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Compassion, messianisme, catastrophisme : outils de la raison ?

Par      • 5 Sep, 2008 • Catégorie(s):  
Compassion, messianisme et catastrophisme : outils de la déraison !

Compassion, messianisme et catastrophisme : outils de la déraison !

Alors très jeune, je me souviens encore de la terrible – et très juste – phrase de Valéry Giscard d’Estaing alors face à François Mitterrand lors des élections présidentielles de 1974 : « Vous n’avez pas le monopole du coeur !« .

A la lecture des contributions générales, je ne suis pas sûr que les rédacteurs aient vraiment retenu les leçons de l’histoire. Le messianisme post-marxiste, la compassion des « grands bourgeois » ou le catastrophisme ne sont que de pieuses chimères dans le débat politique actuel. Face à une droite qui ne s’encombre d’aucun principe, nous aurions tort de croire pouvoir la combattre sur ce terrain, dans une société qui se vide de ses solidarités et qui s’atomise un peu plus chaque jour sous les coups de boutoir d’un capitalisme symbolique triomphant.

Lorsqu’elle prononça le « Aimons-nous les uns les autres » à Charletty et qu’elle fit une terrible rechute à la Rochelle, Ségolène Royal a choisi un terrain glissant qui, pour ma part, m’est parfaitement insupportable. Lorsque Laurent Fabius nous écrit dans sa contribution « […] les choix à opérer détermineriont la survie de l’humanité et la sauvegarde de la planète[…] », rappelons que nous ne sauverons pas le monde à nous tout seuls, petits socialistes français que nous sommes. N’est pas Bruce Willis qui veut ! Lorsque Martine Aubry nous la joue compassionnelle avec « la société dans laquelle nous vivons est dure« , je crois qu’il est grand temps d’abandonner cette rhétorique très inutile et quelque peu fumeuse.

Il y a très peu de temps, une personne qui m’est proche a fait le choix de voter Nicolas Sarkozy. Elle a cru utile de se justifier. Dans mon regard compassionnel, messianique, et catastrophé, sentait-elle, sans doute, que je la prenais pour une brebis égarée ! Elle m’expliqua qu’elle ne supportait plus chez nous, gens de gauche, ce sentiment permanent d’avoir raison sur tout et de nous considérer comme les « élus ». De qui au juste ?

Les contributions de Marie-Noëlle Lienneman et de Bertrand Delanöe tranchent par leur singularité, leur volonté, leur pragmatisme, l’efficacité et l’énergie qui en ressortent, débarassées qu’elles sont de nos oripeaux compassionnels, messianiques et catastrophistes. Je me souviens des mots de Michel Rocard en 1980-1981. Pourquoi avoir nationalisé à 100% là où seulement 51% suffisaient ? Si la gauche avait alors été pragmatique, elle n’aurait pas été contrainte au virage à 180° de 1983-1984. J’ai signé avec enthousiasme la contribution du maire de Paris aux côtés de Michel Rocard. J’aurais pu signer avec le même enthousiasme la contribution de Marie-Noëlle Lienneman. Les schémas tactiques vont sans doute nous éloigner les uns des autres là où tant de choses nous rapprochent. Il est temps de réintégrer les enseignements de Gramsci : le pouvoir se conquiert par des idées. Pas par des paradis artificiels !!!

Crédit photo : photo © Christof Wittwer for openphoto.net CC:Attribution-NoDerivs-NonCommercial


NB

Récemment, j’ai rencontré un directeur d’une entreprise d’insertion qui, d’une autre façon, voulait me dire la même chose. De gauche, cet homme n’en peut plus de travailler avec des collectivités locales pilotées par des exécutifs de gauche. Ses griefs… Elles veulent tout contrôler et les responsables ont des idées sur tout y compris sur ce qu’ils ne comprennent pas, ni ne maîtrisent. Avec les mairies de droite, les choses sont plus simples et plus claires, plus… efficaces, d’après mon interlocuteur.

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