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Economie : aux origines du déséquilibre

Par      • 14 Nov, 2008 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social    

Pour l’informaticien que je suis, l’accroissement des fonctionnalités incorporées dans les logiciels a de quoi interroger sur la nature très artificielle de la croissance. La question qui se pose est la suivante : au rythme où elles s’ajoutent, les hommes seront-ils encore capables de les utiliser ?

La poule et l’oeuf

La question récurrente de l’analyse économique reste de savoir d’où vient la croissance : de l’offre ou de la demande ? La consommation – c’est-à-dire la demande – répond à des besoins. Certains sont plus élémentaires ou primaires que d’autres : l’alimentation, l’énergie, le logement, le transport, la santé, l’éducation. Or, dans l’ensemble de ces catégories, en dehors de la période récente, la part de l’énergie et de l’alimentation n’a eu de cesse que de diminuer dans notre consommation. Pour soutenir la demande, les professionnels de l’agro-alimentaire ont cherché à transformer davantage les produits de base pour soutenir leurs marges. Concernant les carburants, les pétroliers ont chargé l’essence et le gasoil qui étaient censés nous permettre tantôt de moins consommer, tantôt de moins polluer. S’ils ont touché l’alimentation, l’énergie, le logement, les transports, les gains de productivité liés à la mécanisation et à l’énergie pas chère ont été freinés par l’incorporation du gadget – ou du signe – au produit. Vendre du rêve et de l’image serait censé nous faire croire que ce que nous consommons, c’est ce que nous choisissons. La réalité au travers de la mondialisation économique nous montre l’inanité de l’illusion et nous permet de reconnaître aux marchands et aux producteurs une qualité de bonimenteurs avérés. Elle nous montre aussi toute la crédulité des acheteurs à s’identifier aux choses qu’ils possèdent.

Selon une idée ancienne, c’est la productivité du secteur primaire qui permettrait de financer les activités secondaires. L’éducation, la santé, la culture répondraient de cette logique.

Adaptation de l’offre et de la demande

Or les crises du capitalisme possèdent des marqueurs qui, loin de s’effacer, résistent au temps : accumulation des profits ; mauvaise allocation des ressources ; baisse des prix ; baisse des salaires ; baisse de la demande. Les crises de sur-production sont très souvent des crises de la sous-consommation.

Mais il y a aussi d’autres raisons « plus modernes » aux crises que nous traversons. Prenons l’exemple du téléphone mobile. Son objet principal est de pouvoir acheminer la voix à toute heure du jour et de la nuit. Mais là où les opérateurs devraient investir dans la qualité des réseaux, ils font le choix de proposer des services qui embarquent des fonctionnalités dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles n’ont rien à voir avec l’outil de base tel qu’il est proposé. Au final, le téléphone devient une sorte de terminal multimédia pouvant transporter voix, images, vidéos et data. Le prix du forfait augmente à proportion du coût de l’appareil. Et même si la productivité liée à l’appareil est un peu plus forte, elle est très souvent découplée du temps passé autour de ces nouveaux objets dont le caractère réflexif n’aura échappé à personne.

Dans le monde informatique, les versions des systèmes d’exploitation se suivent et répondent de cette logique du toujours plus. La loi de Moore qui veut que l’on double le nombre de transistors sur une même surface tous les 18 mois engendre une augmentation spectaculaire de la puissance des micro-processeurs. Cette puissance est alors en grande partie détournée par les éditeurs de logiciels qui embarquent de plus en plus de fonctionnalités au point où cette puissance est absorbée par le gadget. Le gadget proposé serait alors choisi, souhaité par un utilisateur qui croit que pour se différencier, il faudrait disposer d’un magnifique économiseur d’écran dans lequel se jonchent, pêle-mêle, sa vie et ses rêves. ;+)

L’une des grandes caractéristiques de nos sociétés modernes serait la large autonomie adaptative du producteur sur le consommateur. Dès lors, la crise classique de sur-production répondrait davantage à une panne de l’allocation des ressources.

Le leurre néo-conservateur est de croire à l’illusion de l’équilibre axé sur le choix individuel là où nos sociétés sont avant tout celles du déséquilibre structurel. En France, la production de l’Etat et des collectivités territoriales représenterait 52.5% du PIB. Les libéraux nous disent que tout ira mieux en laissant faire, là où l’histoire nous a montré l’impossibilité de la spontanéité divine de l’équilibre. Les sociétés occidentales, pour s’adapter à la nouvelle donne mondiale, doivent retrouver le goût du collectif. Pas sûr que dans nos réponses face à la crise, nous en ayons tiré toutes les leçons !

Crédit photos : Chapitre.com, Le Monde Informatique

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2 Réponses »

  1. Denis, sans vouloir te les « cirer », encore un très bon article de ta part aux frontières de l’économie et du marketing.
    Un peu à la marge de ta réflexion, il ne faut pas non plus négliger l’impact désastreux des grands olygopoles qui verrouillent les aspects tarifaires des marchés : des ententes, tacites ou véritablement négociées (cf le marché des verriers avec l’amende de 900 millions d’€ infligée à St-Gobain par la CE, la téléphonie mobile…). Je salue d’ailleurs ces amendes records infligées aux entreprises délinquantes.
    L’absence ou le manque de concurrence est préjudiciable à l’économie en tronquant l’offre de manière quasi crapuleuse. Des pans entiers de la production industrielle sont touchés. Posons nous la question : qui raffine du pétrole aujourd’hui en France? en Europe? Même chose pour les aciers, le ciment, le verre etc…
    Qu’on ne me dise pas que la concurrence acharnée entre industriels nuit aux travailleurs, c’est même parfois le contraire : les ouvriers de chez Mittal, ne sont pas mieux traîtés aujourd’hui que ceux de chez Usinor hier !
    Les consommateurs sont lésés car les prix sont artificiellement augmentés, les travailleurs le sont également , mais alors que reste t’il? Les super profits et les dividendes associés pour les actionnaires bien sûr !
    L’Europe agit bien sûr (les amendes, la fusion refusée de Schneider-Legrand), mais elle est trop peu soutenue par ses états membres et doit bien sûr en plus faire face à la libéralisation extrême des économies dites émergentes et Américaines.

  2. @Emmanuel

    Merci. Mon article voulait montrer tout l’aspect culturel de la crise dans une société où la ressource devient extrêmement rare. Pour affronter les problèmes de demain, la réponse est tout autant culturelle que politique, sociale et économique.

    Sur la politique industrielle, il y aurait beaucoup à dire des millions versés par l’Europe à la famille De Wendel et aux autres pour, au final, voir Usinor/Arcelor partir aux mains de Mittal

    Il manque à l’Europe une véritable politique industrielle.