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Martine Aubry sonne la mort politique des Verts français !

Par      • 27 Mar, 2011 • Catégorie(s): Energie  Energie    

Les Verts ont-ils encore une raison d'être ?Martine Aubry a très courageusement annoncé que la France devait sortir du nucléaire. Du fait de son rôle actif au sein du PSE, elle sait plus que d’autres que la sortie du nucléaire, si elle n’est pas choisie, sera imposée à  la France par ses partenaires européens. C’est évidemment un changement de doctrine radical au sein de la direction actuelle du Parti Socialiste.

Cette prise de position, alors que Ségolène Royal avait déjà annoncé en 2007 son engagement à baisser la part du nucléaire à 50% à horizon 2020, a été saluée, comme il se doit, par Cécile Duflot. Cette décision, si elle est actée dans le projet socialiste, est extrêmement lourde de conséquences.

Le rapport à la croissance

Le choix électro-nucléaire s’inscrit dans le délire prométhéen de la croyance des hommes à dominer la nature. Avec Fukushima, l’humanité voit que ses technologies sont devenus totalement incontrôlables. Que peuvent les ingénieurs japonais face à la fonte des barres d’uranium qui, selon toute probabilité, sont en train de percer les enceintes de confinement des réacteurs ? Le scénario du pire se produit devant nos yeux et nous restons là, sidérés, à regarder les fumées blanches et grises empoissonner la terre entière. Habebamus papas : la foudre et la pluie s’abattent sur Babel !

Dépourvue de ressources fossiles, après avoir épuisé les filons de houille dans le Nord Pas de Calais et en Lorraine, la France du général de Gaulle a adossé sa croissance au développement de l’électro-nucléaire. Sculptés dans cette vision historique de la domination, François Hollande et Dominique Strauss-Kahn – et dans une moindre mesure Laurent Fabius – restent les prisonniers de cette marque  de fabrique indélébile. Pour eux comme beaucoup d’entre nous encore, croissance et nucléaire sont liés, indéfectiblement !

Ce n’est pas un hasard, donc, si ce sont des femmes politiques de 1er plan qui ont annoncé les premières qu’il fallait sortir du nucléaire : Angela Merkel en Allemagne, Ségolène Royal et Martine Aubry en France. La radioactivité artificielle issue des accidents du nucléaire  condamne tôt ou tard Gaïa à la stérilité.Que se passerait-il si la centrale nucléaire de Tihange en Belgique ou de Fessenheim en France, dans des zones à forte densité de population, venait à connaître les mêmes avaries que celles de Fukushima ? Les pro-nucléaires nous l’ont pourtant répété à l’envi : le risque zéro n’existe ni à Penly, ni ailleurs.

Secousse politique systémique

Même si elle s’est réjouie de la position prise par Martine Aubry, Cécile Duflot sait que le revirement à 180° du Parti Socialiste sur la question du nucléaire sonne la mort politique des Verts français. Arrimés politiquement à la gauche, les Verts en perdraient leur singularité qu’ils ont adossée au combat anti-nucléaire, les condamnant ou à se fondre dans la gauche politique, ou à rejoindre le camp de la décroissance radicale ou encore à développer un projet politique sortant du champ de l’opposition classique entre la gauche et la droite.

Les prises de position de Martine Aubry sur la sortie du nucléaire signent, de mon point de vue, l’arrêt de mort politique des Verts français.

Crédit photos : Europe 1, Philippe Brosson, Peplums

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16 Réponses »

  1. @Didier

    Et Gaïa, vous en faites quoi ?

    NB Je savais que vous alliez commenter ce billet ! Vous étiez en chasse d’un modernœud ?

  2. C’est aussi mon avis;les Verts ont été incapables de proposer un projet « complet » de société ou,du moins,incapables de le mettre en avant.

  3. Elle dit ça parce qu’elle est dans l’opposition. si jamais, par malheur, elle arrivait au pouvoir, je vous fiche mon billet qu’elle s’empresserait de n’en rien faire.

  4. Ce n’est pas la première fois que les socialistes nous font le coup.

    En 1981, c’était aussi dans le programme de Mitterrand, et il avait réussi à enfumer Brice.

    On connait la suite : Mitterrand a inauguré plus de réacteurs que Coty, De Gaulle, Pompidou, Giscard et Chirac réunis !

    (vérifiez sur le net)

  5. @Greenshadow

    Cette fois, ça me semble un peu plus sérieux. Et cela exige d’y réfléchir à deux fois. Je crois à la sincérité de Martine Aubry au même titre que je crois à celle de Ségolène Royal ou Angela Merkel, parce que ce sont des femmes !

    De la part d’un homme, mon point de vue eût été radicalement différent.

  6. L’écologie politique est l’avenir de l’humanité. Nous sommes rentré dans une nouvelle ère et les écolos n’ont pas de souci à se faire, ils ne seront plus marginalisés, loin des partis traditionnels de droite ou de gauche, car les vrais sujets à aborder, qui vont résoudre la crise, sont liés de près ou de loin à l’écologie.
    Il faudrait que la population en prenne conscience et cela fera plus de vote en faveur du EELV.
    Les choix politiques qui vont être fait , urgence du réchauffement climatique oblige, en gardant comme objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre, sont liés aux enjeux de préservation des biens naturels communs et fondamentaux (biosphère, forêts, océans, biodiversité). Alors, si on écarte le nucléaire, du fait de sa dangerosité avéré (Fukushima), et si on ne s’entête pas à utiliser les énergies fossiles, nuisible à la biosphèreet à l’environnement ; il reste alors, à investir massivement dans le développement des ENR et à faire des économies massives d’énergies. Le système capitaliste, courtermiste, productiviste, et libéral, a vécu; il faut s’orienter vers un nouveau modèle de développement, qui impose des bornes aux développements humains, pour garantir un avenir soutenable pour la planète, où le bien-être humain sera la priorité et est indissociable d’une nature préservée et d’une justice sociale équitable.
    Or, la gouvernance écologique est locale, nationale, mais surtout les grandes orientations se feront au niveau de l’Europe, et au niveau planétaire. L’humanité doit s’unifier et gagner en intelligence et en cohérence, pour que nous puissions nous projeter dans un avenir viable, pour l’intérêt général.

  7. les résultats de l’EE LV aux cantonales sont plutôt bon.
    mais je relativise tout de même la progression reste modeste et l’abstention progresse.
    Bref le chemin est encore très long.
    et puis pour relativiser le score de EELV sur les cantons où il y a des écolos non étiquetés EELV les scores sont aussi très bon. C’est l’écologie qui progresse, pour le Mouvement EELV c’est une autre histoire.

    mais le grand gagnant c’est l’abstention et là c’est aussi une autre histoire
    convaincre les abstentionnistes d’aller voter voilà le vrai enjeu pour l’écologie

  8. @ jean-Yves

    Pour convaincre les abstentionnistes d’aller voter et récupérer des voix, il faut mettre au coeur de la campagne présidentielle de 2012, la question de l’énergie.
    A lire sur ce sujet, l’Article publié dans le numéro 24-avril 2012 « Fukushima, la fin d’un monde  » :

    « Mettre l’énergie au cœur de la campagne »
    – « Enfin, aborder l’« après-Fukushima » par le seul versant du nucléaire reviendrait à manquer l’essentiel du débat. Bien au-delà de l’atome, c’est notre conception de l’énergie qui est aujourd’hui battue en brèche : la crise de confiance en l’atome qui s’ouvre s’ajoute à une crise pétrolière aiguë et aux conséquences sociales lourdes.
    Alors, comment faire ? Jusqu’à présent, nos élites – ingénieurs, industriels, élus – ne nous ont pas beaucoup aidés à comprendre et anticiper ces événements qui nous submergent. Aucun débat public digne de ce nom – éclairé, ouvert et tolérant – n’a jamais eu lieu, ni sur le nucléaire, ni sur l’énergie. Pire, au lieu de traiter ces questions fondamentales, quelques stratèges en communication voudraient nous refaire le coup d’une campagne présidentielle axée sur la question sécuritaire.
    Ne nous laissons pas confisquer le débat. Fukushima donne aux Honnêtes hommes l’occasion de confronter leurs opinions pour décider du monde qu’ils veulent, pour eux et pour leurs enfants. Le mois dernier dans ces colonnes, nous proposions la tenue d’états généraux de l’énergie. Transformons l’essai ensemble, pour mettre la question de l’énergie au cœur de la campagne présidentielle de 2012. — »

    De même, parce que sans même que l’on s’en rendent compte, le bien-être de notre société repose directement ou indirectement sur une nature saine et protégée, il est grand temps de penser un modèle de développement, dans lequel biodiversité et économie ne s’opposeraient pas, mais se renforceraient mutuellement pour se compléter.La biodiversité, c’est notre assurance santé, bien-être et bien-vivre. La préserver, c’est maintenir et créer des emplois durables.

  9. Il est clair que Martine Aubry doit rattrapper son retard sur Hollande et que cette position peut inciter des écologistes à venir la soutenir aux primaires socialistes, notamment tous ceux qui ne croient pas qu’Eva JOLY ait quelques chances sérieuses de nuire à la droite ou d’imposer sa marque au PS..
    Ce qui importe maintenant, c’est de savoir quel courage politique réel aurait le gagnant des primaires socialistes s’il était président de la république, surtout si ce n’est pas Aubry ou Royal !
    Remarque : « Habebamus papas  » n’existe pas plus en latin classique que dans ce patois romain cher aux jésuites appelé « latin d’église » ! En latin écclésiastique, on dit « Habemus papam » (Nous avons un pape) en regardant les fumées signalant son élection mais ce parallèle fumeux n’apporte pas grand chose à la démonstration, le surlignage m’évoquant surtout la pédanterie (ressenti d’un survivant de l’époque où on lisait couramment le latin de Ciceron au bac) .

  10. habemus spem

  11. « Spes » ayant 2 sens intimement liés, je suppose qu’il s’agit de « bonam spem » (l’espérance de jours meilleurs) car il en faut pour ne pas baisser les bras devant « spem multo asperiorem » (la perspective = un avenir encore bien plus pénible) !

  12. « Etiam si vita plena malorum est, spem semper habemus », dit Pandore, après avoir ouvert la boîte…

  13. Ce qui n’enlève rien à ma perplexité face à l’offre politique qui sort de la boite médiatique ces jours ci : j’avoue que j’ai bien du mal à discerner qui serait le (la) moins pire Président(e) !
    Alors comment espérer que la masse électorale abreuvée de sondages et de débats télévisés (= concours de mensonges ou chiffres erronés) fasse en 2012 un choix plus éclairé que par le passé ?
    Pandore était plus optimiste que moi, pauvre biologiste de plus en plus porté à penser que notre espèce de primates est une impasse évolutive des Homininés, un détail dans la longue histoire de la vie sur la planète bleue, qui n’en est qu’à mi-parcours, ce qui laisse à des espèces intelligentes plus sages le temps d’émerger. J’ai donc plus d’espoir pour la planète que pour mes enfants qui vont devoir affronter de grandes crises et catastrophes en ce siècle mémorable dévolu au crash de notre civilisation écolotoxique.

  14. Je doute de la volonté du PS de vouloir changer le monde.
    Même si l’espèce se fait rare il reste des espoirs et des utopies, et même en politique. Et surtout dans les mouvements citoyens. Le chemin est long et difficile, il dépend des gens, de l’adhésion de toute la population, de l’instauration d’une véritable démocratie, et il dépend de notre faculté à nous adapter.
    Et je t’avoue ne pas avoir envie de voir l’humanité disparaître au profit d’espèces à venir, plus sages ou pas. J’aime bien notre humanité.

  15. @nono

    Les Verts n’ont pas le monopole des questions d’écologie politique. D’ailleurs, j’aimerais savoir ce qui les différencie sur ces questions de Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou ou encore Corinne Lepage. Je pensais, avec Europe Ecologie, que les Verts sortiraient de leur relation de domination-servitude avec le PS. Je crains, à la lueur des régionales, des cantonales et de la primaire citoyenne, que nous soyons revenus à la case départ. Quand une écolo se déclare à gauche, alors les électeurs préféreront toujours l’original à une pâle copie verte, qui nous parle de tout sauf d’écologie politique et qui confond la guerre et la politique ! Pour faire de la politique autrement, il faudra attendre une fois de plus. Nous sommes « maudits ».

  16. @ nono et Denis
    Je vois les choses comme Denis mais ne sais pas qui vise son « Nous » dans sa conclusion. Pour des raisons développées après, je considère que la malédiction ne frappe pas spécialement EELV ou les écologistes, ce qui rejoint ma réponse au propos humaniste de nono, à son espoir indefectible en l’humanité, qui est pour certains une vraie foi en l’Homme, promis à une vie éternelle (ne nous a t-on pas dit qu’il était à l’image de Dieu, formule équivoque qui ne fait pas vraiment sens pour un scientifique, puisqu’hors de son champ de vision).
    Pour ne pas disparaître, notre espèce devrait réussir à maintenir son milieu de vie inchangé (certains préparent donc des bulles de survie illusoires…) et son génome intègre; comme elle fait l’inverse, elle va reveiller l’évolution (c’est déja fait pour les microbes du sol, y compris dans nos intestins).
    Moi aussi j’aime l’humanité chez ceux qui en ont mais l’histoire des Humains depuis l’invention des villes m’enseigne :
    – qu’une majorité pacifiste et dominée laisse le pouvoir aux plus simiens d’entre nous, pour se sentir protégée en échange, par un roi ou l’Etat-providence par exemple. Pour faire de la politique autrement, il faudrait que notre d’espèce ne soit pas un singe comme les autres : un documentaire diffusé il y a quelques jours sur ARTE tendait à montrer que la course au pouvoir s’est développée chez les grands singes très longtemps avant l’apparition de l’homme et que le langage articulé ne nous différencie pas vraiment des autres primates évolués dans notre façon de faire de la politique à coup de grimaces et de petits services.
    (http://telleestmatele.over-blog.net/article-video-humanimal-arte-l-homme-politique-est-un-singe-comme-les-autres-80745022.html) .
    Si les cétacés survivent au passage de notre espèce sur terre et continuent leur évolution (ils pourraient même ressortir des océans en notre absence) , ils feront peut-être mieux de la politique que les singes hominidés …
    – et que la somme des envies de nos chefs, qu’ils soient de droit divin, élus ou autoproclamés, nous envoie régulièrement à la casse guerrière, sociale et environnementale. C’est la malédiction du grand singe nu, depuis qu’il s’est habillé pour quitter sa forêt.
    A l’impossible nul n’est tenu et il y a des jours où l’élu que je suis a bien envie de retourner cultiver son jardin bio pour en partager les récoltes avec les gens normaux.
    Pour faire de la politique autrement, ne faut -il pas faire comme Nicolas Hulot : rester en dehors des appareils partidiques ? selon ses talents, on peut alors faire de la pédagogie dans les médias, dans son entreprise ou à la base, dans l’associatif, etc., en attendant que la grande crise historique balaie notre agro-industrialo-financiaro-système écolotoxique organisé pour résister à toute alternance politique et à toute révolution.