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Croissance française : le poids de la surintermédiation

Par      • 9 Sep, 2007 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social    

Obésité morbide de l’économie françaiseLa France est un pays singulier au sein de l’Union Européenne. Bénéficiant de prix toujours plus bas sur les biens et services venant des pays émergeant, malgré un renchérissement constant du prix du transport, les importateurs, grossistes, distributeurs, commerçants et industriels répercutent difficilement ces baisses aux consommateurs français. Sur les produits textiles, que ce soit en Angleterre ou en Allemagne, l’arrivée massive de produits chinois a entraîné une baisse quasi-immédiate des prix au niveau des consommateurs. La stratégie de croissance externe des entreprises est aujourd’hui de pouvoir peser de plus en plus sur les fournisseurs afin de maintenir et d’augmenter leurs marges.
Pour illustrer le propos, je voudrais ici parler de mon secteur d’activité et, tout particulièrement, le transfert de compétences informatiques et la formation technique. C’est tous les jours que nous recevons des propositions dans nos boîtes mail. Les centres de formation utilisent les services d’intermédiaires en charge de leur faire les plans de formation et de trouver les formateurs qui vont avec.

C’est ainsi que récemment, j’ai reçu la demande d’un intermédiaire à laquelle j’ai répondu positivement. Très rapidement, le centre de formation me contacte et m’envoie le bon de commande. Pas de discussion sur le prix ! Quelques temps après, je me trouve inondé de propositions sur d’autres sujets… à moitié prix. Quelque peu énervé – ça m’arrive parfois -, je réponds qu’à ce prix, l’intermédiaire va finir par trouver du pétrole. Evidemment, les mails en rafale finissent par se taire. Et quelques jours après, soulagé, je reçois une invalidation de la commande précédente. En réalité, l’intermédiaire continuait à chercher toujours moins cher, sachant qu’il avait une solution sous la main à proposer à son client.

Quelle est la valeur ajoutée de l’intermédiaire ? La qualité des prestataires qu’il sélectionne ? Si le prix le plus bas est un critère de qualité, il faut alors m’expliquer pourquoi ma tronçonneuse chinoise a tenu 3 mois à couper des allumettes ! L’ingéniérie de formation ? Devenu expert du copier/coller en dérogation totale avec les règles de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur, ces intermédiaires publient des mots qu’ils sont dans l’incapacité de comprendre. Merci Google.

Mais cette surintermédiation existe hélas dans les entreprises où les contrôleurs sont devenus plus nombreux que les contrôlés sans produire la moindre valeur ajoutée. Or ces mêmes contrôleurs souvent prompts à dénigrer la faible productivité de la fonction publique seraient bien inspirés à évaluer la leur. Mais à la différence du secteur public, leur alibi de choc, ce sont les bénéfices copieusement engrangés profitant des faibles coûts des produits et services qu’ils importent directement sans intermédiaires. Au point où ces bénéfices sont de plus en plus assimilables à de simples prélèvements de revenus dont la destination finale se dissout dans l’achat de grandes villas, de yachts, de gros 4×4, de placements financiers tous aussi inutiles les uns que les autres.

Mon petit doigt me dit que ce genre de problématique est très excentrée du champ de préoccupation de la commission Attali. La croissance est tirée par deux moteurs : la consommation et l’investissement. La mauvaise répartition des revenus du fait de la faiblesse de rémunération des producteurs est à l’origine de la panne de ces deux moteurs. Avant de toujours demander moins sur le plan des coûts et des charges, le MEDEF serait bien inspiré à en faire plus sur le plan de l’organisation de ses entreprises.

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