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Chronique d’un délégué du personnel… objecteur de croissance.

Par      • 11 Mar, 2011 • Catégorie(s): Haute-Normandie  Haute-Normandie    

Ami avec son patron ?

Février 2011

Lors de la chronique de janvier dernier, j’écrivais : «il est à noter que pour l’instant, nous travaillons ensemble toutes étiquettes syndicales confondues, mais des pressions des organismes syndicaux se font sentir pour que cette collaboration cesse, affaire à suivre…»

Et bien la rupture est consommée, bien que tous les déléguéEs du personnel confonduEs aient décidé d’un commun accord de travailler ensemble lors de la dernière réunion de préparation. Tout ceci s’est passé d’une façon très courtoise : lorsque les syndicats minoritaires se sont présentés à la réunion de préparation suivante, les supers déléguéEs syndicaux majoritaires descendus de leur tour d’ivoire pour l’occasion, nous ont demandé de partir avec le soutien de leurs moutons.

Je suis dans un syndicat minoritaire au sein de mon entreprise et si j’émets l’hypothèse que ce syndicat puisse y devenir majoritaire, je ne suis pas sûr que le comportement de ses représentantEs  serait différent. Car le fonctionnement pyramidal de nos syndicats représentatifs est calqué sur celui de nos entreprises et cela produit donc les mêmes effets négatifs lié au pouvoir.

Cela renforce ma conviction qu’une organisation horizontale, la communication non violente et la recherche du consensus sont les seules solutions envisageables pour un vrai syndicat démocratique, proche de ses syndiqués et qui considère les minorités.

En attendant que nos syndicats évoluent et s’unissent, mon patron doit bien se marrer en voyant les instances représentatives des salariés s’entre-déchirer ainsi : imaginez donc que maintenant les questions sont déposées et signées par chaque syndicat et comme il n’y a plus de concertation, elles peuvent être redondantes.

Sinon une petite formation de trois jours au sein du siège du syndicat qui m’a adopté, ne m’a pas rassuré d’avantage. Le bâtiment est truffé de caméras (flicage et syndicat sont visiblement bons amis (1)), la cafétéria et le restaurant sont sous-traités (encore un copier-coller du fonctionnement de nos entreprises) et en plus on y sert des produits Lipton alors que ce même syndicat appelle au boycott (2) de ces produits (je ne rigole toujours pas).

Heureusement la formation fut instructive. Nous étions une vingtaine de déléguéEs du personnel et les intervenants étaient de bonne qualité. J’ai pu mesurer une fois de plus à quel point le message de la Décroissance est mal compris. J’ai eu droit à tous les clichés : le retour à la bougie, une idée de petit bourgeois, va jouer dans ta grotte et une petite nouvelle : « tu nous fais chier avec les idées de Cohn Bendit… » C’est hallucinant de voir à quel point les syndicalistes ont la tête dans le guidon, acclamant la déesse croissance, tout comme leur soi-disant ennemi : leur patronNE. C’est exactement comme certainNEs chrétienEs et musulmanEs, ils se déchirent alors qu’ils ont le même dieu. Aucun des deux ne remet en cause le vrai problème : la religion.

Et pourtant lorsque je posais la question suivante à notre formateur qui ne jurait que par Keynes (3) : « que fais-tu quand tu auras bouffé toutes les matières premières ? » Réponse : « Ou la technologie nous trouve une solution, ou l’on crève… »

A partir de ce moment, la Décroissance cessa d’être un sujet de moquerie et est devenue un sujet de curiosité puis un espoir.

Des questions ? Envie de discuter ? Un courriel … Les.escargots.cauchois@gmail.com

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Une Réponse »

  1. description combien vraie et affligeante. Politique autrement et syndicalisme autrement, à l’horizontale effectivement, tout est à revoir dans notre triste France. Mais comment vont faire les moutons?
    Faut il attendre la catastrophe en cultivant nos jardins entre nous ?

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