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Collèges : vers le démantelement du service public ?

Par      • 29 Déc, 2008 • Catégorie(s): Eure  Eure    
Pour un système éducatif public de qualité

Pour un système éducatif public de qualité

La devise à la mode dans le monde politique serait que, pour être en bonne santé, il faudrait être gros. Les médecins apprécieront. Dans le secteur public, les regroupements permettraient les économies d’échelle et assureraient une meilleure qualité de service. Alors on supprime les tribunaux… on ferme les hôpitaux. A qui le tour ? La réforme des collectivités territoriales et la création de regroupements communaux de 20000 à 30000 habitants risquent d’avoir quelques effets collatéraux non négligeables.

La réunion des principaux de collèges qui s’est déroulée au Conseil général début novembre 2008 sous la houlette de Jean-Louis Destans s’inscrit pleinement dans ce cadre. Je cite le Président Destans : « […] des collèges fonctionnent avec un effectif de 200 élèves et je ne suis pas persuadé que ceux-là disposent des meilleures chances de réussite scolaire dans la mesure où leur établissement n’offre pas toute la palette des enseignements possibles. Les missions éducatives ne sont pas forcément bien remplies dans les établissements trop petits. » Sic.

Première remarque. D’après le Président Destans, le fait de regrouper les collèges permettrait de maintenir une offre d’enseignements plus large. On peut penser évidemment aux langues étrangères. La plupart des collèges ont aujourd’hui abandonné l’allemand au profit de l’espagnol, langue réputée plus simple. Ce n’est pas en fusionnant les établissements que les élèves et leurs parents changeront forcément de comportement.

Deuxième remarque. Les regroupements auraient pour objet les économies d’échelle. Or, dans le monde économique, à chaque fois qu’il y a fusion, il y a mécaniquement compression de personnel. Dans le secteur privé, l’objectif est d’obtenir des baisses de coût ou des gains de productivité. Dans le secteur public, la suppression de personnel s’accompagne, en général, d’une baisse de la qualité du service rendu : augmentation des temps d’attente à la Poste et aux guichets des administrations par exemple.

Troisième remarque. Si un établissement trop petit ne prépare pas correctement à la confrontation au monde (encore faut-il l’établir), la perte de repères est en général inversement proportionnelle à la taille des établissements. La dépersonnalisation des relations entre élèves, avec les parents et les enseignants engendre des phénomènes de démotivation des enfants présents et une augmentation de l’échec scolaire du fait d’un sentiment d’anonymat renforcé. Les remplacements rendus plus faciles du fait de l’augmentation de la taille de l’établissement, s’ils améliorent la qualité de service, ont aussi pour conséquence de ne pas offrir toute la reconnaissance et la considération que mérite le corps enseignant. Imaginez qu’en lycée, certains élèves ne sont même pas fichus de retenir le nom de leurs professeurs !

Quatrième remarque. Regrouper, c’est éloigner l’enfant encore davantage de son lieu de vie. Le temps de transport scolaire, qu’on le veuille ou non, est du temps de perdu à titre individuel et collectif. Cela signifie aussi un renchérissement significatif des coûts de transport à la charge des départements, des communes et des communautés de communes et d’agglos. On perd d’un côté ce que l’on gagne de l’autre. Le jeu est à somme nulle, sauf pour l’État.

Dernière remarque. Dans ces conditions, que risque-t-il de se produire ? Comme l’enseignement privé ne peut pas, par nature, être concerné par une réforme de l’enseignement public, les parents ne risquent-ils pas d’y mettre leurs enfants pour toutes les raisons évoquées ci-dessus ? Le cadre législatif actuel oblige les communes à financer, en partie, les frais de scolarité engagés par les établissements privés. C’est autant d’argent en moins de demander aux parents. L’offre de l’enseignement privé en devient alors réellement compétitive.

La logique qui sous-tend au regroupement des collèges n’est que l’expression d’une logique purement comptable et financière transposée au secteur public. Ce qui m’étonne dans ce débat, c’est comment des représentants dits de la gauche politique en soient rendus à relayer l’idéologie dominante et les tautologies et autres arguties qu’elles véhiculent.

Crédit photos : le marxiste léniniste, Fcpe Antony, Numicom

Source : Le Courrier de l’Eure du 5 novembre 2008

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2 Réponses »

  1. Merci pour cet excellent article Denis.
    Le président Destans a t’il demandé aux équipes éducatives ce qu’elles en pensaient? Un collège de 600 vaut il mieux qu’un collège de 300 élèves? Regardons les résultats au Brevet du collège par exemple.
    N’oublions pas non plus les problèmes de violence, bien plus présents dans les gros établissements que dans les petits.
    Je partage à 100% ta conclusion.

  2. @Emmanuel

    Lors de cette réunion, le Président a clairement appelé à la concertation. Je cite. « Nous entamerons une concertation générale avec vous, les principaux, avec l’inspection académique, avec les élus locaux, les représentants des enseignants et des parents d’élèves. »

    Peut-être serait-il bon aussi de s’entourer de psychologues et de spécialistes de l’enfant !