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La croissance : un mythe pour les pauvres !

Par      • 13 Avr, 2010 • Catégorie(s): Ecologie  Ecologie    

Le texte d’André Gorz que publie le Monde Diplomatique dans son édition d’avril 2010 date en réalité de 1974. Et à sa lecture, vous découvrirez les talents prophétiques de ce penseur majeur de l’écologie politique.

La contrainte écologique

Dans ce texte, André Gorz nous rappelle que le premier combat que nous devons mener est de tout faire pour que « ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable […] Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. »

La capitalisme doit faire face à une nouvelle contrainte : la contrainte écologique. En plus de la nécessité de la reproduction des moyens de production et de la force de travail, il doit désormais faire face à la nécessité de reproduire l’environnement par la mise en œuvre de systèmes de dépollution afin de pouvoir accéder aux ressources naturelles.

Hausse des prix ?

Et c’est là où la puissance de la pensée d’André Gorz fait sensation : « les prix tendront à augmenter plus vite que les salaires réels, le pouvoir d’achat populaire sera donc comprimé et tout se passera comme si le coût de dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises. » Ce texte a été écrit il y a 36 ans !

L’arrivée de la Chine, comme acteur majeur du capitalisme mondial, a certes permis, par une exploitation sans précédent, de continuer de disposer de biens à faible coût malgré le renchérissement des ressources. 21 ans après que Den Xiaoping ait demandé aux Chinois de s’enrichir, la situation environnementale et sociale de la Chine entraîne la prise en compte de la contrainte écologique. La « prophétie » d’André Gorz reprend alors tout son sens : « Les tendances à la récession ou à la crise s’en trouveront aggravées. » Les crises permettront alors à quelques groupes financiers d’étendre leur main mise sur l’économie !

Mystification

Du fait de l’augmentation des prix, « les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés. […] Le pouvoir central renforcera son contrôle sur la société […] » Dans une société où le chômage explose, où les salaires stagnent, le maintien de l’ordre social ne peut se faire qu’en entretenant le mythe de la croissance : « Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser au dessus des autres. » La « non-croissance » serait la « condamnation à la médiocrité sans espoir« .

Les partis de « gauche » savent-ils encore de quoi ils parlent quand ils nous assènent la croissance verte et le développement durable ?

NB J’ai tenu à évoquer la pensée d’André Gorz par cette magnifique photo d’André Gorz et de son épouse. Ils se sont suicidés alors que Dorine, sa femme, était atteinte d’une très grave maladie.

Source : Leur écologie et la nôtre

Crédit photos : The Kerakala articles, lo Schermo

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12 Réponses »

  1. Excellent article.
    Quel visionnaire ! Lui, pas toi, quoique ! ;+)
    Magnifique photo… quand deux personnes s’aiment autant ça crève les yeux. Je suis sûre qu’elle a été un véritable soutien pour lui et a aidé sa pensée à progresser.

  2. @ Denis,

    Je me souviens du très bel article que tu avais écrit lors de sa mort.
    Et je ne peux oublier cette phrase, qu’il avait écrite, pour sa paire, Dorine : « Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien. » je crois vraiment qu’un « grand homme » ne peut l’être sans une « grande femme » !

  3. @Virginie

    Il y a un contre-sens dans ce que tu exprimes par rapport à la pensée de Gorz et à cet homme singulier qui refusait de se hisser au dessus des autres hommes. Ça veut dire quoi un grand homme ? Rien. Ça ne veut rien dire.

  4. @ Denis,

    Il n’y a aucun contre-sens voyons, et j’ai mis grand homme entre guillemets, fais attention !
    Il ne se voulait pas au dessus des autres, oui, mais c’était un homme de valeur, grand par sa valeur, par sa pensée !
    Tu as toi même précisé dans ton article écrit après sa mort : « Je voudrais finir ce petit billet sur un si grand homme par ces quelques mots extraits de son livre… ».
    Je ne comprends pas ta réaction !

  5. @ Denis,

    Si tu veux aller dans ce sens…
    Il me semble que tu te trompes toi-même sur la pensée de Gorz, il a écrit « Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi » et non que c’est le premier combat, bien au contraire, ça ne suffit pas, survivre ne suffit pas, il faut vivre ! Et vivre il a su le faire, en « grand homme », en homme de valeur, attaché à la planète, à l’humanité et au véritable amour.

  6. @Virginie

    C’est pas parce que je l’écris que c’est forcément intelligent ! ;+) Je tâche de me soigner.

  7. @ Denis,

    Eh bien disons qu’on est deux cons… bien assemblés ! ;+)

  8. @Virginie

    Je ne sais pas ce que veut dire être un con. Ça ne veut rien dire. Je ne connais pas les cons. S’agit-il d’une tribu d’Amazonie ?

  9. @ fred & co

    comment pouvez vous présenter la soupe à une personne ou famille ne disposant pas de suffisement de ressources du fait qu’il ne soit plus possible de trouver un emploi qui puisse subvenir au besoins
    actuels, alors que le taux d’improductifs (toutes catégories confondues) est très important en france ?