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Les raisons de la panne de l’offre

Par      • 15 Oct, 2008 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social    
Panne dans le moteur de croissance ?

Panne dans le moteur de croissance ?

Je vais tâcher ici de sortir de notre rhétorique traditionnelle sur cette question. La panne de la recherche, la panne du système éducatif, le détournement de la formation professionnelle au profit de quelques uns seraient la faute à la droite. La droite serait le mal absolu. La belle affaire !

Un problème de répartition !

Le glissement de la valeur ajoutée vers les plus riches engendre un glonflement de la bulle spéculative. Quand on a tout, l’argent ne sert plus à rien ! A quoi sert d’acheter 1 maison supplémentaire lorsqu’on en dispose déjà de plusieurs ? A quoi sert l’immobilisation de yachts dans les ports de plaisance ? A quoi sert de regarder, d’un oeil distrait, un portefeuille d’actions se gonfler puis se dégonfler brutalement ? En 2007, les 500 familles françaises les plus riches se sont enrichies de 80 milliards d’euros supplémentaires par rapport à 2006. C’est un peu moins de 7 fois la valeur du déficit de l’assurance santé en 2007. Il y a là des éléments d’explication de la faiblesse de l’investissement productif.

Que dire des niches fiscales qui, pour la plupart, ne sont que des caisses de résonance au problème structurel de l’allocation des ressources ?

L’organisation du sous-prolétariat

Le système d’allégement de cotisations sociales patronales pour les salaires entre 1 et 1.6 fois le SMIC constitue une trappe à bas salaire. La mise en place du RSA – cautère social sur une société malade – est un dispositif renforçant la généralisation du temps partiel et le développement des travailleurs pauvres. Nous construisons des mécanos qui accompagnent le processus de descendeur social. Dans la mise en place de ces dispositifs visant à alléger l’assurance chômage, les socialistes ont aussi hélas une grande part de responsabilité.

Or, cette politique de bas salaires est-elle compatible avec l’expression de la motivation et la libération nécessaire des énergies créatrices au sein de l’entreprise ?

L’entreprise dirigée à la schlague

Marie Pezé, psychanalyste, parle du monde du travail en ces mots.

« Dans toutes les catégories socio-professionnelles, l’idéologie managériale qui prévaut aujourd’hui est cynique et banalise la brutalité dans les rapports sociaux. Elle institue une organisation du travail qui casse les solidarités, isole le salarié. Il s’agit de techniques de management pathogènes, fondées sur la peur, l’évaluation constante du salarié, la pression, des entretiens menés comme des interrogatoires. »

Elle évoque l’épuisement de ce modèle de management et les risques.

« Je crains même que la violence prenne de nouvelles formes et qu’au lieu de la retourner contre eux, les salariés en détresse ne la retourne contre leurs outils de production, voire contre la direction. J’ai entendu des patients évoquer un désir de sabotage. »

Nous sommes dans la culture du résultat, là où nous devrions nous poser la question des moyens pour atteindre les objectifs. Nous utilisons la concurrence là où nous devrions mettre en place les mécanismes coopératifs et solidaires au sein de l’entreprise. Nous favorisons le moi surpuissant contre le nous. Nous apprenons à apprendre la défiance et son corollaire : la peur.

Le refus de la diversité

En favorisant l’accueil du handicap, les pays du Nord acceptent le regard de l’autre et mettent en place d’autres méthodes de travail. Les handicapés nous amènent à repenser le poste de travail, les processus, les flux des personnes et des biens dans les bâtiments. L’acceptation du handicap nous enrichit là où nous croyons culturellement, en France, qu’il nous appauvrit !

Cette acceptation de l’autre – ou ce refus de l’autre – s’exprime également au travers du dialogue social. Le syndicalisme de protestation, majoritaire en France, n’est pas de nature à changer la représentation du patronat français. Seuls à décider des orientations et investissements stratégiques, les directoires des groupes traversés par les trajectoires individuelles et le carriérisme favorisent une vision conservatrice de l’entreprise là où la participation syndicale favoriserait la nécessaire conduite du changement dans un monde en mouvement perpétuel.

La destruction de la créativité

La peur de perdre son emploi fait que l’innovation sur les processus est aujourd’hui complètement bloquée. Là où dans les années 50-60-70, les salariés étaient récompensés pour la mise en oeuvre de procédés astucieux, les idées sont aspirées par un encadrement sous pression. Par absence de reconnaissance, les innovateurs n’ont alors plus aucun intérêt à « donner » leurs idées. Comme l’augmentation de la productivité peut, dans une conjoncture parfaitement atone, être à l’origine de la suppression d’emplois, la diminution des coûts devient la rhétorique managériale universelle. Elle justifie, en grande partie, les délocalisations qui, du point de vue patronal, sont loin d’être la panacée. Dans de nombreux secteurs, du fait de la faible productivité, les entreprises se relocalisent !

La diminution du temps de travail a renforcé l’intensité du travail. Champions mondiaux de la productivité dans les années 2000, nous avons décroché. Il est temps de remettre la question de la productivité au coeur de la question de la panne de l’offre de l’appareil de production français. Il faut aussi trouver des réponses urgentes aux impacts néfastes de la productivité sur les conditions de travail. Il ne peut pas y avoir d’accroissement de richesses sans augmentation de la productivité.

Crédit photo : leblogauto, Mp+

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4 Réponses »

  1. Denis, nous n’avons que légèrement décrochés concernant la productivité. Pour mémoire les chiffres de l’OIT (communiqué de presse du 02/09/07 réf. BIT/07/47) :
    Valeur ajoutée annuelle par personne employée (2006) :
    1er : Etats-Unis (et de loin) avec 63885 US$
    2ème : Irlande – 55986 US$
    3ème : Luxembourg – 55641 US$
    4ème : Belgique – 55235 US$
    5ème : France – 54609 US$

    Valeur ajoutée par heure travaillée (2006) :
    1er : Norvège – 37.99 US$
    2ème : Etats-Unis – 35.63 US$
    3ème : France – 35.08 US$

    Globalement, la productivité Française reste d’un très bon niveau, tout comme ton article d’ailleurs !
    Cordialement,

  2. @Emmanuel

    Les 35 heures nous avait propulsé en tête. Mais ce sont davantage les conditions de la productivité qu’il faut revoir. Je parle d’intensité destructrice.

    Merci de la qualité de ton commentaire sur un sujet aussi « technique ». ;+) Il a le mérite de poser le débat clairement.

  3. Hier soir, je passe à la caisse dans un petit magasin de bricolage, à l’enseigne d’une grande marque nationale.
    Une file d’attente de vingt clients pour une seule caisse ouverte, là où il y avait auparavant trois caisses.
    Quand vient mon tour, on m’apprend que désormais les deux autre caisses sont fermées, la nouvelle direction ayant décidé d’optimiser les coûts salariaux.
    Un petit tour sur un site ad hoc m’apprend que le que le CA et surtout le résultat net de cette société sont en hausse constante depuis plusieurs années.

    J’en conclus que les champions hors catégorie de la productivité sont les virés, les inutiles, les foutus dehors déguisés en variable d’ajustement pour cause de féodalisme financier.

    Sont-ils récompensés à hauteur de leur mérite ?

  4. @eguor

    Une fois de plus, le raisonnement porte sur les coûts. Et puis, dans ce cas, comment évaluer les shadow prices liés au temps d’attente des clients du magasin ? La mesure de la productivité peut aussi se faire de façon globale, à l’ensemble de la société : pollution, files d’attentes, bouchons, etc.

    Sur la question du travail du dimanche, sur celle du ralongement des horaires d’ouverture, je suis contre, résolument contre. Pour éviter d’en venir là, comment faire autrement que de revoir les « process » ?

    Merci de ton excellent commentaire.