La voix militante de citoyens d'ici et d'ailleurs

Avoir le mauvais goût de la liberté

Par      • 5 Avr, 2008 • Catégorie(s): Parti Socialiste de l'Eure  Parti Socialiste de l'Eure    

Le conseil fédéral élargi aux militants a été pour les candidats au poste de 1er secrétaire fédéral l’occasion d’exprimer leur vision du Parti et de la fédération.

Pour comprendre ce qui va suivre, je voudrai, là, vous retranscrire une partie de mon discours :

« A la tête de cette fédération, nous avons aujourd’hui besoin d’un homme libre qui porte haut et fort la voix des militants et des sections. Clairement, je suis un homme qui n’est inféodé à aucun courant, aucun clan, aucun élu. De mon point de vue, cette liberté est une condition nécessaire pour préparer le congrès qui s’annonce. Le 1er fédéral que vous élirez devra veiller à organiser l’expression de toutes les sensibilités de notre Parti. C’est la condition de notre unité. C’est la condition de notre réussite collective.  »

Ce fut l’occasion pour Marc-Antoine Jamet dans un registre, où il excelle, de s’en prendre violemment à la solitude des hommes libres. Comme à son habitude, malgré des qualités oratoires certaines, le propos manquait quelque peu de finesse et me visait très clairement. Je sais apprécier les honneurs qui me sont fait. Et je tiens à saluer toute l’empathie qu’il a su déployer hier vis à vis des « battus ».

Sur le fonds, Marc-Antoine nous rappela que le Parti Socialiste était un Parti d’élus et que le choix d’aller vers un parti de masse nos reléguait dans l’opposition à une trentaine d’années… pour faire court et simple. Pour rappel, François Mitterrand quitta L’Élysée voilà 13 ans maintenant. Nous en reparlerons dans 17 ans. Je tiens à le dire ici comme je l’ai dit hier soir : ce n’est pas ma vision !

Le fait de faire 83% à une élection municipale est une performance qu’il convient de saluer ici haut et fort. L’utilisation de réseaux puissants a toutefois un inconvénient majeur dont nous avons pu mesurer toute l’inefficacité électorale lors des dernières élections présidentielles. Lorsque les hommes à la tête de ces réseaux (parfois de simples clans) ne sont pas prêts à suivre les directives de notre Parti, lorsque ces hommes ne veulent pas entendre parler d’une candidate ou d’un candidat, ils ne cherchent pas à mobiliser leurs réseaux. Le Parti devient alors sans contrôle sur l’ensemble de l’appareil militant et sous contrôle de ses élus. Le résultat est alors sans appel. Ces hommes ont alors beau jeu de dénoncer les approximations de la candidate alors que quelques mois plus tôt, elle était promise à une victoire certaine. Comme je me méfie des susceptibilités, je tiens ici à dire que l’attitude de Marc-Antoine Jamet a été exemplaire dans la dernière élection présidentielle. Son engagement personnel et son soutien à Ségolène Royal ont été sans faille, pleins et entiers.

Je pourrais souscrire au choix tactique de Marc-Antoine – en gros, faisons avec ce que nous avons – si le Parti Socialiste ne s’était pas fait le champion du cumul des mandats. Je pense notamment à Arnaud Montebourg si prompt à le dénoncer jadis et surtout à François Hollande dont le talent naturel doit lui permettre de tout gérer à la fois. Nous pourrions faire effectivement le choix de multiplier nos élus en nous refusant toute possibilité de cumul. Nous évoluerions alors vers un Parti d’élus de masse. ;+) Sauf que, clairement, ce n’est pas le cas !

Et puis, je voudrai dire que les raisons du retrait de la candidature de Jérôme Pasco nous montrent les vrais limites de la vision de Marc-Antoine Jamet. Nous n’avons pas d’autre choix que de ne plus y souscrire. Le Parti Socialiste doit faire le choix de la liberté, même si ce n’est pas du goût de Marc-Antoine Jamet. C’est tout l’enjeu de l’élection du 1er secrétaire fédéral de la fédération de l’Eure du Parti Socialiste.

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3 Réponses »

  1. cher camarade,
    vendredi prochain je t’apporterai sans ciller mon suffrage. A mon sens tu as démontré des qualités de combattant, de militant, de cadre avec ce charisme qui fait défaut aux autres candidats. En matière d’éthique ton positionnement correspond aux valeurs que bon nombre de camarades souhaitent défendre : non au cumul des mandats … par exemple. Tu as su lors des dernières cantonnales mené un combat difficile à bien des égards, et parler haut et fort quand c’était nécessaire pour que le parti apporte à tous les candidats un légitime soutien. Toutes ces raisons me donnent à penser que les qualités que tu développes à Brionne sont transposables pour notre fédération si divisée, si clanique, si indisciplinée, si conservatrice. Conches et Pont audemer et val de reuil sont de jolies petites cités, qu’elles le restent.

  2. Un grand merci à toi, Hervé.

  3. Je n’écris pas dans les blogs parce qu’au contraire de toi, mais je suis sans doute en cela (comme sur tant d’autres sujets) vieux jeu, je pense que nous régressons derrière nos souris, écrans et claviers. Réponses abruptes, pseudonymes commodes, manipulations perverses, sont, sur d’autres sites que le tien qui la particularité d’être honnête, devenus la règle. Je t’ai d’ailleurs lu me défendant ici ou là contre deux ou trois cinglés de l’Internet. J’en profite pour te remercier.

    Donc désolé Denis si tu t’es senti visé. Tu ne l’étais pas. Absolument pas. J’ai plutôt de l’admiration pour ce que tu fais. Val-de-Reuil n’est pas aussi simple qu’on ne le dit et j’ai toujours pensé que le désespoir, si elle y avait sombré, l’aurait conduite à droite pour des décennies. mais à Brionne, c’est beaucoup moins facile. Dans ta manière de mener des combats d’idées et de valeurs, de relever des défis impossibles, tu as une vraie grandeur, un vrai désintéressement, une vraie dimension. Ce pourrait être celle d’un premier secrétaire. A sa façon aussi Gérard Contremoulin n’a pas de Jaurès que l’apparence et, même si je souris de ses longues tirades, de ses coups de barre à Gauche et de ces coup de gueule millimétrés, ils nous font du bien. Mais avoir les compétences et l’envie ne suffit pas. Sur d’autres critères, j’imagine que j’aurais pu faire un bon premier secrétaire de notre fédération et peut-être aurais-je été élu. Tu as vu que j’ai fait preuve, dans tous les sens du mot, de retenue…

    Pourquoi te faire cet aveu ? Pourquoi cette discussion sincère que ton site héberge ? Une raison simple. J’ai appris, parce que nous nous étions un peu affrontés, voici quelque temps, que tu n’étais ni sectaire, ni rancunier, ni schématique, ni systémique. Le papier, équilibré, souvent juste, que tu signes sur « le mauvais goût de la liberté » en est une illustration de plus. Je peux partager ce que tu as dit sur le soutien en pointillé et l’attitude équivoque de la fédération dans un certain nombre de cas, mais ce n’est pas Michel uniquement qu’il faut accuser. L’Eure vit sous un régime particulier, un climat unique. Une faille dans l’espace temps nous a ramenés aux temps bénis du « petit père Queille », des coalitions cassoulets scellées à l’issue d’un bon repas et de la « quatrième » triomphante. Alliances de revers, coups tordus, objectifs cachés, nous baignons dans ce triste quotidien. Dans tous les camps, pardon les courants, il est clair qu’un certain nombre de nos camarades ont besoin, pour que nous les prenions pour des géants, de tous nous rabaisser en laissant les querelles se développer sans intervenir, les rivalités perdurer sans arbitrer, les dissidences fleurir, nos alliés nous marcher sur la tête (tu désignes le PC, je pense à d’autres). Quelle terreur chez certains, dès qu’une voix s’élève, dès que quelqu’un sort du rang, dès qu’un débat de fond se déclenche. Jérôme Pasco a été la victime, non pas de ce manque de liberté, mais de cette sainte trouille de voir des têtes nouvelles surgir… Au lieu de fédérer les talents et les bonnes volontés, de donner un coup de main, de saluer et d’aider ceux qui pourraient nous apporter du sang neuf ou de l’énergie, on décourage et on sabote. Untel est fou. Tel autre est incontrôlable. Un autre encore est détesté. Un maire sympathique est élu dans une grande commune. On ne dit pas « il commence ». On dit « il est « inexpérimenté ». Un élu mène une politique cohérente avec le soutien grandissant de la population. On ne dit pas « il sait ce qu’il veut ». On dit « il est autoritaire ». Opinions éclairées, scores électoraux, réalités objectives, tout peut bien contredire ces rumeurs. Elles se propagent, s’enflent, gonflent jusqu’à devenir des vérités qu’on colporte. La bienveillance n’est pas notre fort. La transparence non plus. A bien des égards nos moeurs militantes sont médiévales et, vues de l’extérieur, nos pratiques byzantines. Peu de clarté, peu de respect, peu de reconnaissance. Les plus gentils disent, cela a toujours été, c’est l’esprit normand, c’est Maupassant, cela passera avec le temps. Excuses commodes. Les plus lucides parlent eux d’une lamentable exception, de cour de récréation, de processus d’implosion, de fossilisation. Diviser pour régner et durer, voilà la norme et, là encore, je crois comme toi qu’un parti fort, des propositions structurantes (le non à la constitution européenne l’était pour moi….), bref de l’organisation et de l’idéologie, en nous fournissant une grille d’analyse nous mettraient du plomb dans la tête et stabiliseraient nos boussoles. C’est pourquoi je reste Fabiusien.

    Oui,en revanche, ce que tu as dit sur les élus m’a cassé les pieds. De même que les propos de Freddy (j’ai occupé toutes fonctions, mais successivement, et avec un peu de recul je suis devenu beaucoup contre le cumul. Hum !) m’ont paru bien circonstanciels. L’aide du conseil général, sa capacité d’action, ses orientations et la visibilité de Jean-Louis sont nos principaux atouts dans un département qui n’est, c’est le moins que l’on puisse dire, pas vraiment spontanément « partageux » et progressiste. Il est nombre de territoires, je pense à ce qui est en train de se passer autour de Val-de-Reuil où les réussites du socialisme municipal ont permis de changer les esprits, de gagner ou de reprendre des communes et des cantons, de faire vivre une action militante, de comprendre que les querelles de clochers avaient une origine politique (la question fondamentale posée aujourd’hui à l’agglomération Seine Eure est de savoir si on laisse le sarkozyste Bernard Leroy tirer les ficelles et distribuer les postes ou non…).

    C’est pourquoi nous avons besoin d’être davantage solidaires, de nous appuyer sur ce qui fait notre force, les cantons, les villages, les villes que nous gérons. C’est pourquoi je voterai Yves Léonard qui me paraît le plus apte à diriger une fédération solide, constructive et… fédératrice.

    PS : je profite de cette longue réponse pour m’expliquer sur un propos que j’ai eu lors de ce même conseil fédéral à propos de Michel Champredon. J’ai soutenu que c’était une parfaite connerie qu’il porte plainte contre Rachid Mammeri. J’enlève le mot que je regrette. Je garde l’idée que je répète. Non que j’ai oublié les péripéties de l’avant 16 mars et la procédure que Rachid a eu tort de déclencher. Non que j’ignore que c’est sur le conseil d’un avocat que Michel a agi. Non que je ne sache pas que l’ambiance des sections est encore pesante. Mais quand on a gagné, on se comporte comme un gagnant. Michel doit revenir au PS et grâce à sa victoire incontestablement brillante, évidemment personnelle, manifestement remarquable, favoriser l’apaisement et la réconciliation. Le nouveau maire sait bien que les Ebroïciens n’attendent pas que la Gauche alimente la justice judiciaire mais qu’elle ramène la justice sociale. Un désistement de voix a paru tardif. La meilleure réplique serait un désistement de plainte(s) rapide.