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André Gorz n’est plus !

Par      • 26 Sep, 2007 • Catégorie(s): Ecologie  Ecologie    

C’est par amour, amour de sa femme Dorine, que le philosophe vient de décider de mettre fin à ces jours.

Animateur de l’école de Francfort, il a été l’un des plus brillants représentants du structuralisme. Toujours en mouvement, il fut, par la suite, l’un des pionniers de l’écologie politique, mettant en évidence le totalitarisme du capitalisme et plus largement de l’économie. Dans son ouvrage Adieux au prolétariat, il quitte le marxisme et rejoint, par des chemins détournés, la même problématique que celle de Castoriadis ou de Negri : la recherche de l’autonomie.

Je voudrais finir  ce petit billet sur un si grand homme par ces quelques mots extraits de son livre Lettre à D. Histoire d’un amour :

«  […] Tu viens juste d’avoir quatre-vingt-deux ans. Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien. […] Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble. « 

Source : Wikipédia

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2 Réponses »

  1. C’est une vraie perte.
    Il y a si peu de grands esprits, que c’est bien triste.
    En revanche, je souhaite à tous ceux qui n’en ont pas peur de pouvoir vivre un amour tel que celui là.
    Et si un vieux macho aigri a envie de me charrier ajoutant qu’en plus de mes autres défauts je suis bêtement romantique, cul-cul la praline, ou dégoulinante de sentiments de pacotille, je ne rétorquerai pas, c’est trop sérieux !

  2. Voici une chronique de Jean Daniel sur cette fin tragique et à la fois… admirable :

    ANDRÉ Gorz s’est donné la mort avec sa femme, Dorine, qui était la destinataire de son dernier livre, « Lettre à D. ». Et l’on est tout simplement glacés d’admiration devant cette volonté de sortir ensemble d’une vie dont l’amour demeurera le ciment. Sous le nom de Michel Bosquet, il n’avait pas hésité à nous rejoindre, avec Serge Lafaurie et KS Karol, venus eux aussi de « l’Express », lorsque nous avons fondé avec Claude Perdriel « le Nouvel Observateur ». Avec Sartre, son maître, et Mendès France, le mien. C’était le personnage le plus secret, le plus énigmatique, le plus têtu et le plus érudit de notre équipe. Au début, son ascétisme austère, son aspect malingre et luciférien, sa solitude jalouse, nous inquiétaient et nous en imposaient à la fois. Nous connaissions ses liens avec Sartre et cette pénétrante préface à son étrange premier livre, « le Traître ». Mais peu à peu, nous avons appris à connaître ses autres maîtres qu’il cachait comme un trésor intime : Marcuse, Ivan Illich, Bruno Trentin. Nous savions que, sous une forme ou sous une autre, il ne séparait pas ses exigences philosophiques et son prodigieux professionnalisme journalistique. Il avait une façon très italienne et très écologiste d’adapter le marxisme de l’école de Francfort. Son obsession prophétique, que nous retrouvions dans ses articles, c’était les métamorphoses des classes sociales et de ce prolétariat auquel il devait faire ses « adieux ».
    Et puis nous avons découvert sa fidélité en amitié et sa rigueur lorsqu’il s’est agi d’abandonner des positions confortables. En mai 68, émerveillé par la maturité des jeunes gens qui venaient le voir, il se refusait à toute démagogie. C’est à ce moment-là, grâce pourtant à des conversations aussi riches qu’abstraites, que j’ai pu percer les secrets de sa sentimentalité. Comment, si radicalement différents, avons-nous fait pour nous aimer ? En fait, il n’aura aimé qu’un seul être – sans en avoir toujours, il le regrettera plus tard, suffisamment conscience -, c’était Dorine, sa femme, si fragile et si douce à la fois, si poétiquement attentive et si merveilleusement intuitive. Son dernier livre commence par ce cri d’amour : « Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien ».
    On aurait pu croire à de la littérature, fût-elle la plus achevée. C’était la bouleversante anticipation d’une décision déjà prise. On ne connaît pas de fin plus écrasante de beauté ni plus accablante de pureté que cette communion dans le suicide, la mort, l’amour.