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Malentendus, divergences et contradictions, par Daniel Cohn-Bendit

Par      • 28 Oct, 2009 • Catégorie(s): Ecologie  Ecologie    

La convalescence m’oblige à suivre les évolutions de loin. Une pause forcée qui me permet cependant de consacrer du temps à la réflexion et à l’exploration de pistes qui, je l’espère, nous permettront de progresser…

«Europe Écologie », c’est d’une part « les Verts » avec leur structure partidaire, leur histoire et leurs pesanteurs et, d’autre part, des groupes locaux qui existent réellement -mais dont la faiblesse existe aussi faute de ne pas encore fonctionner en réseau- , des personnalités symbolisant des histoires et des sensibilités différentes de l’écologie politique, etc.

Par-delà cette approche analytique, c’est aussi et surtout une idée motrice qui consiste à rassembler, à surmonter les fractures du passé, à accroître la capacité d’attraction de l’écologie politique autour d’une redéfinition et d’une mise à jour de ses fondements-mêmes. Une posture inédite qui intègre une nouvelle approche de la politique et qui a prouvé sa viabilité!

Étant donné qu’ « Europe Écologie » demeure un objet politique de facto non constitué, il fonctionne en tant qu’espace politique dont les diverses sensibilités peuvent se saisir pour se projeter dans un avenir politique totalement différent.

Dany Cohn-Bendit, le 27 septembre aux Amis d'Europe EcologieNotre force est aussi notre faiblesse…

Certains « Verts » paniquent à l’idée de voir émerger une force organisationnelle concurrente. Ils tentent alors de redéfinir « Europe Écologie » à leur manière : « Oui à l’ouverture mais gérée, encadrée et limitée par nous les Verts ». Une attitude qu’illustre à merveille Jean-Vincent Placé quand il se dit « preneur » de toute proposition de candidat pour l’ouverture. Autrement dit, « les Verts », personnifiés par JV Placé, « prennent » et « décident ».

Une attitude que vient indubitablement renforcer notre échec collectif à structurer les comités locaux d’ « Europe Écologie », à rassembler tant les personnalités que les non-encartés et à donner à la composante non-verte d’ « Europe Écologie » une quelconque réalité organisationnelle.

Le degré d’ouverture des listes régionales dépend donc essentiellement de 2 facteurs. D’un côté de l’intelligence, de la lucidité et du bon-vouloir des Verts et, de l’autre, de la capacité argumentative du canal historique d’« Europe Écologie » (Yannick Jadot, Jean-Paul Besset, Pascal Durand, José Bové et moi-même) qu’ont enrichi des personnalités et têtes de listes telles que Sandrine Bélier et Eva Joly.

Quant à la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, elle est le point cardinal raisonnable et conscient de la nécessité d’une unité d’« Europe Écologie-Les Verts ».

C’est dans cet espace politico-organisationnel ambigu et fragile que s’est inscrite l’initiative des « amis d’Europe Écologie ». Profitant du dynamisme et de la capacité relationnelle de certains -dont mon frère Gaby- , les «amis d’Europe Écologie » ont fini par s’imposer comme une composante de la galaxie d’ « Europe Écologie ».

Je conçois que tout ceci soit momentanément fatigant mais, symboliquement et politiquement, c’est important car ils incarnent aussi notre capacité d’ouverture.

Les Verts dans leur ensemble voudraient que la symbolique d’ « Europe Écologie » se pérennise : Jean-Marc Brulé, Michael Marie, Jean-Vincent Placé,… Les Verts, toutes tendances confondues, sont donc unanimes sur ce point.

Pourtant, le combat quotidien pour pérenniser une structure autonome d’ «Europe Écologie » montre que symbolique et réel ne font pas toujours bon ménage.

Il est évident et compréhensible que les Verts s’affirment par leur Bureau exécutif, leur secrétaire nationale ou leur porte-parole, autrement dit, dans le cadre classique de la gauche plurielle. Ceci donne alors le refrain : « A gauche toute et sans MODEM! »

Or, nous affirmons l’autonomie de l’écologie politique, donc d’ « Europe Écologie », en dehors de ce cadre référentiel de la gauche commune plurielle et/ou traditionaliste et rétrograde.

Ainsi, « Europe Écologie », via son canal historique, s’exprime par ses personnalités souvent sans concertation je l’avoue (Et ceci est surtout valable pour moi). Comme les Verts s’expriment pour leur part via leurs instances sans chercher le consensus dans le cadre d’ « Europe Écologie » avant de se positionner publiquement. Il est donc normal que cet état de fait soit contrebalancé par les haut-parleurs historiques. Encore une fois, qu’on aime ou non, c’est pour l’instant la seule manière d’exprimer la densité et la diversité des postions rassemblées.

Sur la question du Modem en tant que parti, c’est résolu pour le premier tour des régionales.

Par ailleurs, personne chez nous n’est favorable à une alliance partidaire au premier tour (Que ce soit avec le PS, le Modem ou le PC). Mais nous sommes tous d’accord pour ouvrir nos listes aux personnalités du PC, du Modem, de Cap 21 ou du PS qui voudraient rejoindre « Europe Écologie ».

Pour le second tour, nous devons – au plus tard fin janvier- avoir un débat public d’« Europe Écologie -les Verts » sur les alliances possibles ou nécessaires. Oui, d’après moi, « Europe Écologie » doit pour le second tour fédérer les oppositions à l’UMP autour d’un programme régional de transformation et de réformes écologiques, sociales et démocratiques.

L’avantage d’un scrutin à deux tours étant donc de partir en autonome au premier afin de rassembler l’écologie politique et de clarifier les positions pour ensuite, au second, rassembler les réformateurs en vue de former une alternative au projet de l’UMP.

« Clarifier-Rassembler » en profitant du premier tour pour amplifier le débat démocratique.

Cette démarche permet d’ancrer l’idée d’une réforme en profondeur de la République qui passerait par des régions imposant de fait une cohabitation démocratique à la France de l’UMP.

Notre projet doit être régional tout en s’affirmant dans ses dimensions nationale et européenne. Nous devons donc rédiger le plus rapidement possible un manifeste régional déclinant la cohésion de nos élaborations politiques aux niveaux européen, national et régional. Notre manifeste devra franchement s’ouvrir sur le monde pour assumer nos responsabilités à l’échelle planétaire.

En conclusion.

Dans chaque région, des personnalités régionales et/ou nationales (non-encartées chez les Verts) d’ « Europe Écologie devront évaluer, région par région, les candidatures non-vertes et préparer l’agencement des listes. Aucune composante, qu’elle soit verte ou non, n’aura le droit de veto sur l’autre.

Ainsi, les têtes de listes désignées deviendront les médiateurs et les animateurs chargés de garantir les équilibres de l’ouverture.

De ceci découle que nos listes pour les régionales devront respecter l’intitulé « Europe Écologie-Les Verts » + Le nom de la région »: « Europe Écologie-Les Verts-Ile de France », « Europe Écologie-Les Verts- Aquitaine »… Autrement dit, ces listes devront reproduire l’appellation avec laquelle nous avons gagné aux élections européennes. En ce qui me concerne, c’est le seul type de listes que je soutiendrai pendant la campagne.

Le débat difficile et fondamental sur l’avenir définitif de l’OPNI « Europe Écologie-les Verts », nous l’aurons après les régionales et longtemps avant la séquence présidentielle- législative de 2012.

Entre-temps, nous avons la responsabilité commune de mener à bien l’aventure des régionales autour de 3 maximes: « Rassembler, ouvrir, se respecter »

Nous serons alors capables de démontrer notre force d’attraction en intégrant sur nos listes des militants de la gauche citoyenne, du PC, du pôle écologiste socialiste ou d’autres socialistes, des militants du MEI, des militants du MODEM, ou, tout simplement, en permettant l’arrivée de personnalités venant du monde associatif et de la société civile.

PS : Je continuerai personnellement à débattre publiquement sur la nécessité de rassembler les oppositions à l’UMP pour permettre l’émergence d’une majorité alternative en 2012. C’est la raison pour laquelle je compte participer à un certain nombre d’initiatives au même titre que les Verts participent, à juste titre, à des initiatives classiques « gauche-plurielle » du PC, du PS ou d’autres formations. A chacun son rôle…

Puis-je ajouter un voeu : Dans tous les cas, soyons nous-mêmes et efforçons-nous d’être clairs et percutants. Honni soit qui mal y pense !

PPS : Nous devons accélérer la publicité autour de l’initiative Copenhague d’« Europe Écologie » du 21 novembre . « Europe Écologie » doit s’imposer au coeur de la mobilisation sur Copenhague et parvenir à faire débattre toutes les forces politiques sans oublier de questionner le gouvernement sur l’état de la préparation de Copenhague. Et si nous réussissons notre pari, ce seront les absents qui auront tort.

A bientôt

Dany Cohn-Bendit
27 octobre 2009

Crédit photos : Archimarketing, France5

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Une Réponse »

  1. Dany est désormais le centre-droite vendable. Sa trajectoire « libertaire » et anti-communiste se poursuit en toute cohérence. Ces slogans, sans risques politiques réels, l’animent toujours, pour la galerie

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/28/mai-68-mai-88-mai-08-%E2%80%9

    et il devient graduellement le BHL de l’euro-parlementarisme. Les ententes écolo-capitalistes s’esquissent déjà…
    Paul Laurendeau