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EELV : Jean-Paul Besset jette l’éponge !

Par      • 7 Déc, 2010 • Catégorie(s): Ecologie  Ecologie    

Voici le communiqué de Jean-Paul Besset tel qu’il nous ait parvenu  ! Pascal Durand devrait suivre. ;+)


Pourquoi j’ abandonne

Jean-Paul Besset quitte EELV.

Jean-Paul Besset quitte EELV.

J’ ai décidé de renoncer à toute responsabilité au sein d’Europe Ecologie-Les Verts. Cette décision est mûrement réfléchie. Elle n’est le fruit ni d’un coup de tête ni d’un coup de blues. Elle révèle l’impuissance que je ressens de plus en plus douloureusement face à une situation de conflit interne qui m’apparait, en l’ état, dominante, indépassable, broyeuse d’ énergie et d’ espérance. Elle vise aussi à dissiper l’ illusion fédératrice que ma présence entretient dans la direction du mouvement, entre marteau et enclume.

Autrement dit, j’ avoue l’ échec, personnel et collectif : je ne souhaite plus m’ épuiser à construire des passerelles alors que l’ essentiel des préoccupations consiste à entretenir les suspicions ou à rêver d’en découdre pour affaiblir tel courant, détruire tel individu ou conquérir tel pouvoir. Je n’ assumerai pas plus longtemps la fiction et l’ imposture d’un rôle revenant à concilier l’ inconciliable.

Si ma mise à l’ écart volontaire, dont je pèse amèrement le sens négatif aux yeux des militants sincères, peut servir à quelque chose, c’est de dissiper le rideau de fumée et chasser l’ hypocrisie: que les masques tombent ! Que les couteaux sortent s’ ils doivent sortir ou que les convictions l’emportent enfin sur les ambitions, mais qu’ au moins il se passe quelque chose, qu’Europe Ecologie-Les Verts échappe à ce climat délétère de guerre froide et de paix armée !

I have a dream… Oui, j’ avais fait le rêve que les Assises de Lyon, le 13 novembre, seraient une date « constituante », consacrant l’ aboutissement d’une démarche de dépassement collectif pour construire une force alternative, responsable et désirable, indispensable aux enjeux de l’ époque. Cette journée devait marquer les esprits au point de les transformer grâce à un sentiment d’ appartenance commune, emportés par une dynamique qui submergerait les inévitables aigreurs, les petits calculs, les préjugés stupides, les médiocrités recuites. J’ ai cru que la force de l’ essentiel l’emporterait sur les turpitudes usuelles. Qu’il y aurait donc un avant et un
après Lyon…

Je me suis trompé. Lourdement. Il est impossible de parvenir à faire la paix entre ceux qui aspirent à la guerre.

Il y a bien un après Lyon… mais, à l’ image du nom retenu (Europe Ecologie-Les Verts), il reproduit ce que nous avions eu tant de mal à contenir dans l’avant Lyon : le scénario des crispations et des jeux claniques, la comédie du pouvoir, le monopoly des territoires. Règlements de compte, délices du déchirement, obsessions purificatrices et procès en sorcellerie saturent à nouveau l’espace, au point de rendre l’air interne irrespirable et le travail politique secondaire.

La fusion-dépassement n’a pas eu lieu. Le fossé des défiances reste plus béant que jamais entre ceux supposés vouloir rester en famille et ceux suspectés de chercher le divorce pour la recomposer, rendant impossible toute entreprise commune. D’un côté, le parti où nombre de Verts verrouillent une reproduction à l’identique, avec les mêmes têtes, les mêmes statuts, les mêmes pratiques, les mêmes courants, la même communication pseudo radicale, la même orientation servile vis à vis de la gauche; de l’autre côté, la Coopérative que certains veulent instrumentaliser en machine de guerre contre le parti. Dans ces conditions, aucune discussion sereine,aucun désaccord rationnel ne peut exister. Chaque choix est hypothéqué, chaque initiative s’avère lourde de conflits.

Par bonheur, la dramaturgie de nos luttes fratricides en reste aux simulacres. Elle ne tue pas vraiment mais elle use, elle ronge, elle épuise, elle désespère. Certains bâtisseurs, comme mon vieux complice Pascal Durand, ont déjà pris leurs distances. A mon tour de déclarer forfait et de refuser d’assumer plus longtemps un rôle d’équilibre alors qu’on me somme chaque instant de choisir un camp, de dénoncer machin ou de sacrifier truc, de justifier le moindre acte des « autres », de prendre parti dans le choc des ego, de participer au grand concours des détestations, bref de faire tout ce que je déteste.

J’ai contribué à construire un mouvement que je juge désormais métastasé et auquel, pas plus que quiconque, je ne sais apporter de remèdes. Je n’entretiens aucun ressentiment, j’apprécie les qualités individuelles des un(e)s et des autres, je ne regrette rien du chemin. Mais, sous l’impact de trop fortes pesanteurs internes engendrées par les coutumes du vieux monde politique dont toutes – je dis bien toutes! – les sensibilités d’EELV portent les stigmates, la mayonnaise collective a tourné et déprécie maintenant les énergies.

C’est humainement insoutenable. C’est en tout cas à mille lieux du projet qui m’habitait. Je renonce donc sans rien sacrifier de mon espérance dans l’écologie politique comme horizon de survie et d’émancipation. Sous réserve, peut être, d’un sursaut durable et d’un ressaisissement collectif que mon retrait pourrait favoriser.

6 décembre 2010

Jean-Paul Besset


Crédit photos : Wikipédia, l’Express, Barjouville

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10 Réponses »

  1. Au moins cette fois il est lucide !

  2. @ ? ….

    à quel stade de BWV 244 etes vous rendu ?

    slt
    bernard

  3. On ne va pas jouer les Cassandre. C’était une belle histoire qui a mal tourné.

    Le problème remonte aux Européennes: les Verts sont très à gauche, parfois d’extrême gauche (surtout dans le Nord Pas de Calais) et Europe Ecologie a proposé un programmé très au centre, qui a pu faire illusion auprès de nombreux électeurs, dont moi.

    Nous avons vécu l’épisode des Régionales avec cette ambiguïté grandissante. Je me souviens d’avoir combattu contre certains éléments de programme qui me paraissaient trop collectivistes. Je me souviens d’avoir essayé en vain d’amener des chefs d’entreprise sur la liste EE.

    Comme l’essentiel est bien de construire un programme qui fasse gagner la France et nous éloigne de l’horreur sarkozyste, je pense qu’il aurait fallu lever cette ambiguïté au lendemain des régionales en posant la question ainsi: « EE est-il en définitif à gauche ou à droite du PS ? ». ‘Mais non !’ m’a-t-on répondu. Travaillons sur la forme (coopérative, ruche, etc…) plutôt que de trancher cette question de fond…. Moi, je suis allé jouer ailleurs.

    Mais je pense que ma question valait d’être posée très vite mais on ne voulait pas le faire parce qu’y répondre aboutit sans doute à l’explosion d’Europe Ecologie. Les Verts redeviennent les Verts (cette blague entendue à la radio Belge sur le parti Ekolo est terriblement d’actualité: « N’êtes vous pas le rayon bio du supermarché socialiste ? »). Et les autres reprennent leur errance…

    Bonne chance et bonne nuit à tous mes congénères apartides, de gauche, de droite et d’ailleurs.

  4. @Jean-Philippe

    Je reste convaincu que le problème ne se pose pas en termes de gauche et de droite. Nous fonctionnons nous-mêmes en référence à des schémas qui ont volé en éclats depuis longtemps. La 3e voie n’est pas de renier ce que nous sommes, mais de comprendre ce que nous sommes devenus. La France est à droite. Les sociétés occidentales sont de plus en plus à droite. Confronté aux électeurs, un projet « collectiviste » est voué à l’échec. Depuis 1984, les socialistes font des politiques ajustés à cette contrainte. Quant aux écolos, quand ils ont été aux manettes, ont-ils toujours été écolos ?

    L’écologie politique a vocation à être un projet politique autonome au dessus de ce clivage dont les origines remontent au XVIIIe. Les 3 enjeux sociétaux auxquels nous sommes confrontés sont, de mon point de vue, la question de l’énergie, d’une agriculture qui nous nourrit sans porter atteinte aux ressources comme celle de l’eau et la question de l’éducation à laquelle il faut ajouter la culture.

    L’éducation est la seule voie possible pour retrouver le chemin d’une véritable démocratie dans notre pays.

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