La voix militante de citoyens d'ici et d'ailleurs

La domination, moteur de l’organisation économique, sociale et politique

Par      • 11 Nov, 2009 • Catégorie(s): Politique  Politique   Social  Social    

La vague de suicides chez France Télécom et les deux suicides qui ont eu lieu récemment à l’usine de Renault Cléon sont les stigmates évidents d’un malaise profond au sein des entreprises. Dans les régions industrielles telles que la Normandie, la surmortalité des jeunes en pays Risle-Charentonne à titre d’exemple est de plus de 50% par rapport à la moyenne nationale. Celle des femmes est de 10%. Parmi ces indicateurs du malheur qui secouent nos sociétés occidentales, s’y ajoutent le taux de l’illettrisme, l’augmentation de la délinquance sur la longue durée que le discours martial du Président de la République française et de ses sbires n’arrivent même plus à masquer.

L’abandon des schémas coopératifs

La victoire idéologique du capitalisme s’est construite autour de l’idée de l’exacerbation de la concurrence – de la compétition – comme moteur du changement social. Du coup, nous avons abandonné les schémas coopératifs qui prévalaient dans la période de la reconstruction. S’y ajoute le fait que nous avons désormais la conscience d’une fragilité nouvelle – et non feinte – du fait de la perspective de différentes ruptures.

Rupture du modèle de la croissance infinie. Rupture par les niveaux de chômage qui menacent désormais les classes moyennes. Rupture de l’ascenseur social. Rupture quant au rôle protecteur de l’État. Rupture par la marchandisation globale de la société. Elles sont les moteurs d’une nouvelle représentation social-historique, d’un nouvel imaginaire qui se construit hélas sur nos peurs et contre nous. Même si comparaison ne vaut pas raison, gageons que nous ne fassions pas collectivement les choix qui ont amené à l’effondrement de la République de Weimar dans des années sombres de l’histoire de l’Europe !

Les plus faibles d’entre nous

Trois catégories principales de la population semblent être en 1ère ligne : les femmes,  les jeunes et les salariés. Ce n’est pas un hasard. Malgré l’essor du mouvement féministe, l’institution de la parité est bien plus l’alibi que la réalité. Le niveau de salaires des femmes reste toujours au dessous de celui des hommes. Et il suffit d’aller dans les barres d’immeubles HLM de nos cités pour vérifier que les femmes sont bien les premières victimes du développement des familles mono-parentales dans les milieux défavorisés. Le message dominant qui est de dire que le monde est à votre image contribue à faire voler en éclat l’une des rares structures que Claude Lévi-Strauss avait cru voir traverser les siècles. Le XXIe siècle se traduira-t-il par la mort de la famille ?

Quant aux jeunes repus de sodas et de glaces, de télévision, de jeux vidéos, de téléphone portable et de MSN, quelle est leur autonomie à vouloir sécher les cours, à ne plus lire, à ne plus écrire ? De quels outils disposeront-ils pour décrypter les messages du marketing consumériste et de politiques mus par le souci d’eux-mêmes ? Disons à leur décharge que la compétition qui s’institue dans l’ensemble du corps social et le vieillissement des populations ne leur laissent que bien peu de perspective.

Et puis, il y a le contrat de salaire, cette invention des temps modernes qui, subrepticement, transforme le travailleur (celui qui vend sa force de travail) en un nouvel esclave. Il est subordonné à son entreprise, à sa hiérarchie dont la logique est celle des financiers mus par le taux de rendement par action. Entre le discours dominant et la réalité vécue par les salariés dans leur entreprise, nous sommes dans un cas d’injonction paradoxale qui, parfois, accule certains salariés à fuire d’une réalité sur laquelle ils n’ont plus aucune prise par le geste d’un suicide symbolique et exemplaire.

La hiérarchie est la pire des formes d’autorité en ce sens où elles ne s’appuient sur aucun critère objectif. Il ne s’agit plus d’évoquer les compétences des créateurs ou le charisme visionnaire de certains dirigeants. Nous sommes en face d’une autorité qui s’exprime par la volonté de contrôle sur les individus.

Le goût pour les hommes forts

Les rois soleils, le trou noir de la vie politique et citoyenne ?

Les rois soleils, le trou noir de la vie politique et citoyenne ?

A l’occasion de la sortie de son livre Ritournelles pour la faim, Jean-Marie Le Clézio s’était exprimé sur le goût si singulier qu’ont pu exprimer les populations pour les hommes forts entre 1918 et 1939.

Du haut de mes 4 petites années d’expérience dans le monde politique français, force est de constater que le rapport de force entre les hommes se constitue, de façon exclusive, sur la domination et son corolaire, la volonté de contrôle. Autrement dit, une fois de plus, le monde politique nous montre bien peu d’autonomie. Comment, dans ce cadre, en pleine expression mimétique, nous pouvons prétendre à ce que la société retrouve un mode de fonctionnement basé sur des mécanismes coopératifs ? Assistants parlementaires, permanents des partis politiques, pressentis pour être la nouvelle génération politique, sont tous salariés de « chefs » dont les actes et le discours sont ceux de schizophrènes qui s’ignorent.

La vague de suicides récente au sein de France Télécom nous repose l’obligation de repenser les rapports sociaux soit en augmentant le droit des salariés, soit en changeant la nature du contrat de salaire par la loi, soit en repensant de nouvelles formes d’organisation de travail. Mais au delà, il y a la question de l’émergence d’une société qui se fonde sur les rapports de domination. Comment pouvons-nous espérer que des hommes et des femmes tout justes en capacité de reproduire le schéma de l’idéologie dominante puissent être en capacité de repenser les modes de l’organisation économique, sociale et politique d’une société toute entière ?

Crédit photos : Lester Crafton, RFI, Nice Rendez Vous

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2 Réponses »

  1. La domination s’exerce dans les entreprises, avec son lot de catastrophes humaines et les événements récents l’ont prouvés… Mais aussi, de façon subversive, dans les collectivités territoriales, où les emplois dits « fonctionnels » sont de plus en plus dénigrés. Nous sommes passés d’une administration opérationnelle, de projets au service du(des) public(s), à une administration kafkaïenne, de procédures ( désolé pour Kafka que j’admire et dont la déformation de l’œuvre a donné lieu à cet adjectif impropre ) …Bref une bureaucratie dont l’on ne sait si la société sortira grandit, ce dont je doute. En tout état de cause, certains en souffrent, à tout niveau de responsabilités (vécu ici et ailleurs). Et la classe politique « pressentie » ( dg, dircab, jeunes gens sortis de grandes écoles, etc ) est celle qui applique avec conviction, ce nouveau modèle d’exercice du travail… quitte à tomber dans des comportements schizophréniques qui les emporterons sur des voies dangereuses pour eux comme pour nous.