La voix militante de citoyens d'ici et d'ailleurs

Réunification de la Normandie : mais pour quoi faire ?

Par      • 30 Déc, 2008 • Catégorie(s): Haute-Normandie  Haute-Normandie    
Gardarem lou région Haute-Normandie

Gardarem lou région Haute-Normandie

Le 27 novembre de cette année, le chef de l’Etat, au détour d’une petite phrase (un ballon d’essai sans doute) a déclaré devant le 91e congrès des Maires de France : « Il y a deux Normandies, on les aime, mais en faut-il deux ?« . L’occasion était trop belle pour Hervé Morin de rappeler la force de son engagement autour de ce thème… si porteur de vide sidéral.

Ce qui a prévalu au découpage de la Normandie en 1956 se fondait sur le fait d’avoir des régions sensiblement de taille analogue. A l’époque, il y avait bel et bien sur le plan économique deux Normandies : d’un côté une Haute-Normandie industrielle et de l’autre une Basse-Normandie plus rurale. Clairement, ce distinguo historique semble ne pas résister à l’épreuve du temps.

Les partisans de la réunification mettent en avant plusieurs arguments :

  • La fusion serait techniquement facile (ça reste à démontrer).
  • Le renforcement des territoires dans l’Europe exige une élévation de la masse critique (ça reste à démontrer là-aussi).
  • La population des deux Normandies serait favorable à la réunification (ça, c’est un argument sachant que bien peu de gens connaissent les champs de compétences des régions !).

En cette période de crise économique, n’avons-nous pas d’autres choses à faire ? La vraie question est comment peut-on être efficace maintenant dans le contexte institutionnel actuel. Et disons-le, la vision d’Alain Le Vern, président de la région Haute-Normandie, sur un mode de fonctionnement coopératif renforcé entre les deux régions a au moins le mérite d’être marquée du sceau du pragmatisme.

Compte tenu des projets de réforme territoriale, il est inopportun de mettre la charrue avant les boeufs. Autrement dit, faire la fusion sans savoir si les départements vont disparaître me semble de nature même à remettre en cause l’idée même de réunification. Là où la réforme Deffere de 1982 avait comme ambition principale de rapprocher le décideur du citoyen, nous sommes repartis à reconstuire des machins dans lesquels la technocratie est en train d’écraser le politique. La question est de savoir si nous avons besoin de moins ou de plus de politique dans un monde en pleine crise systémique, victime avant-tout du laisser-faire très largement organisé par les pouvoirs publics.

L’idée même de réunification est étroitement liée à celle de développer une masse critique suffisante pour peser au niveau de l’Europe notamment. Or, c’est exactement le contraire qui risque de se produire. La concentration de la décision dans les mains de quelques-uns engendre l’assèchement des crédits pour financer les projets locaux. Il faut alors peser extrêmement lourd sur le plan politique pour espérer draîner les crédits dont le circuit répond alors à des logiques « féodales » de vassalisation. En matière de fonctionnement démocratique, on peut difficilement faire pire ! Le choix du renforcement de l’identité régionale et des baronies locales s’oppose viscéralement à une certaine conception de l’Etat et de la République. Clairement, les tenants de la réunification s’inscrivent dans la tradition d’une vision régalienne du fonctionnement de l’Etat et de son désengagement.

L’enjeu de la réforme des territoires est à mon sens de garantir l’équilibre entre la nécessité d’une décision de proximité et d’un Etat « stratège » qui a la surface pour impulser les grandes orientations dont notre pays a besoin. Pas simple !

NB J’avais envoyé une lettre à Hervé Morin le 13 janvier 2004 dans laquelle je m’exprimais de la sorte : « Quand on a rien à dire, alors, on dit des choses qui ressemblent à pas grand-chose ». Sur le fond, je persiste et je signe. Vous l’aurez compris.

Autres éclairages : Wikipédia, le Mouvement Normand,

Voie Militante Voie Militante

Tags :

4 Réponses »

  1. Votre texte me fait réfléchir. Partisan, à priori, d’une grande Normandie, j’y vois essentiellement un intérêt économique face aux Régions d’Europe. Il est vrai que le discours des politiques sur l’intérêt de faire émerger de « grandes Régions françaises » pour les mettre au niveau des Länder allemands (c’est l’exemple qui est cité chaque fois) ne repose que sur des économies d’échelle en interne. Ainsi, l’on évoque le nombre de fonctionnaires territoriaux, essentiellement. Mais, effectivement, lorsqu’il s’agira de créer les conditions d’une véritable compétition économique et industrielle l’on s’apercevrait que le système n’est pas adapté. Les Länder allemands et les Régions espagnoles fonctionnent sur un mode de gouvernance totalement autonome. Ces grandes régions ont leur Parlement avec un pouvoir politique, lèvent l’impôt, et possèdent leur administration générale. L’Etat central conservant les compétences régaliennes. Donc, une véritable décentralisation politique et administrative. Ce n’est pas le cas de la France qui reste un Etat jacobin…. Votre note m’aura été utile.

  2. @José

    Je me doutais de votre passage tant cette question vous tient à coeur.

    Je ne suis pas sûr que l’exemple allemand et espagnol soit transposable à la France. Vous l’évoquez. C’est avant tout une question culturelle. Je crois, par ailleurs, que ce qui sous-tend à cette régionalisation des Etats-Nations est paradoxalement le produit de l’idéologie libérale qui a soufflé sur le monde à partir du début des années 80.

    Je trouve que le monde politique français manque singulièrement d’autonomie vis à vis des vents liés à la pensée dominante.

  3. Ce matin, interview sur France-Inter de Frédéric Lefevre, porte-parole de l’UMP.

    Sur la réforme territoriale:
    – « Vous savez, les Français, les départements, les régions, tout ça, ils n’y comprennent rien.
    Pas plus que nous… »
    – « L’augmentation de la fiscalité locale, c’est plus possible, y a une gabegie, faut réformer… »

    De quelle façon ?
    – « … »

    Sur la « crise »:
    – « On a rien vu venir. Le ciel nous est tombé sur la tête ».

    Sans commentaires.