est-ce à dire qu’une famille de 3 personnes vit sous le seuil de pauvreté parce que ses revenus sont inférieurs à 3 * 820 € ?
    En l’occurence, l’information selon laquelle 4 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté ne m’interèsse pas, car elle est incomplète, interprétée et ne signifie donc probablement rien.
    Par contre, si l’analyse statistique m’apprend, et c’est son avantage, que parmis ces 4 millions de personnes, 3 millions sont des familles mono-parentales, cela devient sensé. Car je peut relier une donnée à un fait: la pauvreté est généralement causée par la mono parentalité …
    Et, politiquement, je n’en fait pas la même analyse.
    Or, comme tout citoyen, j’entend faire des choix non pas sur l’interprétation que l’on me donne de statistiques, mais sur les statistiques elle-mêmes … Si, … et c’était la le deuxième point de mon raisonnement, on me donne les moyens de comprendre sa mesure.
    La statistiqe n’est probablement pas une information en tant que telle, mais elle permet de comprendre et d’appréhender notre société si on sait se libérer de son interprétation.
    Mais comment juger de ses données lorsqu’elles sont incomplètes ? C’était la le troisième point de mon intervention. Avez vous déja recherché des données particulière sur votre pays (Canton, commune, ou autre) ?
    Je vous mets aujourd’hui même au défi de me trouver un chiffre sur le chômage sur la « Bassin d’emploi de Bernay ».
    Si, j’oubliais, et c’était la aussi un des points que je soulevai dans mon intervention: cette information est disponible auprès de la chambre de commerce, … moyennant paiement … Le produit est en effet à vendre sur le site, sans autre précision par exemple sur la période pendant laquelle l’étude s’est tenue !!!
    Serait-ce comme l’INSEE, avec ses données disponibles les plus fraiches datant de 2006 … ???

    Enfin, et pour conclure, je suis assez stupéfait de votre interrogation sur les termes devenus usuels et quotidiens du néo-conservatisme: « Libéralisme », « mondialisation ».
    Je pense que vous devriez lire plus souvent le Monde Dilpomatique, qui nous explique avec une certaine rigueur le sens des mots utilisés depuis maintenant des décénnies par les conservateurs pour faire paser leur soupe. Voila tout de même près de 40 ans (c’est presque aussi vieux que moi !!!) que leur « think-thank »
    nous abreuvent d’évidences érronées ayant la même signification: je vais prendre quelques exemples, la aussi malheureusement parfois répandues par les « élites » de gauche:
    Utilisée partout, par commodité ou inattention, la novlangue idéologique demande une vigilance de chaque instant, un combat mot à mot.. Baignés d’anglais commercial, assoupis par les défaites successives et bercés par l’idéologie des classes moyennes généralisées, « nous » laissons les mots orienter sans fin l’hémorragie de la pensée critique. Même psalmodiés par les plus radicaux, des termes comme « développement durable », « altermondialisme », « issus de l’immigration », « complexité », « société civile » sont à la fois le brouillard qui occulte et l’écran flou qui rend opaque le vide politique …
    La mondialisation ne date pas d’hier. La manipulation des peuples non plus, par ailleurs …

    L’accès à l’information est un moyen de les libérer …

  6. Que répondre…?
    Mon commentaire n’avait pas la prétention d’une quelconque analyse, tout juste s’agissait-il d’un sentiment ou plutôt d’une perception.

    Votre réflexion sur les statistiques est globalement juste mais me paraît largement idéalisée.
    Passons sur les diverses féodalités locales à qui la rétention d’info tient lieu de sceptre, passons sur les pressions et coupes budgétaires qu’a subi l’INSEE et enfin sur l’adaptation continue des règles comptables internationales dans un sens toujours plus favorable aux « marchés ».

    Aussi louable soit votre pugnacité à débusquer l’info, à faire abstraction d’interprétations orientées et à être capable d’en tirer une vérité, il reste un écueil de taille :
    Outre le fait qu’on ne fonde pas une sensibilité politique sur des statistiques et que vous n’indiquez pas à quel titre vous utilisez celles-ci ( citoyen, électeur, responsable associatif ou politique ? ), combien de personnes sont capables ou seulement intéressées par un tel travail ?

    Comme vous le dites si justement, sortir du « bain matriciel » du discours crypto-conservateur demande un effort, une rigueur et une constance qui impliquent une forme de retrait de la sphère sociale que tout le monde ne peut sans doute pas assumer.

    La manipulation que vous évoquez a su s’affranchir des discours, des faits et des chiffres pour intégrer un corps symbolique, auto-suggestif, qui habite d’une manière prégnante la représentation de soi aux prises avec une nouvelle ligne de départ qu’il faut refranchir à chaque instant. Reste t-il du temps et de l’énergie ?
    Comme vous le dites, libérer l’information est indispensable, donner les moyens et l’envie de l’utiliser l’est encore plus…

    Enfin, quand au journal que vous évoquez (dont le tirage me semble en régression), je le lis depuis (très) longtemps, entre autres, et c’est précisément pour cette raison que j’ai pu mesurer le temps qu’il a fallu à l’audio-visuel pour que deviennent usuels les termes que j’ai cités.
    De là à penser que la réalité des uns n’est pas celle des autres…