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Google : la « fascisation » rampante du Web

Par      • 22 Mar, 2009 • Catégorie(s): Monde  Monde    

Avec …

Google est en train de broyer tous les écosystèmes des médias et du Web.


En remarque liminaire, je tiens à faire savoir que je ne suis pas mandaté par Microsoft ou par un autre de ces anciens califes qui souhaitent ardemment retrouver leur statut de calife.

Définition empruntée à l’histoire

Pour bien me faire comprendre, j’ai fait le choix provocateur de transposer la définition du mot fascisme telle qu’elle figure dans Wikipédia : « Il Google s’est étendu à tout mouvement politique l’internet s’appuyant sur un pouvoir fort alogrithme, les métiers logiciels organisés en corporations services, l’exaltation du sentiment nationaliste de la marque, le rejet de l’opposition toute diversité et des institutions démocratiques et libérales concurrents et un contrôle politique économico-technico-médiatique extensif de la société civile planète entière. » De la même façon que ce sont les citoyens des démocraties qui ont pu élire leurs dictateurs, ce sont les internautes qui choisissent Google. Je veux dédouaner Google de l’imbécillité qui, avant tout, est la nôtre !

Google, un suceur de roues qui s’ignore ?

Co-financeur du projet Mozilla, l’éditeur du célèbre moteur de recherche pourrait s’en retirer après en avoir dégagé toute la substantifique moelle par la création de son propre moteur, Chrome ! Jouant à l’intox la plus totale, contrôleur et contrôlé, il communique sur les failles de sécurité pour mieux faire la proche apologie de Chrome, ce navigateur bourré de spywares dont personne ne veut… encore. Question de temps ?

Le rapport au logiciel libre chez Google est glauque. Promoteur invétéré d’une gratuité qui rapporte, l’éditeur s’appuie sur les standards du Web qu’il contribue à modifier pour mieux les vendre par la suite. Le modèle économique de Google est simple, voire simpliste : moi d’abord, les autres ensuite. En cela, la firme vient gonfler la grande tribu des Toutpoumagueule ! L’éditeur peut alors compter sur quelques grands benêts qui se font les apôtres – bien dégagés derrière les oreilles – toujours prêts à vendre leur âme au diable moyennant quelques émoluments.

Fiabilité et durabilité

L’accident global dont a fait l’objet le service de messagerie Gmail à la suite d’une mise à jour de serveurs européens a ouvert les yeux autour de la fiabilité du Cloud Computing. Le 31 janvier, de 14h30 à 15h20 heure française, Google considérait l’ensemble des sites comme étant malveillants. L’origine du problème venait d’une erreur humaine concernant l’utilisation de la base de données StopBadware. Plus récemment encore, Google a dû reconnaître qu’une faille permettait à des utilisateurs du service Google Docs de consulter des documents sur lesquels ils n’avaient aucun droit. Du coup, l’Epic a demandé à l’autorité fédérale américaine du commerce de vérifier le niveau de sécurité offert par le serial bogueur aux utilisateurs de ses services.

Des tas de questions se posent désormais sur la durabilité des services proposés par Google. Google Vidéo – concurrent à Blinx -, Dodgeball, un autre réseau social, viennent d’en faire récemment les frais. Quel avenir pour Orkut et Jaiku concurrencés avantageusement par FaceBook et Twitter ? Il n’y aura bientôt plus de caveau disponible au cimetière des innovations Google. Dans ces conditions, peut-on encore faire confiance à Google ?

Le croque-mort de la presse et des médias

Face aux succès, Google, en charognard de la vieille économie, va lancer un vaste programme de numérisation des journaux français après que quelques bibliothèques complaisantes et quelques élus à l’image de Gérard Collomb aient donné corps au projet Google Books. Seuls, quelques Gaulois à l’image de Jean-Noël Jeanneney résistent autour du projet Europeana ! Pour combien de temps encore ?

Enterrement en 1ere classe pour la presse mondiale ?

Enterrement en 1ere classe pour la presse mondiale ?

L’éditeur ne compte pas en rester là et souhaite désormais s’attaquer à… la presse locale. Oui, vous avez bien lu ! Avec les magazines, la Presse Quotidienne Régionale arrivait, jusqu’à présent, à maintenir ses tirages. Pour combien de temps, au juste ? Avec Google, tout est possible : le meilleur et surtout le pire !

L’introduction de la publicité dans le portail d’informations Google News a légitimement amené les organes de presse à demander leur part du butin.  Philippe Jannet, président du Geste (Groupement des éditeurs en ligne), a cru bon de rappeler les règles qui doivent désormais lier Internet au monde de la presse française. Lors des états généraux de la presse écrite qui se sont tenus à Paris dès le 2 octobre 2008, Google fut qualifié de pire ennemi  de la presse française. Après avoir radié de son programme AdSense les éditeurs de site qualifiés de parasites, Google, le cannibale, ne serait-il pas devenu un peu trop gourmand ? Droit dans ses bottes, Google a décidé de partager ses revenus publicitaires à partir des pages diffusant des dépêches d’agence de presse. On ne pouvait pas rêver d’un plus beau bras d’honneur.

Modèle économique

Après avoir racheté Doubleclick, Google, avec ses liens sponsorisés domine le marché de la publicité sur Internet avec 56.5% de parts de marché. Gorgé de statistiques de plus en plus fines, Google reconnaît désormais les sites préférés de l’internaute qui se voit proposer des liens en fonction de son comportement. Grâce à votre historique de navigation, Google vous trace. Du point de vue des libertés, nous serions en droit d’avoir une réponse de la part du monde politique et de l’Europe, singulièrement atones sur cette question et si soucieux, pourtant, de pénaliser le comportement de l’internaute.

Au dernier trimestre de l’année 2008, les bénéfices de Google furent de 5.7 milliards de dollars, soit une progression de 22% en un an. Ce chiffre est évidemment à mettre en relation avec la baisse de 8% des revenus des médias observée dans le monde. Google et sa petite entreprise ne connaissent pas la crise. Nous voilà rassurés !

Les milliards engrangés – convertis en réserves de cash, un concept Google inside – permettront à l’éditeur de faire face aux ennuis juridiques auxquels il est confronté avec  le système de liens sponsorisés, que n’aurait pas dénié, en son temps, Antoine Pinay. La justice française l’a d’ailleurs récemment  rendu responsable de la diffusion de la publicité sur Google.fr. Il va y avoir de l’activité pour les avoués et autres avocats spécialisés en droit des marques. A la suite de la plainte déposée en 2003 contre Google pour contrefaçon, concurrence déloyale et publicité mensongère, Vuitton a obtenu une condamnation en 2005 confirmée en appel en 2006. Google a déposé un recours devant la Cour de justice des communautés européennes. Résultat attendu en 2010 !

Zones d’ombre

Le seul qui semble aujourd’hui comprendre le danger que représente Google – cet OGM tueur de diversité informatique – est Barack Obama. La nouvelle administration américaine envisage très sérieusement d’appliquer la loi anti-trust. Le mystère fait par Eric Schmidt, CEO de Google, autour de l’emploi des 16 milliards de dollars n’est pas sans poser de nombreuses questions de la part de Christine Varney, la dame anti-trust de la nouvelle équipe présidentielle . Google se servira-t-il de cette cagnote pour tuer ses concurrents, d’une façon ou d’une autre ?

Premier bénéficiaire de la gratuité (synonyme de Business dans le lexique Google), le gouvernement néo-zélandais a sollicité les services juridiques de l’éditeur, premier acteur mondial de la société de surveillance, dans le cadre de la mise en place de la riposte graduée. Je ne résiste pas au bonheur de diffuser de larges extraits des paroles des oracles de Mountain View :

« [Le projet] met en danger les droits fondamentaux et les droits procéduraux des utilisateurs, en menaçant de suspendre l’accès à Internet des utilisateurs en se basant sur de simples allégations et en renversant la charge de la preuve sur l’utilisateur qui doit démontrer qu’il n’y a pas eu de délit.[…] la Section 92A sape les bénéfices sociaux et économiques d’un internet ouvert et universellement accessible, en prévoyant une peine de suspension ou de résiliation qui est disproportionnée par rapport au dommage de la contrefaçon en ligne. […] il est vrai qu’une protection inappropriée du droit d’auteur peu réduire les incitations à créer, une protection excessive du droit d’auteur peut étouffer la créativité, étrangler l’innovation, appauvrir la culture et bloquer la concurrence libre et loyale. »

C’est vrai que Google s’y connaît tout particulièrement en droit d’auteur, en concurrence. Pourfendeur de la liberté, Google sait, en revanche, se faire humble face au régime chinois.

Adoration satanique ?

Lorsque j’ai lu que les Français voyaient en Google une marque « courageuse », j’ai cru que nous étions le 1er avril. Sommes-nous devenus à ce point idiots ? Si « nous sommes ce que nous lisons« , comme beaucoup ne lisent plus, le processus d’individuation ne se réalise-t-il pas au travers des marques ? Serions-nous ce que nous consommons ?  Ayant fait une synthèse parfaite de Roland Barthes et de Christian Salmon, Google sait mieux que quiconque cultiver l’identification béate à une marque dans un monde en profonde déculturation. A quand les tee-shirts, les briquets et les chaussures de la marque qui, grâce aux puces RFID et autres nano-tubes, s’éclaireront de différentes publicités selon la nature de vos activités alors que vous serez en train de filmer et de produire sur Big Google ?

Google a évidemment toute sa place dans le monde de l’Internet. Mais il ne doit pas prendre la place des autres. Malgré la beaufitude des internautes, c’est aussi à ses concurrents, même si le combat peut s’apparenter à celui de David contre Goliath, d’innover et de proposer de réelles alternatives à Google. Google est battable. En 1998, David, c’était Google !

Défaut de puissance publique

Google est-il loeil de Sauron ?

Google est-il l'oeil de Sauron ?

Google a, le premier, su parfaitement utiliser l’espace non marchand que constituait Internet pour le dévoyer tout en entier aux forces de l’esprit du marché. Avec la firme de Mountain View, le périmètre de la sphère non marchande a reculé à l’image des forces du Mordor envahissant la cité des hommes. Pour autant, la responsabilité en incombe-t-elle à Google ?

Le premier responsable de cette situation devenue critique, c’est l’impuissance du pouvoir politique à organiser une réponse de qualité à cette entreprise totalisante. L’Europe – on le voit avec Europeana – est encore une fois la seule réponse à l’entreprise de domination culturelle qu’est Google. Quaero, le projet franco-allemand de moteur européen, est planté depuis de nombreuses années. Face aux velléités idéologiques de démantèlement de l’enseignement supérieur et de la recherche publics qu’expriment aujourd’hui une majorité de gouvernements libéraux européens de droite et de gauche, la réponse ne peut venir que du côté du monde communautaire rattaché à l’Open Source. Google n’est pas le responsable de l’incompréhension, de l’inaction et de la bêtise qu’exprime le silence des pouvoirs publics européens.

Dans ces circonstances si singulières, faudra-t-il prier pour que Dieu fasse avec Google ce qu’il fit avec la tour de Babel ? Le contexte était toutefois bien différent.

Autres éclairages

Crédit photo : Actes Sud, Ioonos, Centre Blog, Services Tellier

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6 Réponses »

  1. Effectivement, carton rouge à Google et aux gouvernements qui le laissent nous phagocyter…

    http://gauchedecombat.wordpress.com/2009/03/22/carton-rouge/

  2. @gauchedecombat

    C’est bien ton système de carton rouge et vert. Tu nous auras évité le bleu. ;+)

  3. Bravo pour le papier et merci pour le clin d’oeil :D

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