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Soutien à la liberté d’expression par Marc-Antoine Jamet

Par      • 19 Oct, 2006 • Catégorie(s): Soutien  Soutien    

La liberté d’expression n’a, hélas, jamais triomphé. Trop de dictatures, trop de censures l’ont combattue. Paradoxalement, les fanatiques du silence et de l’interdiction de parole ne renoncent jamais à avoir le dernier mot. Mais, aujourd’hui, partout dans le monde, c’est son principe même qui, désormais, est nié. Les « lumières » doucement s’éteignent. Voltaire, reviens, ils sont devenus fous ! Voici venir l’obscurantisme. Le progrès et la science sont bafoués. Le président iranien et les évangélistes américains professent, en commun, tels les cinglés dans Tintin, que la fin du monde est pour demain. Qu’importe les guerres, les massacres, l’apocalypse nucléaire, pour les uns et les autres, c’est certain, le sang versé des innocents ne précède que de peu le sacrifice de la planète dans son entier. Un peu plus tôt, un peu plus tard, pour ces illuminés, nous ne sommes pas à cinq minutes et trois cadavres près. Plus prosaïquement, dans les rapports humains, la vérité, la sincérité, l’honnêteté ne sont plus ni des valeurs, ni des qualités. L’humanité recule.

En veut-on un exemple ? La religion, dont, athée, je ne dirai rien, le cède systématiquement maintenant à un mélange d’inquisition et de superstition. Après la polémique qui a suivi la publication des caricatures de Mahomet au Danemark, c’est l’opéra de Berlin qui, dans une servilité ahurissante et une bêtise « crassement » anachronique (faut-il oublier que pour les Autrichiens de 1800, en fait de marche turque, la mémoire collective se souvient de l’offensive sur Vienne menée en 1683 par les armées ottomanes qui, et pour cause, n’avaient pas encore vraiment lu la convention de Genève), déprogramme Idoménée, opéra coupable de ne pas être « religieusement correct ». Pauvre Mozart de nouveau mis à l’index, une seconde fois enterré par les bigots et les cagots, soupçonné de n’avoir, lui et ses librettistes, qu’une tendresse moyenne pour les prélats et les mollahs (quel scoop à propos de l’auteur de Don Giovanni !). On pensait cette pusillanimité, cette couardise, réservées aux « démocraties arriérées » ou « complexées ». Elle sévit jusqu’en France, jusque dans l’Eure, jusqu’à Louviers. Un juge vient d’y inculper un élu local pour avoir défendu l’accès de son théâtre et permis à une pièce d’être jouée. La scène nationale priée d’amener son fanal ? On croit rêver ! Autorisée dans ses excès anti-cléricaux voici un siècle, « l’assiette au beurre » ne pourrait plus être, en 2006, publiée. Belle avancée…

Je sais l’ignoble injustice qui a été faite aux Harkis et à leurs fils. Comment l’Algérie les a martyrisés et la France méprisés. J’ignore les mots employés, les gestes utilisés par le maire de Louviers. Le personnage a ses dérives et ses défauts. Chacun le connaît. Quoi qu’il en soit, ce sont la liberté et la laïcité qui sont, à travers lui, accusées. Sans ambiguïtés, il les défendait ! Comme nous l’aurions fait. Trop c’est trop. Un élu du suffrage universel qui veut faire respecter la tolérance contre le fanatisme, la diversité contre la mort des idées, ne peut être traîné devant un tribunal. Pas plus qu’il ne peut être bousculé par ses administrés. A-t-on le droit de tout dire sur une scène ? Parfaitement. En démocratie, où nul ne vous oblige à payer votre ticket pour écouter ? Certainement. Comment faire pour répliquer ? Ecrire, dénoncer, argumenter. Sans brutalité. Voilà ce à quoi je crois. Dans ces conditions, il est bien difficile de ne pas être solidaire de celui qui défend le respect de la culture contre la violence des ultras. Personnellement, je le soutiens !

Marc Antoine Jamet, maire de Val de Reuil

NDLR Cet billet fait suite à l’inculpation de Franck Martin, maire de Louviers

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