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Fusion Europe Ecologie / Les Verts : du rififi chez les Verts

Par      • 24 Oct, 2010 • Catégorie(s): Ecologie  Ecologie    

Après que les militants Europe Ecologie ont voté le manifeste et le bloc statutaire alors que les Verts adhérents à Europe Ecologie ont contribué à rejeter tous les amendements proposés par José Bové et Dany Cohn-Bendit, c’est au tour des Verts de voter le projet de fusion avec Europe Ecologie.

Le référendum pour un mouvement de l’écologie politique unifié doit intervenir à partir du 25 octobre et se terminera le 5 novembre. Là où les statuts du parti vert représentaient 4 pages, les nouveaux statuts en font 24 : toujours plus de papier pour toujours moins de militants. Mais, au fait, combien sont-ils ?

L’appel à voter NON

Rien ne dit, conformément aux actuels statuts des Verts, que ce projet de fusion recueillera l’assentiment de 66% des votants. Certains Verts, en interne, appelent à voter non.


POUR NOUS, CE SERA NON

Nous sommes appelés à donner notre avis sur le remplacement de nos statuts par le « socle statutaire » adopté par le collège électoral composé des Verts et des non-Verts ayant payé une cotisation de 20 euros. Nous refuserons d’adopter ces nouveaux statuts. Voici pourquoi.

Tout d’abord, nous affirmons que nous sommes attachés au rassemblement des forces de l’écologie, qui doit reposer notamment sur un parti de l’écologie politique fort et reconnu. Nous sommes attachés à notre parti, Les Verts, à son histoire. Nous lui souhaitons un avenir où il apparaîtra *élargi et renforcé,* incontournable dans la composition d’une majorité à gauche. Nous nous réjouissons, dans cette optique, des résultats obtenus aux élections européennes, puis régionales. Nous sommes conscients de l’image positive dans l’opinion que nous apportent notamment Eva Joly ou José Bové. Toutefois, la méthode utilisée de double parité n’était pas satisfaisante. Il fallait sortir de ce processus provisoire. L’issue qu’on nous propose nous paraît-elle meilleure ? Notre réponse est non.

En effet, à quoi a-t-on assisté depuis plus d’un an ?

Tout d’abord, le fonctionnement normal de notre parti, où l’on rend compte régulièrement aux adhérents, a été remplacé par une stratégie de la diplomatie entre quelques initiés de la direction des Verts et des leaders autoproclamés non Verts. Des mois de surplace en ont résulté, où rares étaient les informations sur l’avenir d’un hypothétique rassemblement. La recherche d’un consensus entre initiés a prévalu sur le débat démocratique au fond. A croire que tout débat interne risque d’affaiblir le mouvement, comme si dans notre époque médiatique il fallait accepter que tout soit consensus. Ainsi, nous prétendrions porter sur la scène nationale une idéologie, animer le débat politique dans le pays, alors même qu’en interne nous nous refuserions à le faire ?

Comme le temps tournait et que les échéances étaient proches, un beau jour on nous a parachuté un projet complet de statuts imposé d’en haut et élaboré de manière non participative. Ce projet complet a vocation à remplacer l’intégralité des statuts existants. Il aurait fallu partir, au contraire, de nos statuts, proposer des modifications, laisser le temps aux allers-retours. On nous a accordé royalement une dizaine de jours pour digérer le pensum et écrire des amendements.

Amender, c’est bien, mais ces amendements ont-ils été pris en compte ? Force est de constater qu’il n’en fut rien pour des modifications importantes proposées notamment par Europalter, alors que les amis de Cohn Bendit, Bové et Gatignon eurent une écoute beaucoup plus favorable au niveau du BE d’Europe Ecologie.

Là-dessus se sont greffés des cas d’adhésions de complaisance, notamment en Seine-Saint-Denis, dans le Gard, à la Réunion. Le corps électoral s’est considérablement gonflé dans les derniers jours. On peut donc avoir des doutes sur le déroulement du vote et la sincérité du scrutin. Et même si celui-ci s’est tenu correctement, bien des participants n’avaient pas nécessairement une connaissance pleine et entière des textes soumis à leur approbation et des conséquences de leur vote. Le temps a manqué pour que la base s’approprie cette réforme, et l’on ne fait rien dans la précipitation*. « Il faut donner du temps au temps. »*

Sur le socle statutaire lui-même, bien des points sont renvoyés au règlement intérieur. Lequel peut être modifié par simple décision du Conseil fédéral, nouvelle dénomination du CNIR, alors qu’il faut un référendum ou une AG extraordinaire pour modifier les statuts. N’oublions pas que le Conseil fédéral sera composé à titre provisoire d’autant de non-Verts que de Verts. Une partie non négligeable de notre fonctionnement reste ainsi dans le flou. Il en est ainsi notamment des amendements proposés par Nous sommes en marche, retoqués car les votes blancs ont été pris en compte mais que certains nous promettent de réintroduire par la petite porte du règlement intérieur.

Les Verts ont actuellement des règles démocratiques qui les différencient avantageusement des autres partis : proportionnelle, prise de décision à la majorité qualifiée de 60 %, prise en compte du vote blanc, incompatibilité entre un poste de parlementaire et un poste à l’exécutif. Le CNIR avait exigé que certains de ces points soient garantis, notamment l’incompatibilité entre un mandat parlementaire et la présence dans l’exécutif national. Il avait aussi été demandé par divers amendements que ces dispositions aujourd’hui dans notre agrément intérieur soient intégrées aux statuts. Le BE l’a refusé, en violation des décisions du CNIR, et cela est clairement fait pour que les Verts ne puissent se prononcer en connaissance de cause, cela n’a pas été caché lors du CAP.

Il reste enfin le dernier point : dire non, n’est-ce pas mettre en péril le rassemblement des écologistes que nous appelons de nos vœux ? Le discours de notre secrétaire nationale et des partisans du oui peut se résumer en une formule gaulliste : moi ou le chaos. La victoire du non serait ainsi un acte parfaitement irresponsable, qui donnerait du grain à moudre à nos adversaires, à commencer par nos faux amis dits de gauche. Le processus est loin d’être parfait, mais on n’a pas d’autre choix que de l’approuver, sinon c’est la gabegie, l’affaiblissement durable des Verts, le retour au groupuscule. Voilà deux ans qu’on nous tient ce discours.
Nous disons, au contraire, que voter non au référendum interne des Verts, c’est permettre enfin au débat d’éclore en interne, c’est replacer les modalités de notre regroupement commun dans les mains des adhérents. Ce qui se passera après le non des verts n’est pas écrit, nous aurons à le construire. Nous souhaitons que puissent s’exprimer plus clairement des positions différentes, qu’elles soient arbitrées par les adhérents, à l’intérieur d’un processus démocratique qui donne confiance.


En l’état nous constatons que le parti que l’on nous propose tourne le dos aux associations écologistes, aux communautés de vie, à toutes les organisations de la société civile, en ne s’intéressant qu’à leurs adhérents, vivier de coopérateurs potentiels, et aux partis politiques écologistes concurrents. Ce n’est pas notre conception d’une relation saine à l’écosystème du parti écologiste à construire.

Parce que nous avons construit Les Verts, que nous croyons toujours à la transformation écologique de la société, nous voterons non au référendum interne. Ce sera la meilleure réponse à tous ceux  et toutes celles qui, à l’extérieur, doutent de notre capacité à devenir une force politique majeure. Osons porter le débat,  il est le fondement de notre force.

En votant non, vous ne casserez pas le jouet. Au contraire, vous vous donnerez la possibilité de reprendre la parole. Vous le méritez bien.

Signataires :

Marie Aoustin, Jérôme Artaz, Rafik Ben Haj, Alain Calderon, Didier Chassaing, Georges Chich, Pierre Christophe, Louise Crovetti, Daniel Compère, François Dubreuil, Françoise Duthu, Joan Fenet, Jean-Michel Gambier, Yves Hauss, Dominique Humbert, Simon Imbert-Vier, Marc Lasaygues, Michèle Lemaître, Xavier Lhomme, François Maillard, Lydia Morlot, Philippe Mussi, Gilles Noizet, Thierry Ringuet, Yves Sauvage, Marie-Cécile Seigle-Vatte, Alain Stock, Hugues Stoeckel, Jean-Marc Tagliaferri, Marc Tautou, René Wetzel


Crédit photos : Les Verts, la Tribune

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2 Réponses »

  1. Noel Mamere, dans un numero de Temoignage chretien en juillet, avait en effet affirme que parmi les differents dysfonctionnement de notre democratie se trouve l’absence de prise en compte du vote blanc. Fin aout, nous (Association pour la reconnaissance du vote blanc) lui avons ecrit pour savoir si cette revendication serait clairement affirmee dans le programme electoral a venir. Nous n’avons toujours pas eu de reponse. Il est difficile de dialoguer avec les Verts, qui repondent souvent par le silence.
    Cet article confirmerait que les Verts sont attaches a la prise en compte comme suffrages exprimes des bulletins blancs. Pourtant, face aux inlassables propositions de loi et autres amendements de parlementaires de droite sur ce sujet, on ne trouve que tres peu d’initiatives de leurs collegues de gauche et aucune venant des Verts. Il est difficile de comprendre la logique de ces derniers.