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Agrocarburants : mythes et leurres ?

Par      • 11 Août, 2007 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social   Environnement  Environnement    

Fleur de tournesolLe Monde diplomatique a cette capacité extraordinaire de détricoter nos mythes. Mon plaidoyer personnel, dans l’enceinte de ce blog en faveur des agrocarburants, vient de connaître un désenchantement à la lecture de l’excellent artice d’Eric Holtz-Gimenez dans le Diplo de juin 2007.

Le directeur général du Food First – Institute for Food and Development Policy replace l’enjeu des agrocarburants. Sa thèse est simple : l’objectif d’introduire 20% d’agro-carburants dans nos carburants dépasse les capacités de production des pays du Nord.

La production d’agrocarburants polluerait plus !

S’appuyant sur les politiques de déforestation massive pratiquée par l’Indonésie, la Malaisie et le Brésil, la production d’huile de palme et d’éthanol produit plus de CO2 que son équivalent en essence ou en diesel. Elle exige des nitrates qui contribuent aux émissions d’oxyde nitreux dans l’atmosphère. En terme de consommation d’eau, 1 litre d’éthanol requiert 3 litres d’eau. La démonstration assomme nos certitudes.

La déforestation du monde

La culture du soja représente 40% de la production d’agrocarburants au Brésil. Elle contribue à la déforestation de 325000 hectares par an de la forêt amazonienne. Selon l’auteur, vers 2020, la surface consacrée en Indonésie pour la production d’huile de palme aura atteint 16.5 millions d’hectares, soit la surface de l’Angleterre et Pays de Galles réunis. L’Indonési aura perdu 98% de son couvert forestier. Pour la Malaisie, elle a déjà perdu 87% de son couvert.

La mort de l’emploi agricole

Dans la zone tropicale, 35 emplois sont nécessaires pour l’exploitation de 100 hectares dédiés à une exploitation agricole familiale. 1.5 emploi suffit pour la culture de 100 ha de canne à sucre ou de palmier. En rat de surface des superprofits, les semenciers OGM sont en embuscades prêts à confisquer le vivant après l’avoir largement bidouillé.

Le risque de la pénurie alimentaire et d’eau

L’augmentation du prix du maïs organisé par les distributeurs américains avec la complicité des autorités mexicaines nous montre l’impact de l’utilisation des céréales pour la production d’agrocarburants. Nous en avions très largement parlé dans l’espace de ce blog. Les « mauvaises récoltes » des deux Dernières années ont amené une hausse du blé de près de 60%. Le temps de cette année n’améliorera certainement pas les choses. L’Union Européenne a pris la décision de passer 1 million d’hectares de jachères en culture. L’augmentationle du prix des aliments augmente de 1% entraîne 16 millions de personnes en insécurité alimentaire. Quant à l’eau, rappelons que l’agriculture en est le 1er consommateur.

Le mythe des agrocraburants de 2ième génération

Quelle que soit l’étendue de notre techné, les faits sont têtus. L’Agence Internationale de l’Energie table sur une production de 147 millions de tonnes d’agrocarburants d’ici 23 ans. Ces carburants compenseront à peine l’augmentation de la demande évaluée à 136 millions de tonnes. L’augmentation du prix du pétrole contribue à développer la production d’éthanol et d’huile de palme.

Limites de l’analyse

A l’image de nombreux auteurs qui écrivent dans le Diplo, l’auteur prêche dans sa chapelle. Son constat ne s’accompagne d’aucune proposition de remplacement amenant à considérer que le mieux est de ne rien faire. Tout juste évoque-t-il notre sur-consommation et l’utilisation d’huile végétale recyclée. Mais nos sociétés peuvent-elles vivre sans carburant ? Toujours est-il que le constat mérite qu’on s’y arrête.

Source : l’article du Diplo

Autres éclairages :  un PC à l’huile minérale, liquide à haute énergie, gaz à effets de serre, vivre sans essence, manger du pétrole, Moins consommer, augmentation des prix, la Japon veut rouler aux algues

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4 Réponses »

  1. Rien de très nouveau, quand on s’intéresse à ce sujet et qu’on a un peu de logique, on sait depuis pas mal de temps que c’est une belle idée mais une mauvaise idée.

    Le problème c’est qu’il faut trouver et vite un autre moyen !!!

    Là je compte sur les chercheurs, mais les lobbies de la pétrochimie sont si puissants, ça ne va pas être évident…

  2. Oui on nous leurre avec de fausses bonnes solutions, qui ont pour mérite de détruire de l’emploi dans les pays producteurs, de les priver de leur auto-suffisance alimentaire, de leur faire perdre leur savoir faire ancestral en terme de culture, de permettre à certains trusts de devenir propriétaires des terrains où les cultures seront faites … et à nous détourner d’une solution simple qui serait d’apprendre à consommer moins, mieux , de développer des transports publics (combien de voitures avec une seule personne à bord ?), d’encourager davantage les économies d’énergie, de décourager les dépenses d’énergie ; il me semble que c’est Utopia qui souhaitait qu’il y ait gratuité puis tarification de plus en plus forte par palier des services essentiels que sont l’eau, l’électricité,…
    Et veillons à ne pas creuser davantage le fossé économique entre pays riches et les autres. La désespérance est le berceau du terrorisme et notre arrogance conduit d’autres pays à reculer en terme de démocratie notre exemple constituant à leurs yeux un contre exemple.

  3. @Catherine

    Je suis d’accord sur ton constat. La corruption des élites des pays du sud a permis aux pays du Nord de se développer , en les appauvrissant de l’essentiel : l’autonomie. J’étais stupéfait hier après-midi dans ma discussion avec un ancien élu aujourd’hui à la retraite de ces propos : « Regardez l’Afrique. Ils n’ont même pas été capables de se développer. » Cet homme possède un véritable domaine de plusieurs dizaines d’hectares. Il reconnaît payer cher le chauffage de sa grande maison de maître pouvant héberger une bonne dizaine de personnes. Il y vit seul.

    Je crois que l’écueil de la Conf dont je me fais le relais ici très largement est de ne pas proposer de modèle agricole en capacité de nourrir la France et d’autres pays qui, eux, ne disposent pas de terres si riches. Nous ne pouvons pas tous nous transformer en agriculteurs. Nourrir un pays exige des réponses en terme de productivité ! Les stocks mondiaux de blé sont extrêmement bas. D’une récolte à l’autre, les stocks sont de 15 à 30 jours. C’est très bas et bien peu. J’ai cru comprendre que la terre ne pouvait alimenter que 12 milliards d’habitants. En 2050, nous serons plus de 9 milliards. Le réchauffement risque de produire d’importants aléas climatiques qui pénaliseront les récoltes. La tension sur la ressource en eau est aujourd’hui extrêmement préoccupante.

    D’accord pour une agriculture et une alimentation moins carnée. Elle génère aussi le plus de revenus, plus de pollution et concurrence l’alimentation humaine. Je persiste à croire qu’un pays comme la France doit conserver l’objectif d’une indépendance alimentaire totale.

  4. A propos des agrocarburants, sans aller dans les grandes théories mondiales, je pense que le premier bilan est celui de la polution globale. Car les cultures c’est beaucoup de polution chimique, de consommation d’eau, d’énergie indirecte dépensée. Acuellement le prétexte de réduire les émissions de CO2 peut conduire à des gestes plus pollants, comme c’est le cas des cultures intensives.C’est un peu comme ça que les pro-nucléaires sont en train d’avancer. (Existe-t-ils des études complètes sur les différentes pollutions?) Faire de bonnes et complètes analyses avant de s’aventuer dans des choix en apparence évidents (ex : les éoliennes qui sont à mon avis un moindre mal, même si ça chagrine les riverains voisins coté paysage….)