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La catastrophe industrielle s’abat sur l’Eure !

Par      • 16 Fév, 2009 • Catégorie(s): Eure  Eure    

Il ne s’agit plus d’une crise, mais bel et bien d’une catastrophe économique, humaine et sociale dont nous n’allons pas tarder à mesurer toute la réalité.

Destruction massive dans lemploi

Destruction massive dans l'emploi

Entre septembre  et décembre 2008, les inscriptions aux Assedic dans le département de l’Eure ont bondi de 4.8%. Cela représente 3500 personnes de plus. Dans cette première phase de la crise, ce sont, pour l’essentiel, les CDD et les intérimaires qui ont été les premiers exposés. Les sociétés d’intérim constatent de leur côté que les salariés les plus touchés sont les manutentionnaires, les ouvriers spécialisés, les conditionneurs et les ouvriers du BTP. Comment peut-il en être autrement à l’heure où l’Inde et la Chine se sont elles éveillées au lieu de s’assoupir comme nous l’avons fait ?

Accélération de la destruction d’emplois industriels dans l’Eure

La crise dont les premiers symptômes s’étaient fait sentir dans le département dès mars 2007 avec Metzeler à Charleval vient de franchir un nouveau cap dont l’aspect le plus spectaculaire a été évoqué récemment par mon ami Alain Rey, ici dans Voie Militante. A Evreux, GlaxoSmithKline vient de programmer la destruction de 798 emplois.

Mais il ne faudrait pas non plus oublier Georgia Pacific et le site de Brionne qui a fermé ses portes définitivement le 31 août 2008. En terme de taxe professionnelle pour la ville de Brionne, c’est une véritable catastrophe. Du coup, la municipalité n’a pas eu d’autres choix que de mettre un frein à ses projets d’investissement pour 2009. Mais, à Brionne, hélas, le pire est encore à venir. L’activité de Tramico dépend à 75% du secteur automobile dont la production vient de reculer de 30% en décembre 2008. Les RTT ont permis de soulager l’impact du chômage partiel sur le pouvoir d’achat des salariés. L’annonce d’un plan social est désormais imminent.

La SNOP à Thiberville est dans une situation difficile. L’entreprise, sous-traitant du secteur automobile, n’avait plus une seule commande entre le 4 décembre 2008 et le 6 janvier 2009 !

A Val de Reuil, ce sont 270 emplois qui vont disparaître avec la fermeture de Tyco Electronics. Les dirigeants de MediaMotion, spécialisée dans la fabrication de CD et de DVD, ont décidé de fermer le site en septembre 2008. 87 personnes sont à la rue. Toujours à Val de Reuil, Automa-Tech, fabricant de circuits imprimés, a été mis en liquidation judiciaire le 22 décembre 2008. 70 salariés à la porte ! Des rumeurs insistantes évoquent un prochain plan social au niveau de Sanofi-Pasteur.

A Rugles, la direction de Novelis Foil France a décidé la suppression de 90 postes d’ici avril 2009. L’effectif total de l’entreprise était de 408 salariés. On pourrait aussi évoquer Sealynx à Charleval, Arkema à Serquigny, Marco et Bosch à Pont de l’Arche, Dulac à Pacy, Saint Louis Sucre à Nassandres, Eclair’Prim à Bernay, Dulac Media Partenaire à Pacy-sur-Eure, BMS à Epernon. J’arrête là ce sinistre inventaire à la Prévert.

Le lin, un eldorado qui aura vécu

Si nous n’avons pas encore compris ce qui est en train de nous arriver, je voudrais ici juste prendre l’exemple du lin. Nous exportons vers la Chine la matière première récoltée dans le département et c’est la Chine qui la transforme. Puis, les produits transformés sont importés de Chine vers la France.  Dommage que la théorie de l’avantage comparatif n’ait jamais intégré les ressources et notamment l’épuisement des énergies fossiles dans le calcul économique.

Avec la crise, le prix de la tonne de lin est passé de 1.70 euros en 2006 à 1.30 euros en 2008. Solution adoptée par les liniculteurs : réduction de 30% de la surface de production passant en France de 67000 à 50000 hectares. Et pourtant, il y aurait de quoi écouler les stocks de lin : la graine de lin empêcherait le pet de vache. ;+) La construction de nouveaux hangars sur les zones économiques aura le mérite de permettre le stockage du lin. Le politique, c’est aussi et avant tout l’art de nous raconter de belles histoires au service de bien petites gens.

Pou les linières qui continuent à fabriquer sur le territoire, l’évocation de la linière de Saint Martin est aussi révélatrice du mal qui nous ronge. La linière, avec quatre autres partenaires, a créé la société Linéo qui a consacré l’essentiel de sa R&D à la concrétisation de projets dont l’utilité sociale reste à démontrer : cadre de vélo, raquette de tennis, coque et pont de voiliers. Le PDG de la linière Saint Martin, Eric Vanfleteren espère toutefois que l’appétence pour les produits écologiques lui permettra de fabriquer des sacs postaux, des tuyaux d’incendie, des cordages et de la peau de saucisson. On espère avec lui.

Conséquences

Même si je suis partisan de la suppression de la taxe professionnelle à la condition qu’elle soit compensée de façon juste, la disparition d’entreprises est un drame pour les collectivités locales.  Je parlais de la ville de Brionne. On pourrait aussi évoquer le choix du Maire de Louviers, Franck Martin, de procéder à des hausses d’impôt. Double peine pour tout le monde ! Que dire encore de la crise immobilière qui se solde par un effondrement des droits de mutation pour le département de l’Eure ?

Dépenses en hausse et recettes en moins : l’équation relève de la quadrature du cercle à un moment où, en terme de mesures contra-cycliques, l’État français n’a rien trouvé de mieux que planifier la fermeture du  LRBA à Vernon. Alain Rey, ici dans ce blog, et José Alcala en avaient abondamment parlé lors de l’été 2008.

Des réponses dérisoires… malgré la bonne volonté

La région Haute-Normandie, le 8 décembre, a adopté un plan d’urgence anti-crise pour un montant de 50 millions d’euros. Pour l’essentiel, il s’agit d’accélérer le démarrage des chantiers financés par la région, de favoriser la formation des salariés touchés par la baisse d’activité et de mettre en place les outils d’accompagnement d’entreprises en difficultés. C’est mieux que rien. Mais avouons que c’est bien peu.

La région dirigée par Alain Le Vern, au travers de son portail  Haute-Normandie Espace Entreprises, demande aux entreprises d’être éco-responsables. Elle encouragerait financièrement les économies d’énergie. Une page du site vous permet d’accéder à toutes les aides mobilisables. Ne prêtons pas à Internet de plus grandes vertus qu’il ne peut avoir !

Il ne s’agit là que de réponses partielles, non coordonnées, motivées par l’envie de faire et aussi parfois celle de se montrer. Et malgré les efforts réels de Michel Champredon et de tous les élus de la ville d’Évreux face au séisme social GSK, la création d’une cellule de crise semble bien dérisoire. Ajout au 16/2/2009 : D’après certaines rumeurs qui vont bon train sur Evreux, Michel Champredon serait en train de négocier le maintien de GSK en contrepartie d’une exonération de TP pour l’entreprise selon une mécanique dont on ne connaît pas encore tous les mécanismes. Sarkozy le veut. Michel le fait.

J’avais évoqué sur Voie Militante, alors que je m’engageais dans la campagne des cantonales à Brionne, cette question lancinante de la désindustrialisation de la Haute-Normandie. Je crains que ma conclusion à quelque chose prêt ne soit la même. Je voudrais juste ajouter quelques éléments supplémentaires.

Alors que faire ?

La Haute-Normandie souffre de la proximité de Paris. Les emplois qualifiés fuient notre territoire. Or, face à la crise qui secoue le monde industriel et l’Eure tout particulièrement, la réponse passe nécessairement par la formation et la flexibilité des parcours professionnels quand on veut pouvoir continuer à exister dans la durée sur un territoire. L’Eure a pu bénéficier dans les années 60 d’une main d’œuvre abondante peu qualifiée pour une industrie peu exigeante. La politique d’exonérations de charges sur les bas salaires, l’accompagnement social comme seule réponse au chômage, le RSA qui crée les trappes à bas salaires et le travail à temps partiel n’ont pas pu amener la moindre correction structurelle.

Dans une région où le taux d’illettrisme avoisine les 10%, comment peut-on raisonnablement lutter dans une économie globalisée si nous ne mettons pas le paquet sur l’éducation, la formation et la recherche ? Comme ces politiques exigent qu’elles soient conduites sur la durée, en dehors de faire les pompiers, qu’allons-nous pouvoir faire de plus ?

Oui, la proposition de François Chérèque de créer un fonds social d’investissement est une bonne proposition. Oui, celle de supprimer la taxe professionnelle est une bonne proposition. Trop tard. Ceux qui, jadis, déclaraient qu’il s’agissait d’un impôt imbécile ont une lourde, très lourde responsabilité face à la crise sans bien comprendre le sens des lois qu’il faisait voter. De là où ils vivent, face à tant d’incompréhension vis à vis de la société dans laquelle ils vivent, il serait temps que leurs héritiers politiques passent la main. Ils ont grandi dans une société qui n’est plus la nôtre et leurs réponses déculturées ne sont tout simplement plus adaptées et nous mènent droit dans le mur.

Il serait temps d’expliquer la gravité de la situation, les erreurs collectives qui ont été commises avant que quelque démagogue ne passe par là et ne rafle la mise.

Autres éclairages

Sources :

  • Ma Région Janvier 2009
  • l’Eveil Normand des 10/9/2008, 10/12/2008, 21/1/2009
  • Le Courrier de l’Eure des 17/9/2008, 19/11/2008, 17/12/2008,14/1/2009

Crédit photos : 7 sur 7, moneycontrol.com, Amazon

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3 Réponses »

  1. Que reste t-il encore à faire pour que l’écologie et la finance se rejoignent afin de réaliser un développement moins gourmand en énergie et respectueux de l’environnement ?

  2. L’absence de volonté politique, de prise de conscience, la paresse – ou la facilité – sont les raisons de cette impossibilité. Gageons que nous sachions réagir collectivement.

  3. Le Lin : une belle grande histoire entre notre région et cette plante.
    Pour être le témoin priviligié de la linière de saint Martin du tilleul, je peux vous assurer que nous avons près de nous une famille et des salariés amoureux de leur travail et d’une qualité reconnue !!!

    Je ne sais pas ce que sera le devenir de cette activité dans notre région, mais ne marchons nous pas sur la tête qd le lin traverse 2 fois le monde en bateau pour être vendu dans nos supermarchés ?

    C’est à chacun (et moi en tête) d’avoir un peu civisme et de traverser la route pour acheter mon tissu à Saint Martin.

    Et en fait, non, c’est pas du civisme !!! C’est de notre interet à court et long terme car ce tissu est beau, écologique, solide elegant et pas plus cher qu’un vulgaire tissu. Donc faites vous plaisir et avec un peu de chance, nous continuerons à voir le balai des tracteurs durant l’été…