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Devoir de mémoire et émotion commémorative !

Par      • 15 Fév, 2008 • Catégorie(s): Formation  Formation   Points de vue  Points de vue    

La décision prise par le Président de la République de « confier la mémoire » d’un enfant victime de la Shoah à chaque élève de CM2 dès la rentrée prochaine ne me semble pas opportune.

La singularité de la Shoah peut-elle être perçue par des enfants de 10 ans, là où nous avons attendu d’avoir atteint l’âge de raison pour en comprendre quelques bribes ? Certains semblent même n’avoir toujours pas compris cette singularité, assimilant le génocide nazi à une « entreprise de guerre » ou à un autre génocide.

Aussi respectable que soit la volonté présidentielle de mettre en avant le devoir de mémoire pour des générations qui n’ont pas connu la 2ième guerre mondiale, je crains que la décision n’engendre des effets co-latéraux qui risque de banaliser la singularité de l’horreur nazie. Le risque est, de mon point de vue, d’exacerber la commémoration « communautaire » et de lisser les drames qui ont jonché l’histoire de l’humanité. Le recours permanent de ce Président au symbole et à l’émotion m’amène même à douter parfois de la sincérité de ses propositions. Cette décision, qui aurait nécessité un débat, est, à coup sûr,  sortie du chapeau de l’un de ses conseillers.

Sur ce sujet, je partage les mots très durs que j’ai entendu hier soir de la part de François Bayrou concernant Nicolas Sarkozy. J’avoue ne pas comprendre, une fois de plus, notre premier secrétaire, François Hollande, sur cette question. J’ai l’impression de ne pas être le seul.

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2 Réponses »

  1. Denis

    Je suis au même titre que Simone Veil scandalisé par les propos du Mr qui se réclame président de qui ? , de quoi ? . De la France du siécle des lumières , de Voltaire ,de Montsquieu ,de Clémenceau , de Jaurès ,de Blum , de Brosselette , de De Gaulle ( de Chirac qui passe maintemant pour un humaniste ),etc …., sur tous ceux pour qui la laïcité , pour qui Liberté ,égalité ,fraternité avaient et ont une valeur . Foin de ces préceptes républicains , Monsieur préfère affirmer que  » du bien ou du mal jamais l’instituteur ne remplacera le pêtre ou le pasteur  » , oui vous avez bien lu .
    Et maintemant tout élève de CM2 devra « parrainner » un enfant victime du nazisme . Il veut faire porter à des enfants le poids de l’histoire , comme si on faisait porter aux Allemands le fardeau des horreurs commises par leur grands parents . A 10 ans quelle perception peut-on avoir de la Shoa !! .Mme Veil malgrés nos différents , vous êtes par votre position ,l’honneur d’une république décidemment bien malade .
    L’antisémitisme et l’antiracisme expliqués aux enfants par le Président de Brise Heurtefeux étonnant non !!!

  2. « Pompé » sur le blog de RUE89 .
    Les réactions hostiles que j’ai entendues jusque là à propos de l’initiative de Sarkozy mettent toutes en avant le caractère traumatisant pour l’enfant qu’il y aurait assumer une telle charge.
    Celle de Veil ne fait pas exception, mais il me semble pourtant que l’angle d’attaque principal doit porter sur le désastre et le scandale intellectuel que représenterait une telle absurdité.

    Il y a dans la proposition de Sarkozy une obsénité doloriste qui me paraît bien plus grave que la délicatesse (réelle ou supposée) de nos descendants. Remplacer l’étude de ce qui est avant tout un fait historique et politique par une dégoulinade de bons sentiments, c’est s’interdire de comprendre les tenants et aboutissants de la catastrophe. C’est, d’une certaine façon, l’opacifier derrière un voile de compassion.
    La destruction des Juifs d’Europe (à l’intérieur de laquelle prend place l’assassinat des enfants, pas tous français d’ailleurs, ce qui pose de nouvelles questions) ne se produit pas à partir de rien, ni ne se produit en Europe par inadvertance.
    Il me semble que ces questions méritent autre chose qu’une philosophie à la guimauve sortie d’un soap opera.

    Je me rappelle la fureur de Lanzmann lorsqu’a été diffusé « Holocauste ». Certains de ses arguments ne manquaient pas de justesse alors, notamment lorsqu’il faisait valoir que ce meurtre pouvait difficilement se réduire à une série de destins individuels. Nous y sommes en plein.
    Ce qui rend la destruction des Juifs intolérable à la conscience, ce n’est pas qu’Untel ou Tel autre ait été assassiné. C’est qu’un programme d’assassinat contre une collectivité ait mobilisé, dans un Etat moderne et que nous nous plaisions à tenir pour civilisé, de si puissantes ressources tant matérielles qu’intellectuelles.
    On ne peut donc pas se satisfaire d’une variante sirupeuse de « Le petit chat est mort ».