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39 heures : retour vers le futur !

Par      • 13 Juin, 2008 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social   Social  Social    

Pour la France, le future, c'est le passé !Le futur sarkozyen a un étrange goût de poussière. Le slogan – sans cesse décrié – du « travailler plus pour gagner plus » qui aura eu le mérite d’exalter les valeurs d’une certaine droite française n’en demeure pas moins un contre-sens absolu de l’histoire.

La poule et l’œuf

Les économistes classiques – Smith, Ricardo et bien d’autres – ne s’étaient pas franchement posés la question des limites à la production. Tout juste, Malthus préconisait-il de s’assurer d’une croissance de la démographie proportionnelle à celle de la croissance de l’utilisation des ressources ! Marx, sans remettre en cause les possibilités de limites « naturelles » à l’extension de la production évoquaient des limitations endogènes liées à la suraccumulation des profits, finissant par engendrer une panne de la demande du fait de la faiblesse des revenus des « travailleurs ». L’histoire du capitalisme a plutôt donné raison à la branche classique et marxiste des économistes. Mais contrairement à la prédiction marxiste, les économies occidentales, dans l’après-guerre, ont montré qu’elles pouvaient lisser les crises de surproduction par la redistribution. La social-démocratie reste le mode de gestion le plus harmonieux du capitalisme, même si sa réussite doit à l’institution d’un rapport de forces permettant d’obtenir les matières 1ières à très vil prix.

Tensions sur les ressources

Même si la période récente et la crise des matières 1ières qui a débutée dans les années 70 redonnent corps et sens à l’hypothèse malthusienne, il convient de se rappeler les enseignements de la relativité : « rien ne se perd; rien ne se crée; tout se transforme. » Autrement dit, sans doute, convient-il de s’interroger davantage sur la nature de la croissance pour les années à venir. L’économie mondiale est sous une triple contrainte : l’empreinte de l’imaginaire culturel occidental, une croissance démographique gallopante à l’échelle du temps humain et l’épuisement des ressources « stratégiques » pour le fonctionnement de l’économie compte tenu de l’état de la techné.

Le sens de l’histoire

Le développement des sociétés humaines, dans la période récente, a été due à un facteur principal : la mécanisation de l’agriculture, l’automatisation des process industriels et l’informatisation des services. La productivité a permis de libérer du temps et de financer de nombreuses avancées sociales : arrêt du travail des enfants, arrêt du travail des femmes la nuit, régimes de protection sociale par répartition. Les directives de l’UE sur le travail des femmes au nom de l’égalité homme-femme ouvrent la boîte de Pandore. Nous n’avons pas encore bien mesuré toutes les conséquences de l’exemplarité imbécile qu’elles constituent. Afin de faire face aux crises de surproduction – relatives – amplifiées par la productivité, tous les pays industriels ont baissé la durée légale du travail. Ford aux Etats-Unis l’avait compris : pour écouler les marchandises produites, il faut payer ses ouvriers pour qu’ils consomment. En 1936, c’est bien le patronat qui, sous pression, a demandé au gouvernement Blum de conclure au plus vite un accord sur les 40 heures hebdomadaires et les 15 jours de congés payés.

Les 35 heures en France

Financées très largement par les deniers publics, les 35 heures ont été très profitables aux entreprises françaises : elles ont permis des gains de productivité par la remise à plat de tous les process. Ce mouvement, sans précédent, a été brutalement interrompu par l’accélération de la mondialisation et un faible coût relatif de l’énergie. L’avantage comparatif des pays émergeant et notamment de la Chine lié à un faible coût de main d’œuvre a bloqué les investissements, la recherche et l’innovation dans les entreprises françaises. En la matière, le fait que notre pays soit le 2ième au monde en terme d’investissements directs est un leurre cruel. Or, pas d’investissement… pas de gain de productivité !

Retour vers les 39 heures

Le démantèlement du marché du travail, les exonérations de cotisations, le développement du travail précaire se fondent sur l’idée que l’avantage comparatif chinois est absolu et que nous devons ajuster nos politiques en conséquence. Deux possibilités s’offrent à nous. Ou bien nous organisons la baisse des coûts et son corolaire – la régression sociale – afin que nous comblions notre retard de « compétitivité ». Ou bien nous mettons en œuvre tous les mécanismes pour assurer la relance des conditions d’un dynamisme de l’offre fondé sur une nouvelle fiscalité, l’innovation, la recherche et la formation. En choisissant un alignement des coûts par le bas, la droite française enfonce notre pays dans une voie sans issue, dans une voie de garage. C’est tout le sens de la réforme du travail et le retour vers les 39 heures tels que le souhaite le gouvernement Sarkozy.

En 2012, essayons ensemble de continuer la fin de l’histoire.

Crédit photo : cinemovies.fr

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