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Le vote frontiste à Saint-Eloi-de-Fourques

Par      • 29 Avr, 2012 • Catégorie(s): Brionne  Brionne    

Le fait que la commune où je vis depuis 1994 ait fourni le 2e plus gros contingent de voix FN des communes rurales du canton de Brionne m’aura tout d’abord plongé dans un état de choc. Lors du dépouillement, j’en étais arrivé à souhaiter que Nicolas Sarkozy passe en tête. J’ai ensuite été submergé par un sentiment d’incompréhension.

Les gens qui ont voté Front National ont toute légitimité à le faire. Ce parti dirigé par la famille Le Pen depuis 1972 n’a jamais fait l’objet de demande d’interdiction. Au delà des provocations à visée purement électoraliste de son vieux chef, je n’ai jamais cru, pour ma part, à l’anti-sémitisme, au racisme de ses dirigeants. Je préfère par ailleurs que certains de ses militants et de ses électeurs puissent s’exprimer dans les urnes, plutôt qu’en arriver à un mouvement dont les modes de fonctionnement seraient ceux de l’OAS. La volonté de stigmatiser ce parti a échoué, contribuant à gonfler un vote frontiste à des niveaux qui lui offrent la perspective proche de diriger la France !

Les données du vote frontiste à Saint-Eloi-de-Fourques

Saint-Eloi-de-Fourques est une commune rurale, fortement ancrée à droite. Depuis le début des années 1990, de nouveaux habitants sont venus s’installer dans notre village. La création d’un SIVOS et des prix de terrain relativement bas ont rendu cette commune, ainsi que celles de Bosrobert et de Saint-Paul-de-Fourques, particulièrement attractive. Le mouvement de rurbanisation s’y est accéléré depuis le début des années 2000. La part des moins de 18 ans dans la population est aujourd’hui l’une des plus importantes du canton.

De 2002 à 2012, le nombre des électeurs est passé de 320 à 369. Sur cette période, le vote frontiste est passé de 37 à 92 voix. En termes d’élasticité, pour chaque nouvel inscrit, nous enregistrons 4,5 nouveaux électeurs frontistes. La droite régresse avec 0,33. La gauche stagne à 1,16 !

La crise… quelle crise ?

A première vue, les nouveaux habitants de ma commune ne sont pas les plus malheureux. Les efforts financiers qu’ils consentent au remboursement de leur crédit immobilier, à la rénovation de leur habitat ne les amènent manifestement pas à renoncer sur leurs vacances (sports d’hiver, voyages à l’étranger), ni à acheter des véhicules dont la consommation est plus proche des 10 litres que des 5 litres aux cent kilomètres. Je ne sais d’ailleurs pas comment ils peuvent faire exactement, même si je vois aujourd’hui une progression spectaculaire du travail au noir. A côté d’eux, les anciens, même s’ils doivent faire de plus en plus attention à leur dépense, ne sont pas encore dans des situations critiques. Pour combien de temps encore ?

L’explication du vote frontiste par la colère sociale ne tient pas un seul instant dans les communes rurales du canton de Brionne. Saint-Eloi-de-Fourques n’est pas Gandrange !

Un vote identitaire à défaut d’être protestataire !

Depuis 1994, je n’ai pas vraiment entendu de la part d’habitants – et encore moins de la part de mes collègues du Conseil municipal depuis 2001 – le moindre propos à caractère raciste. En revanche, j’ai très souvent eu droit à la sempiternelle rhétorique poujadiste de certains habitants et de quelques collègues de droite : trop de fonctionnaires, trop de paperasse, trop d’assistés, trop de fainéants, trop de subventions (alors que certains d’entre eux en sont les 1ers bénéficiaires), trop d’Etat, trop d’incompétents, trop de tout. Oui, pourquoi pas, en effet !

Le monde perdu de Saint-Eloi-de-Fourques ?Vendredi soir, France-Culture diffusait un reportage sur les nouveaux électeurs du Front National. L’un d’entre eux – un militant CGTiste marié à une enseignante – évoquait la ville, son « envahissement » par les personnes d’origine étrangère. Un autre parlait de natalité galopante chez certaines populations. Toutes ces personnes avaient en commun la sensation de ne plus être chez eux. En retournant à Elbeuf il y a quelques jours, je n’ai pas reconnu la ville  où j’ai vécu près de 30 ans. J’avais cette sensation curieuse d’y être un étranger. Pour autant, la différence fondamentale que j’aurai toujours avec ces gens, c’est que cette perception, cette sensation ne me feront JAMAIS basculer dans les bras de manipulateurs dont le système de valeurs se situe aux antipodes de ce que je suis, de ce en quoi je crois.

En 1994, comme le font tous ces nouveaux habitants de mon village,  j’ai fait le choix de fuir la ville d’Elbeuf où, déjà, j’avais été confronté directement au trafic de drogue, aux incivilités, à la violence et à la délinquance de la part de jeunes d’origine étrangère en voie de déculturation avancée. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre d’où vient le vote Front National.

Sur toutes ces questions, qu’avons-nous fait depuis 20 ans ? Reconduire des Roms à la frontière ? Supprimer des postes d’enseignants, alors que l’illettrisme représente aujourd’hui un quart des enfants en 6e ? La belle affaire !

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7 Réponses »

  1. Incidence des enjeux locaux et des problèmes qui se posent dans votre région sur le vote

    C’était un sondage pour :

    Le Monde-France Télévisions -Radio-France- Logica Business Consulting- Le Point du 19 au 21 avril 2012

    Pour l’ensemble des français, 38% pensent que les enjeux locaux et les problèmes qui se posent dans leur région sont déterminants pour leur choix lors du vote.

    43% disent que c’est important, mais non déterminant

    19% secondaire.

    Dans les campagnes, dans l’Eure, on a l’impression que nous sommes des sous-citoyens.

    Ainsi, en ce moment , les camions ,dans la vallée de l’Iton sont amenés à suivre une déviation
    -avec des tournants à angle droit,
    -des routes qui n’ont pas d’accôtements stabilisés
    Si bien que, l’on assiste à un saccage total des parties non goudronnées.
    Qui va payer?
    Forcément,c’est le citoyen.

    A part ,mettre des panneaux 30Kms/h et 4 plots pour protéger une maison qui risque d’être détruite;
    On ne peut se faire entendre auprès du Conseil GénéraL.

    Les habitants des petites communes sont laissées pour compte.
    Voyant que ni la gauche, ni la droite ne s’occupent d’eux ils votent Frpnt National.

  2. @Noël

    Totalement d’accord sur la dimension « locale » dans l’expression des citoyens en faveur du FN.

  3. je suis fatigué

    Fatigué de ces analyses essayant de comprendre le vote fasciste. Fatigué de ceux qui n’ont rien compris à leur histoire.
    Le vote facho ne s’analyse pas, il se combat. Et arrêtons de répondre à cette provocation par les urnes en essayant de « les » comprendre.

    Je refuse de tomber dans ce bourbier d’intellectuels tel que nos grands parents ont pu connaitre dans les années 30 et 40 pour justifier la montée de l’extrême droite dans leur commune. J’ai de la famille qui a fait des années de camps de concentration en 1942 à cause de ceux qui en 1934 , en France, voyaient en l’extrême droite française une solution contre l’étranger et les maux qu’il était censé nous apporter. La France n’a pas inventé les chambre à gaz mais les Français n’ont rien fait pour empêcher l’arrestation des futur « clients  » de ces chambres.

    On va encore dire que je mélange tout ! C’est si simple !

    Je me tais. C’est préférable ! Mais en acceptant le fascisme dans les urnes, vous vous trompez de démocratie et vous enterrez la république !

  4. @Fred

    Moi, j’en ai marre de gens qui braillent et de leurs cris qui ne servent qu’à faire progresser le Front National. Ils ont au moins cette utilité de permettre l’entretien de leurs cordes vocales ! ;+)

  5. @ Denis,

    Nous sommes en désaccord sur ce point, mais bon que veux-tu ! Je ne pouvais pas ne pas réagir même si ma fatigue politique est réelle.

    j’ai répondu en « brayant » encore plus sur mon « le p’tit rouennais »

    http://www.leptitrouennais.com/blog/resistance/ah-ces-intellos-a-tete-d-explorateurs-is-essaient-de-comprendre-le-vote-le-pen-quel-perte-de-temps.html

  6. Le dernier article de Lordon sur le sujet du FN, intéressant comme toujours…
    http://blog.mondediplo.net/2012-05-02-Front-national-memes-causes-memes-effets

  7. « pour chaque nouvel inscrit, nous enregistrons 4,5 nouveaux électeurs frontistes » and that means, that the people don’t like strangers. They are not necessarily racists. They don’t even like people from Rouen. They have not more against muslims than against protestants. They don’t like anybody who is not a christian and for them only roman-catholics are christians. Their hatred against everything new and foreign is fuelled by fear and arrogance. They fear to lose their homes like they are now. They fear pollution, depreciation of currency and crime. They fear to become like the cities.
    The électeurs frontistes are completely different from the German Nazis I have met. The German nazis I have met were young, mostly male, very aggressive and did not fear the downfall of ethics. Giving people a beating was their hobby. If you would show those guys to the French électeurs frontistes, they wouldn’t vote for FN anymore.
    And I agree with Noël Levert « Voyant que ni la gauche, ni la droite ne s’occupent d’eux ils votent Front National. » And they will continue to vote for the FN if they keep their fear.