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La Côte d’Ivoire à feu, nos consciences à sang.

Par      • 4 Jan, 2011 • Catégorie(s): International  International    

La Côte d’Ivoire est à feu. Aux tentatives de médiation succèdent les menaces, les démentis, les mensonges, les manipulations… tout cela sans résultat, ou plutôt si, celui d’enfoncer un peu plus ce pays dans la crise. Une crise de plus en Afrique. Finalement c’est presque banal. Tristement banal.

Bien sûr, il y a encore, le poids de l’histoire de cette ancienne colonie française. Bien sûr, il y a encore, l’ombre de la Françafrique. Bien sûr, il y a les enjeux de pouvoir. Bien sûr, il y a en filigrane, cette lutte d’influence entre Musulmans pro Ouattara (au Nord) et Catholiques pro Gbagbo (au Sud), et plus spécifiquement entre ethnies, si nombreuses en Côte d’Ivoire.  Mais l’histoire ne se refait pas, elle ne se réécrit pas.

Nous, les occidentaux bien pensants, serions d’ailleurs bien mal avisés de donner des leçons. Nous serions sans doute ridicules à soutenir un candidat plutôt qu’un autre. D’un côté comme de  l’autre, c’est l’opacité qui prédomine. Comment dans ces conditions conduire une politique d’ingérence en Côte d’Ivoire, alors même que nous n’avons jamais consolidé le processus démocratique dans ce Pays et dans le reste de l’Afrique. Plutôt que de pavoiser devant les caméras, en portant son soutien à l’un, ou à l’autre, en fonction de ses égoïstes intérêts et si on se posait la question de la démocratie, et si on se mettait deux secondes à la place du peuple ivoirien.

Mais au fond, cette crise, complexe, n’est pas qu’ivoirienne. Cette crise est aussi celle de l’impuissance des « puissances« .

L’ONU est en échec. Une fois de plus. Échec dans sa capacité à anticiper, échec dans ses missions de contrôles du bon déroulement du processus démocratique, échec dans l’efficacité de ses opérations de maintien de la paix. L’ONU des « gagnants » de 1945, cet enfant de la guerre de la froide, est restée figée, incapable, sclérosée. Comme un ultime révélateur, la crise ivoirienne nous dit ce que cette instance doit évoluer, elle doit changer profondément ou mourir,  au risque même de faire mourir.

La Cédéao a, quant à elle, fait ce qu’elle pouvait. C’est à dire peu. Un mandat pour le moins flou, des émissaires inhabitués à ce genre de médiation, l’intention de la Cédéao est louable, mais l’effectivité est aléatoire, pour ne pas dire autre chose.

AfrohsitoramaQuant à la France, ah la France, elle brille de nouveau par son incapacité à affronter les démons de son passé. Quand l’Afrique tousse, c’est la France qui s’enrhume. La peur, la couardise, l’hésitation coupable, voilà ce qui caractérise la diplomatie française face une crise qu’elle ne veut ni voir, ni comprendre. Une attitude qui connait un pathétique paroxysme, quand deux avocats vintage, qui ont en commun un passé sulfureux et des amitiés douteuses, nous jouent un numéro de duettistes surréaliste auprès de leur « ami » GBAGBO. Dumas et Vergès, dans leurs plus mauvais rôles, voilà ce que la France laissera comme trace dans cette crise… chapeau bas.

Oui, la Côte d’Ivoire est à feu et nos consciences sont à sang. Peu importe aujourd’hui comment on en est arrivés là, on y est. Nous attendons tous la sortie de crise, et finalement peu importe qui sort grandi, qui sort sali, peu importe les égos, il faudra que la transition soit pacifique, au nom du salut du peuple ivoirien. Et demain ? Demain, il sera temps, grand temps, de veiller à ce que la Démocratie ne tombe pas malade, il sera temps de protéger et de respecter les peuples africains. Il sera temps nous doter d’instances internationales dignes de ce nom.

Crédit Photo : ddcabobo.org, Seth Koko, Afrohistorama

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3 Réponses »

  1. Très, très heureux de te revoir parmi nous.

    Impuissance des puissances, nous dis-tu là où je vois, pour ma part, des pays dominants sur le plan militaire et économique attisant les rivalités ethniques et religieuses pour mieux profiter des ressources des pays africains !

    Depuis 1939, le monde a connu 115 conflits. Effectivement, la création de l’ONU en 1945 dans le prolongement de la SDN créée en 1919 ne semble pas avoir permis de pacifier le monde. L’arme nucléaire, la course à La puissance à laquelle se sont livrées les Etats-Unis et l’URSS n’ont pas contribué à ralentir le rythme des guerres dans le monde. Tout au contraire. La question est de savoir si l’arrivée de pays émergents sera un gage de stabilité. Autrement dit, faut-il davantage croire dans les vertus de l’OMC que dans celles de l’ONU ?

    Source : http://www.voie-militante.com/international/monde/la-techno-science-cest-surtout-la-guerre/

  2. Oui Denis l’impuissance des puissances à stabiliser la paix, la démocratie et la voie des peuples africains. Pour les intérêts économiques on est d’accord. C’est la puissance à géométrie variable!!!

    Sur l’ONU, il faut une refonte totale de ses statuts. Il faut aussi réformer son système de vote. A l’ONU prédomine le consensus mou et la diplomatie lente, on va vu récemment ce que cela a donné au Rwanda, au Kosovo, au Libéria, au Timor oriental… Trop d’exemples, trop de morts pour lesquels l’ONU se rend coupable de complicité par inertie.

  3. Les grilles d’analyse des politologues alter-localistes prennent le concept ethnique avec pincettes
    Refusant d’admettre une vérité sur une cartographie déjà brouillonne d’un pays parti à vau-l’eau
    Opposant les dioulas aux ivoiriens comme l’ivraie par rapport au bon grain grâce au ressort ethnique
    Cristallisant une identité de façade afin d’unifier le peuple ivoirien derrière Abidjan mise au rang

    Le manège des menaces dure depuis deux mois attendant le bon flop d’un poker menteur
    Rien ne valant le détour ensanglanté de quelques corps ramassés lors des récoltes de décembre
    Les Pompes Funèbres attendant l’embrasement généralisé d’un conflit encore médiocre
    La seule digne façon de quitter le pouvoir étant de mourir sur le champ d’honneur du palais présidentiel
    Les convictions valant ce qu’elles valent dans les livres d’histoire écrits sous le fléau des vainqueurs

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