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Quelques élements de réponse aux 10 questions de Pierre Larrouturou

Par      • 1 Juin, 2008 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social    

Voici quelques éléments de réflexion sur les 10 questions de Pierre Larrouturou qui, sur la forme, sont curieusement singés sur les 10 questions qui font l’objet d’une réflexion intense auprès des partisans de Ségolène Royal dont il me semble que Pierre est proche. Je ne serais pas surpris par la suite de voir Pierre rallier à la Dame du Poitou. Manœuvre tactique ?

1) Convoquer un nouveau Bretton-Woods ?

En transférant notre souveraineté à la BCE, nous avons perdu tout instrument de contrôle sur la création de monnaie. Les banques qui font la monnaie. La plupart d’entre elles ont été privatisées. La crise des subprimes a montré que les moyens de paiement au sens M2 ont été transformé en titres, ce qui était impensable. L’imagination de la sphère financière est sans fin. L’activité des banques de dépôts doit être séparée de celles des banques d’affaires. Mais comment peut-on se mettre d’accord au niveau mondial alors que nous n’y parvenons pas au niveau européen ?

La seule façon de freiner la spéculation monétaire, c’est d’instaurer une taxe sur les transactions financières, appelée couramment taxe Tobbin, et aussi que les revenus financiers contribuent à financer tous les régimes de la protection sociale au même titre que les revenus du travail salarié. C’est l’objet de l’extension de la CSG à tous les revenus par la mise en place de la CVA (Cotisation sur la Valeur Ajoutée).

2) Négocier un traité de l’Europe sociale ?

Oui, s’il s’agit d’un traité d’harmonisation sociale par le haut. Oui, si nous usons du tarif extérieur pour compenser les différentiels fiscaux, sociaux et environnementaux dans le cadre des relations avec les pays de l’OMC. Derrière cette question, se cache celle de la constitution d’une fédération d’Etats dont les pratiques fiscales, sociales et environnementales soient homogènes. Il faut choisir résolument en faveur de la constitution d’un noyau dur.

3) Un impôt européen sur les bénéfices ?

La question de la recette renvoie à la dépense. Pour quoi faire ? Financer l’Europe sociale par cet impôt ? Financer des grands travaux ? Renforcer la politique énergétique, la recherche et l’enseignement supérieur ? Je crois que ce sont là trois secteurs prioritaires qui sont de nature à favoriser l’offre.

4) Négocier des montants compensatoires avec la Chine ?

Voir question 2. Bizarre de ne s’en prendre qu’à la Chine ! La mise en oeuvre d’un renforcement du tarif extérieur doit avoir vocation à financer prioritairement la relocalisation de l’activité, la formation et la recherche.

5) Miser sur la croissance ?

Oui, mais pas n’importe quelle croissance. Une croissance qui privilégie les économies d’énergie, la mise en œuvre de nouveaux habitats et l’efficacité énergétique des habitats anciens, le choix d’autres modes de production énergétique que le nucléaire. Une croissance qui privilégie l’agriculture et qui préserve nos ressources. Une croissance qui finance notamment la culture, la santé, l’éducation et la vieillesse.

6) Indexer les salaires ?

Le transfert de 10% du PIB des salaires vers les profits pose de lourds problèmes à notre économie. En privilégiant l’investissement spéculatif et les placements de bon père de famille, les revenus n’aident à pas financer des activités nouvelles nécessaires Aux enjeux de demain. La politique de l’offre régie par la main invisible confine au déséquilibre.

7) Investir le Fonds de réserve des retraites dans le logement ?

La crise de la bulle spéculative liée à la nouvelle économie a fait se déplacer des fonds colossaux dans le secteur de la construction et de l’immobilier. La hausse du prix des loyers est avant tout liée à une absence d’offre en la matière. Il faut se poser la question de l’étalement urbain et de l’aménagement du territoire. Le fait d’abonder un fonds de réserve peut permettre de déserrer la contrainte qui pèse sur le budget des ménages. Il peut aussi contribuer à rendre l’habitat actuel et les bâtiments publics compatibles avec les normes HQE.

8) Quelle est la stratégie pour le temps de travail ?

Le sens de l’histoire est la réduction du temps de travail. La hausse de la productivité est l’élément explicatif majeur de la croissance et de la richesse. Elle n’est pas liée au mode de production. Mécanisation de l’agriculture, industrialisation de la production de biens manufacturés, informatisation des services ont contribué à l’essor des sociétés humaines et ont libéré d’énormes quantités d’emploi. Sans réduction du temps de travail, le risque est la destruction de l’emploi. La richesse produite doit être répartie entre la juste rémunération du capital et celle du travail. Faute de quoi, la demande s’effondre structurellement (voir Marx, voir Ford) et l’économie entre en crise de surproduction permanente.

Les économies contemporaines comprennent de nombreuses activités qui absorbent la main d’œuvre peu qualifiée dans des secteurs à sous-productivité structurelle : gardiennage, aides aux personnes, sécurité, publicité, marketing, etc. La majorité des salariés de ces secteurs sont insuffisamment payés. Le risque est de croire, en orientant la politique économique sur la problématique de l’offre, de recréer les conditions d’une crise de surproduction.

La durée du travail s’entend aussi par rapport à l’âge de départ à la retraite. Il faut pouvoir en la matière permettre un arbitrage du salarié entre la durée hebdomadaire et l’âge du départ en retraite.

9) Construire une europe politique ?

Voir 2 et 3. En y ajoutant aussi la nécessité d’une Europe agricole, industrielle qui prend en charge dans le périmètre de l’exercice de la puissance publique l’organisation des secteurs de l’éducation, de la santé, de l’eau, de l’énergie, des transports, de la culture, des médias et de la communication.

10) Quelle démocratie interne ?

La Vième République est morte plusieurs fois. En 1969, Avec le départ de Gaulle. En 1982, avec la loi de décentralisation. En 1991, avec la BCE et l’Euro. En 1997 avec la dissolution et en 2005 avec le référendum. Opus final : 2007 et les clowneries d’un certain Sarkozy. Le politique s’est décharné de ses attributions.

L’absence de diversité dans nos élites, le recours à des experts éloignent la décision de nos citoyens. Nous versons dans le « hors sol ». Par la mise en place d’une VIième république privilégiant la représentation de toutes les opinions et l’équilibre des pouvoirs, il s’agit d’une condition nécessaire. Elle n’est pas suffisante si nous ne renforçons pas les moyens d’expression des citoyens au quotidien. C’est l’enjeu de la réflexion qu’avait initiée Ségolène royal sur la démocratie participative.

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2 Réponses »

  1. Deux :
    – Tout d’abord sur les lien supposés entre Larrouturou et Royal. Je le connais suffisament pour dire qu’il n’est pas plus tenté par Delanoé que Royal, vraiment pas. Et puis à la difference de Royal, les dix questions repose sur une analyse plus poussée. Ce n’est pas la même démarche.
    – Juste pour donner mon avis sur l’impot européen : l’impot qui pourrait reposer sur la taxaion des benefices est un passage obligé pour créer l’Europe sociale, deja en limitant le dumping fiscal et enfin en donnant un financement digne de ce nom à l’Union.(je vous renvoie à la très bonne analyse contenue dns son PDF.

  2. Merci Denis pour l’éclairage apporté car je dois dire que tu as atteint l’objectif en m’offrant une réponse aussi exhaustive. Cela m’a notamment permis de découvrir que Pierre Larrouturou « semble » être proche de Ségolène Royal ; alors que je ne me sens plus vraiment en phase avec elle (comme quoi on peut être naïf). Néanmoins je reste persuadé qu’un « débat » tel que celui initié par Pierre Larrouturou, ou bien des blogs tel que le tien, …, sont de nature à faire progresser la démocratie interne au sein du PS.