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Automobile : la sidérugie européenne de demain ?

Par      • 16 Juil, 2012 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social    

Alors que la prime à la casse et les 6 milliards d’euros de l’Etat français auront permis aux constructeurs automobiles de retrouver un peu de liquidités, c’est au tour des équipementiers de subir de plein fouet les effets de la crise. Les sous-traitants sont aujourd’hui en « pleine déconfiture » et les 1.8 milliards d’euros résiduels du plan Fillon sont bien peu face aux besoins de trésorerie de Continental, Schaeffler, Valéo, Autoliv, Key Plastics, Heuliez, etc ! La crise ne date toutefois pas d’aujourd’hui. En France, entre 2000 et 2007, les constructeurs automobiles français ont détruit 20000 emplois. 14000 destructions d’emploi chez les équipementiers ! L’automobile est en passe de devenir la nouvelle sidérurgie.

Contrairement aux Etats-Unis qui viennent d’injecter des dizaines de milliards pour sauver Ford, GM et Chrystler de la faillite, l’Union Européenne, face à l’importance de la crise dans le secteur automobile, ne propose aucune réponse d’ampleur du fait de l’absence de concertation. C’est même le « sauve qui peut » généralisé ! Dans ce contexte où chacun défend ses petits intérêts, la Commission a  pris la décision de repousser de 2012 à 2015 la limite moyenne d’émission de CO2 par véhicule à 130 g/km de CO2 ! Évidemment, si les choses n’étaient pas si graves, on pourrait rire également de l’imbécillité de ceux qui préconisent de conditionner les aides sous réserve de relocalisation alors que 40% de la production automobile française est réalisée hors de nos frontières !!! Renault a, symboliquement, fait le choix de relocaliser l’assemblage de la Clio fait en Slovénie à Flins face aux injonctions pradoxales du gouvernement français. Pas sûr que ce soit de nature à améliorer les relations au sein de l’Union Européenne dans un contexte déja tendu par ailleurs !

En Allemagne, des voix s’élèvent pour stigmatiser une prime à la casse qui encourage les industriels allemands à produire des voitures énergivores alors que les montants mobilisés devraient aider l’innovation de voitures moins gourmandes. En France, alors que le bonus-malus a permis le soutien de la demande en matière de petites voitures, la prime à la casse aura, quant à elle, amené au renforcement des parts de marché des constructeurs de grosses voitures.

La Tata Nano, nouvelle voiture du peuple ?

Comparée à un 4×4 BMW X3 3.0d qui consomme près de 11 litres/100km, la Tata Nano n’est que de la roupie de sansonnet avec près de 4 litres/100 km, soit tout de même la consommation d’une Citroën C2. Tata avoue d’ailleurs que la voiture indienne ne répond pas aux normes environnementales européennes. Vendue 1500 dollars en Inde, le modèle européen, pour se plier aux normes de sécurité et de pollution, devrait s’élever à plus de 5000 euros. La voiture devrait être produite à 250 000 exemplaires par an pour atteindre 500 000 exemplaires par la suite. L’impact de l’augmentation du parc indien et chinois aura des conséquences en terme d’émissions de CO2 et de particules dont on ne mesure pas encore bien les conséquences tant au niveau du climat que de la santé en dehors même des frontières chinoises.

Les pays africains sont devenus aussi un terrain de chasse pour les constructeurs automobiles chinois qui règlent sur des marchés « mineurs » quelques menus détails en vue de se préparer à la conquête des marchés du Nord et de l’Ouest et surtout de leur propre marché. L’automobile européenne, soumis aux accords de l’OMC, pourra-t-elle résister encore longtemps sous la pression concurrente de l’Inde et de la Chine ? Et au regard du taux d’équipement des ménages européens, l’essentiel de la croissance se fera désormais dans la zone BRIC sur laquelle les constructeurs européens, compte tenu de la nature de leur marché intérieur, n’ont hélas que bien peu de chances de se positionner.

Alors l’électricité ?

Le discours dominant du moment est : « en dehors de l’électrique, point de salut ! »

30 tranches EPR dici 2020 ?

La ville de Paris vient de lancer un appel à projet autour de l’Auto’Lib. La SNCF vient d’y répondre au travers du projet F’City dont l’intérêt serait de coupler le train à la voiture électrique.

Aux Etats-Unis, Ford vient de dévoiler Volt, un modèle de voiture électrique au niveau de laquelle le carburant ne sert qu’à produire du courant ! En matière de voitures dites écologiques, il faudra, très vite, trier le bon grain de l’ivraie. Le marketing a ses raisons que la raison du consommateur semble parfois ignorer. Loin d’être la panacée, Honda propose, avec la Honda Insight Hybrid, un véhicule qui consomme tout de même 4.4 litres /100 km.

Alors qu’en France nous nous acheminons vers la construction de 30 nouvelles tranches Epr, pour faire face au développement de la voiture électrique, l’Allemagne devra sans doute construire de nouvelles centrales à charbon. CO2 pour CO2 : rien ne se perd… rien ne se crée. BMW propose d’ores et déjà un modèle totalement électrique dont l’autonomie est de 250 kilomètres.

Ceci étant, toutes ces « innovations » seront très vite reprises par les pays concurrents du fait qu’ils vont être confrontés au renchérissement du pétrole et à l’augmentation des émissions de CO2 rendant l’air des villes irrespirables ! La Chine est aujourd’hui le 1er marché automobile… devant les Etats-Unis. Pas étonnant dans ces conditions de voir que Hong-Kong est aujourd’hui l’un des pionniers du véhicule électrique !

Le protectionnisme ?

En 1930, les mesures protectionnistes de l’administration américaine auraient amené une contraction du volume du commerce international de 25%. Les conséquences sociales et politiques de la crise amenèrent le conflit le plus destructeur qu’a pu connaître l’humanité. Il convient en la matière de rester extrêmement prudent.

Au sein de l’Union Européenne, nous devons, au plus vite, nous harmoniser en terme de législation fiscale, sociale et environnementale. C’est le seul vrai rempart face à la désindustrialisation et aux délocalisations. L’activation du tarif extérieur doit se faire désormais en prenant en compte le non respect chez les pays producteurs des normes sociales et environnementales. Il faut aussi se poser des questions sur l’attitude à adopter face aux autorités chinoises qui maintiennent le Yuan artificiellement bas.

Une économie positive du développement durable !

Aussi importantes soient-elles, les aides de l’État doivent s’orienter vers la fabrication d’une voiture propre, mélangeant l’usage de moteurs hybrides et la technologie Pantone. Par leur atonie créative (ou leurs délires imaginatifs), les constructeurs  – et la goinfrerie de leurs actionnaires – sont les premiers responsables de la situation que subissent les salariés.

Afin de dissuader les fabricants de continuer à produire de grosses bagnoles, il faut aussi mettre en place une fiscalité réellement confiscatoire sur les véhicules les plus polluants. Malgré quelques timides avancées, il faut enfin lancer un plan massif de ferroutage à l’échelon européen. Pourrons-nous également nous affranchir d’une réflexion autour de l’usage du transport aérien ?

Europe Écologie propose une utilisation des fonds publics à d’autres fins que des mesures de soutien dont l’objet au final se finira par la disparition des constructeurs automobiles européens et la destruction de centaines de milliers d’emplois. Dans un marché saturé et extrêmement concurrentiel, nos besoins en automobile seront au mieux très différents. C’est la raison pour laquelle il convient, au plus vite, de  mobiliser tout cet argent dès aujourd’hui à la formation des salariés afin qu’ils puissent travailler notamment autour d’une voiture plus propre et aussi dans le secteur des économies d’énergie et du développement durable. Cette proposition portée par Yannick Jadot va dans le sens de celle de François Chérèque relative à la création d’un Fonds Social d’Investissement. Il pourrait être abondé à l’échelle européenne.

A l’image de Jeffrey Sachs, prônons une économie positive du développement durable. Autrement dit, faisons le choix du monde que nous voulons, plutôt que de subir celui dont nous ne voulons plus.

Autres éclairages

Crédit photos : Usine NouvelleOuest France.

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2 Réponses »

  1. Je pense que l’idée qui consiste à passer d’une économie en chute libre à celle liée au développement durable comme solution d’avenir a fait son temps s’il on n’y injecte pas l’urgence de changer la politique de développement éonomiques de nos entreprises.

    Celles-ci baignent dans la logique démesurée de la mondialisation et de la domination de quelques sociétés multinationales qui font la pluie et le beau temps en tout.

    Construites sur le modèle de l’ultra libéralisme, ces sociétés sont déjà leader dans ce qu’on appelle bien trop facilement à mon goût « le développement durable ».

    L’exemple de la décapitation de notre industrie automobile est criante de vérité. Les grosses entreprises n’ont aucune pitiés et ne font pas de sentimentalisme.

    Celà arrivera aussi dans les fameux secteurs d’avenir appelé « développement durable » car nous laissons faire…

    Europe Ecologie Les Verts se fout de savoir sous quelle forme économique sera développée l’énergie propre…Du moment qu’ils ont leur quotas et « leurre » pouvoir politique, ils sont heureux.

    Vers qui se tourner pour dénoncer ce système économique vicelard qui supprime des emplois comme on supprime des vies….
    Le temps est certainement au changement radical de pratiques économique. Seul l’ Etat peut intervenir pour que cela change. Mais nos Etats sont-ils encore maîtres de leurs destins ?

  2. A vouloir maintenir le monde ancien coûte que coûte on perd un précieux temps et pire de précieuses ressources qui auraient été utiles pour construire le monde de demain…la transition aurait pu être relativement douce elle sera hélas brutale. Plus on tarde et on gaspille les ressources en vain plus la transition sera pénible.

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