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Loi Hadopi : veine patûre et enclosure

Par      • 15 Juin, 2008 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social   Libertés  Libertés   Médias  Médias   Politique culturelle  Politique culturelle    

Le débat qui s’est produit sur France Culture en ce 11 juin entre Versac et Denis Olivennes n’était pas de grande qualité. Les interlocuteurs se coupaient en permanence, ne laissant part la plupart du temps qu’à un d’embrouillamini d’arguties.

L’invocation du Maître

Mais la chronique d’Alain-Gérard Slama, même si je n’en partage pas ses conclusions, fut brillante, ramenant le débat à celui des tenants de la veine pâture ou de l’enclosure. En fidèle de Raymond Aron et de l’analyse marxiste de la société, le chroniqueur du Figaro rappela que, si le capitalisme s’était développé, il le devait pour l’essentiel à la modification des structures juridiques qui amenèrent la reconnaissance de la propriété privée. Dans la topique marxiste, les superstructures (institutions, justice, culture, religions) sont les parties émergées des mouvements plus profonds de la société. Castoriadis a apporté une critique radicale à cette vision.

La richesse est dans le tuyau.

Denis Olivennes, actuel directeur du Nouvel Observateur, nous expliquait que la révolution numérique avait fait que les possesseurs des tuyaux – les opérateurs de télécommunication – devenaient de fait les diffuseurs du contenu. Ce sont eux qui, pour l’essentiel, captent la valeur. Pour autant, les artistes ont su immédiatement réagir en poussant de leur métier ce qu’ils savaient mieux faire : le spectacle vivant. La concurrence sur les billetteries ne compensera pas la totalité des pertes que fait subir, aux diffuseurs traditionnels de contenus tel que la Fnac, la perte issue de l’effondrement des ventes de Cd et de Dvd.

Le vieux monde

Avec le numérique, Internet et le logiciel libre, à quoi assiste-on au fait ? Les mouvements profonds de la société sont en train de remettre à plat la notion même de propriété par le concept de gratuité et de veine pâture. La démarche de Denis Olivennes s’inscrit dans la volonté farouche de préserver un vieux monde certes légitime, celui de l’enclosure. L’interconnexion du monde via Internet fait que les structures juridiques nationales ne correspondent plus au mouvement réel de la société devenue mondialisée et globalisée. Nous sommes au cœur d’un gigantesque no man’s land temporel dont nous ne voyons pas l’issue. La loi Hadopi, la riposte graduée, la loi DADVSI sont au droit ce que la ligne Maginot fut à la guerre : de pieuses chimères. Maintenant, si l’objectif affiché est d’empêcher Madame Michu de télécharger les chansons d’Edith Piaf et les films de Franck Capra, ces mesures ont tout leur sens.

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