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EDF prépare le casse du siècle !

Par      • 26 Mar, 2011 • Catégorie(s): Energie  Energie    

Cet article est paru sur le blog Medias Citoyens Diois en septembre dernier. La question de la hausse des tarifs d’EDF faisant maintenant la une des médias suite à un article des Echos paru mercredi dernier, nous voulons rétablir la chronologie des choses, montrer le rôle de lanceur d’alerte qui peut être le nôtre et faire reconnaître la place essentielle des associations de consommateurs comme Que Choisir.

Une hausse préparée avec l’aide du parlement!

Henri qui rit… et pauvres gens qui pleurent. Voici la très mauvaise farce que prépare le patron d’EDF (et toujours de Véolia), avec la complicité du Parlement, pour vendre beaucoup plus chère l’électricité aux usagers français. Elle aura bon dos l’Europe ! Sous couvert de répondre aux exigences de la Commission Européenne, les patrons des grands groupes fournisseurs d’électricité, EDF en tête, veulent en profiter pour faire exploser leurs compteurs financiers en imposant une hausse massive des tarifs en France.

Un contexte favorable

Dans toute l’Europe, la production d’électricité se fait majoritairement à base d’énergies fossiles non renouvelables (fuel, charbon). Le coût qui en découle augmente avec la rareté et va s’envolant au fil des ans. Le secteur des entreprises a déjà pu goûter aux joies de la libre concurrence tarifaire en matière d’électricité, depuis l’année 2000. Il s’en est mordu douloureusement les doigts. Après de faibles baisses, les tarifs ont tellement grimpé que l’Etat a dû à nouveau intervenir (dispositif TARTAM) pour limiter des hausses devenues ingérables pour les entreprises. La leçon n’aura pas pourtant suffi. C’est sur le dos des ménages que les dirigeants des principaux fournisseurs européens (EDF, GDF Suez, Poweo, Direct Energie…) veulent cette fois ci s’entendre pour augmenter leurs marges.

En France le prix de vente du kWh est historiquement bas. Cela provient de la politique d’indépendance énergétique voulue par l’Etat dans les années 60. Cette politique a conduit au choix du « tout nucléaire » et au constat qu’aujourd’hui 83% de la production électrique française est obtenue par ce seul procédé. Si les français doivent subir les inconvénients de ce choix, dans leur santé parfois, par les dangers auxquels ils s’exposent du fait de la présence des centrales nucléaires, et par les hypothèques prises sur les générations futures (plusieurs centaines d’années de pollution), dans l’immédiat, ils en tirent un avantage sur leur budget familial : le coût du kWh d’origine nucléaire n’est pas facturé très cher. Il a même baissé parfois entre 2009 et 2010, même si les abonnements ont augmenté parfois lourdement dans le même temps (plus 25% cf. facture particulier Hérault 2010). Ce prix est-il juste ? Les provisions (39, 441 milliards à ce jour) seront-elles suffisantes pour le démantèlement de toutes les centrales à bout de souffle et le retraitement réel des déchets de combustibles ? Il sera nécessaire d’y veiller. Le kWh nucléaire français n’est pas facturé cher parce que les français en ont déjà payé une part importante par l’impôt. La recherche initiale et les (très) importants investissements réalisés le siècle dernier par EDF ont été financés grâce à l’aide de l’Etat et donc des contribuables. Le prix de vente est d’ailleurs depuis réglementé. La CRE (Commission de Régulation de l’Energie) chargée auprès du Parlement d’autoriser les augmentations des tarifs réglementés, se situe le prix moyen en France autour de 31€ le mégawatt, 25% à 30% en moins que la moyenne constatée en Europe.

La Commission Européenne – droit de la concurrence oblige – exige que la France ouvre son marché et vende au moins 25% de sa production nucléaire aux autres distributeurs européens. Fort de cette situation, Henri (…qui rit !) Proglio, patron d’EDF, en profite pour déclarer que « Si le prix de départ de l’accès régulé à la base devait être inférieur à 42€, cela relèverait du pillage » (Que Choisir septembre 2010 « Scandales en vue »). Sur ce point, rien à dire s’il s’agit de défendre les investissements passés des français. Mais l’examen des dispositions de la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) actuellement en examen devant l’Assemblée Nationale et le Sénat est plus qu’inquiétant. Le texte de la loi NOME indexe désormais l’évolution des tarifs réglementés, dont ceux notamment payés par 22 millions de particuliers, au prix auquel les concurrents achèteront l’électricité à EDF. En clair, le prix actuel étant de 31€, si la demande d’Henri Proglio est acceptée, le prix passerait à 42€ pour les ventes aux concurrents. EDF serait alors en droit d’exiger de ses propres clients l’augmentation constatée de 35%. Comme dit Que Choisir, la rente du nucléaire passerait des mains du client à celles du producteur. Bonjour l’arnaque !

Dans ses récents résultats pour le 1er semestre, EDF augmente encore ce coût constaté du marché à 45 € MWh (résultats 2010 EDF Semestre 1 p 35) et indique un potentiel commercial de 52.6 € MWh (cf. idem p43)! La CRE a d’ores et déjà calculé qu’une fixation du prix à 42€ entraînerait une hausse des tarifs de 11,5% dès 2011 et 3,5% par an jusqu’à complet rattrapage. Où s’arrêtera l’appétit de l’ogre financier ? L’Etat jouera-t-il son rôle régulateur et de défense du plus grand nombre ? Notre Président et les élus de son parti, l’UMP (l’ancienne mais bien vivante Union pour la Majorité Présidentielle), nous ont déjà si souvent montré leur zèle à défendre le riche contre le pauvre que nous n’avons guère d’illusion à conserver sur ce point.

Les conséquences d’un hold-up organisé

Ce petit arrangement entre amis vaudra de l’or. L’examen de l’étude des résultats semestriels d’EDF permet de constater quelques données brutes : en 2009 les ventes d’électricité en France représentaient 51% du chiffre d’affaire global d’EDF soit 34 milliards d’euros. La ventilation des ventes par tarifs montre 20% sur des tarifs concurrentiels et 80% au « tarif historique» (41% aux entreprises et 39% aux particuliers). Sur ces bases, et sous réserve d’informations plus détaillées, la demande de Mr Proglio provoquerait une augmentation potentielle annuelle de 35% et apporterait une manne supplémentaire d’environ 9.6 milliards d’euro/an une fois complètement appliquée. Si l’alignement se fait au prix moyen constaté du marché en juin 2010, soit 52,6€/MWh, c’est une augmentation de 65% qui est visée et une plus value de 18.9 milliards d’euro/an. De quoi largement remplir les poches et pas seulement d’EDF si les mœurs politiques demeurent celles que l’affaire l’Oréal/UMP nous démontre actuellement…

Un citoyen averti en vaut deux. Consom’acteurs mobilisez vous pour garder les avantages tarifaires du nucléaire, les inconvénients restant à subir quoiqu’il se passe!

Nos sources

  1. Que Choisir mensuel « expert-indépendant-sans pub » de l’UFC-Que Choisir n°484 p40-42 chez le marchand de journaux et par abonnement
  2. Résultats Semestre 1 EDF 2010 (p 35)
  3. Détail des factures EDF 2008-2009-2010 d’un particulier du département de l’Hérault

Crédit photos : CineHome

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6 Réponses »

  1. Le nucléaire est une énergie plus chère que les autres: cessez de raconter des blagues:

    Assurances exorbitantes pour le risque présentée par les centrales :Tepco au Japon n’avait plus d’assurances depuis 1 an.
    Cout très faiblement provisionnée du stockage des déchets
    Sans compter le démembrement des centrales en fin de vie (30 ans pour Brindisi et ce n’est pas fini).

    Le bas prix facturé est donc artificiel et simplement destiné à empêcher la montée en puissance des énergies alternatives.

  2. @borneo

    Je ne crois pas que cet article fasse la promotion de l’électro-nucléaire !!!

  3. c est qui spaggiari

  4. très bon article
    les banques ont inventé le concept privatisation des profits, socialisation des pertes
    Edf ne fait qu’imiter France Telecom: socialisation des investissements, privatisation des profits

  5. Le gouvernement vient de relancer la filière voltaïque, après avoir suspendu la loi pendant 6 mois, le temps que toutes les petites PME fassent faillite. Il ne reste plus que le gros comme Edf et autres Suez ou Total…

  6. et pour éliminer les petits concurrents du solaire, rien de tel que de suspendre une loi pendant 6 mois ^^
    ça a coulé pas mal d’entreprises au profit des gros comme Edf

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