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Europe Ecologie : bifurquer ou mourir le 22 mars !

Par      • 21 Mar, 2010 • Catégorie(s): Ecologie  Ecologie    

9 mois après l’élection européenne du 7 juin, le bilan de l’expérimentation d’Europe Ecologie est extrêmement contrasté. Sans bifurcation rapide, le mouvement qui a soulevé une énorme espérance auprès des déçus de la politique risque tout simplement d’imploser. Demain, à Paris, Daniel Cohn-Bendit lancera l’appel du 22 mars en référence au mouvement du 22 mars 1968. C’est le moment, dans le cadre de la nouvelle feuille de route qui se dessine, d’évoquer la pensée de Félix Guattari et de quelques autres.

Déterritorialisation

En intégrant le travail à la machine, le capitalisme (y compris le capitalisme d’état) a détruit le lien entre l’homme à la machine. Par la division du travail et la taylorisation, il a atomisé l’information au point où le producteur n’a plus aucune vision, aucune compréhension de la valeur issue de son travail, de la machine.

La destruction de ce premier territoire « singulier » qui s’est exprimé au travers de modes de production « primitifs » s’est accompagnée d’une déterritorialisaion systémique substituant le marché à l’ensemble des territoires non marchands de la société. Ayant atteint la finitude géographique, l’Empire, au sens de Toni Negri, cherche à constituer de nouveaux territoires fermés, de nouvelles enclosures effaçant l’ensemble des « anciens » territoires existentiels. Du capitalisme national, on est passé au capitalisme colonial, puis au capitalisme impérial et à l’Empire,  que Guattari qualifiait, quant à lui, de Capitalisme Mondial Intégré ou CMI. A la finitude géographique du monde, le CMI nous impose l’infinitude des marchés, la segmentarité moléculaire.

Le paradoxe est aujourd’hui que L’Empire s’étend par atomisation, créant la valeur par l’objet ( de nos désirs ?) devenu sujet et en détruisant la valeur liée à un échange social de nature non marchande. Il a dessaisi tous les pouvoirs « locaux » de leurs instruments de puissance. Il a broyé les corps intermédiaires. Il a détruit les territoires liés aux champs politiques : application de la règle d’une concurrence libre et non faussée, monnaie unique qui lissent les singularités, ces aspérités liées aux anciennes formes de territoires !  Il prend possession des pouvoirs existants de plus en plus diffus par les normes et la standardisation, par un droit des échanges « planétaire », par les lobbies qui entourent les organes de décision politique.

Transterritorialité

En sortant du chemin classique de l’écologie politique , Europe Ecologie s’inscrit dans une démarche de transterritorialité. qui est le seul moyen de reconstituer de nouveaux territoires existentiels. Eva Joly, Philippe Mérieux, Augustin Legrand et, dans un moindre mesure, José Bové sont autant de stigmates d’une démarche multipolaire, à la centralité indéfinie et aux contours en mouvement. L’écologie politique doit sortir de là où elle s’est enfermée elle-même, par mimétisme. Europe Ecologie a déterritorialisé les Verts en partie seulement. L’empreinte du modèle dominant comme le faisait remarquer Toni Negri n’a cependant pas permis, dans un espace temps très court, de sortir totalement de la fossilisation des organisations politiques de gauche. Par leurs comportements observés dans les différentes régions de France, les Verts sont restés dans la logique de l’enfermement. La majorité des candidats n’ont pas été choisis à côté d’eux, mais en eux ! Ils sont restés dans l’autoréférence et l’encastrement pour l’essentiel. A l’intérieur de leurs mouvements, ils ont reproduit la segmentarité moléculaire, cherchant à se différencier autour de territoires de plus en plus petits privilégiant l’homogénéité mortifère à l’hétérogénéité salvatrice. En 2007, Dominique Voynet a fait 1.5% des voix. De part et d’autre (la responsabilité est collective) entre verts et non verts au sein d’Europe Ecologie, nous n’avons pas su accepter le dissensus, la singularité, l’altérité et la différence. C’est à mon sens le principal échouage de l’expérience des élections régionales !

Bifurcation

Europe Ecologie ne peut plus continuer dans la forme que nous lui connaissons. Mouvement qui est parti par le haut, il est temps de mettre en place des mécanismes d’expression de la base et de contrôle par la base. Il est temps de mettre en œuvre des mécanismes polyphoniques : porte-parolat décentralisé et multiple, initiativisme, agrégation de collectifs, d’associations et de partis politiques. La machinerie à inventer doit créer de la valeur dans le champ politique. Elle doit favoriser la création et l’innovation sur tous les plans.  Nous devons aussi nous dépouiller du regard « affectif » que nous portons sur Daniel Cohn-Bendit ! Mais, dans le système médiatique qui est le nôtre, nous avons encore besoin de lui en tant que leader politique pour bifurquer et éloigner nos « mauvaises » expériences. Ou bien nous mourrons une fois encore comme en 1994 et en 2007 !

Bifurquer ou mourir le 22 mars !

NB Un grand merci à Gildas Layec et Evelyne Cohen-Lemoine pour m’avoir ouvert à la pensée de Félix Guattari.

Crédit photos : Botagora, Médias citoyens diois, Accion Chilena

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8 Réponses »

  1. @Frédéric

    Moi.

    NB Je me suis cassé la tête pour ça ? On est pas au PMU ici !

  2. Pour se consoler du résultat, tous à vos petites cuilleres et ouvrer le d… pour le manger ….
    avec D… la vie est belle !!!!

    désolé, mais pour une fois la veille pub a un second sens ….

  3. Un vieux monsieur qui venait enseigner pieds nus le matin dans la brûme du 93 dit un jour que ce qui compte ce sont les désirs révolutionnaires, des désirs qui sont autant de lignes fuite qui nous emmènent au delà du capitalisme et des oppositions convenues qu’il suscite.

    Cohn-bendit serait il ce monstre que Gilles et Félix décrivaient ? où n’est il qu’un batteleur de milles plateaux… de télévision ?

    En tout cas citer Deleuze est pour moi un acte fort et je ne peux que m’engager dans ce chemin même s’il mène nul part

  4. Europe Écologie a vocation d’évoluer, de rassembler, d’aller plus loin. Et s’il « implose », comme vous dites, dans son association avec le PS (et certains Verts bien rapaces), il réapparaîtra sous un autre nom, avec les mêmes, ceux du début, ceux des européennes.
    S’il y a, au PS, volonté hégémonique — et on l’a bien entendu ce soir du 21 mars avec Hamon, pour qui le PS a tout fait tout gagné –, il y a aussi du côté de Verts, volonté personnelle de pouvoir — cf. Jean-Vincent Placé. C’est là où je crains pour EE : que certains s’en emparent à leur propre bénéfice perso.
    Europe Écologie a besoin du parrainage de Daniel Conh-Bendit : il n’a rien à prouver et n’a plus à se faire une place dans l’Histoire. Il y a en effet un certain regard affectif porté sur lui mais parce qu’il se met lui même au service d’une cause, celle d’EE (représentée aussi par Eva Joly comme ex-juge…).
    La transterritorialité, la detterritorialité : elles existent bien chez les penseurs-activistes d’EE. Pas de crainte de ce côté.
    Faites mieux savoir que vous voulez y participer activement…

  5. Houla, ici en Fc je n’ai jamais entendu quelqu’un parler comme ça, mais c’est bien dit. Les références sont même superflues tant les espoirs de Européennes ont été déçus par les résultats des Régionales, en partie dus aux peurs de la vieille garde des verts de se voir déposséder de la propriété de « l’écologisme ». Et c’est un vert, quinqua bien tassé et pas trop bien vu dans sa région, qui le dit.

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