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Le féminisme est-il soluble dans l’écologie ?

Par      • 8 Mar, 2010 • Catégorie(s): Soutien  Soutien    

Ce matin du 8 mars, on ne parle que des femmes. On entend même parler d’organiser un grenelle des femmes… Quand on compare le grenelle de l’environnement et les propos de Sarkozy qui veut maintenant protéger les agriculteurs contre les écolos, il y a de quoi frémir. L’enfer est toujours pavé de bonnes intentions !

Ecolo, féministe , des termes quasiment péjoratifs, un peu folkloriques. Et pourtant on peut parler d’urgence.

Certains préconisent l’abandon des prérogatives maternelles. D’autres rêvent de renvoyer les femmes aux fourneaux ou dans les champs. La seule chose ennuyeuse, c’est qu’il faudrait quand même ne pas oublier le charme des femmes : qu’à cela ne tienne, on va vous relooker mesdames, et gratis, ou presque, parce que vous le valez bien.

A moins de chanter comme Nougaro, sourire en coin, « mieux encore encore que dans la chambre je t’aime dans la cuisine, rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine« .

Prenons donc quelques exemples célèbres.

Moulinex libère la femme et on se lève tous pour le Salon des Arts (sic) Ménagers.

Quelles étaient fanfaronnes les années d’insouciance des trente glorieuses quand la sacro-sainte croissance était synonyme de libération de la femme… des corvées ménagères ! Congélateur, micro-onde, couteau électrique, plats tout prêts, tissus synthétiques infroissables, couches jetables, petites culottes jetables, que n’a-t-on pas vanté et vendu, qui croupit maintenant dans les décharges ou les greniers…

Et puis les écolos sont venus râler. Ils s’y sont mis dès 1970, mais il a fallu quelques catastrophes avant qu’on ne les prenne au sérieux.

Donc, on s’est parfois mis à faire du pain. Hop là ! Des belles machines à pain apparaissent sur les rayons. Idem pour les yaourts, sauf que les machines existaient déjà en 1970.

Éplucher la salade et préparer des légumes locaux de saison, voici une pratique ancestrale et universelle, vous serez d’accord. Dépassé tout cela ! La machine à éplucher les pommes de terre et les salades en sachets au supermarché ont fait leur entrée. Le pompon est revenu à une femme, entendue sur France Inter, il y a quelques années, dire que c’était grâce au combat des femmes qu’on avait enfin inventé ces fameuses salades prêtes à l’emploi.

Et si ‘on’ faisait exprès de ne pas regarder les choses sous le bon angle : les couches non jetables ne signifient pas des lessives abusives (beaucoup d’eau, et de détergents nocifs tous en vente libre et encouragée).

Il suffit de s’organiser un peu. Mais bien sûr il faut aussi jouer collectif, et, surtout, d’être bien informé. Les contre-infos ne font pas le poids face aux gros producteurs qui ont les moyens de s’offrir des pubs à la télé. Si on produit ou achète des légumes non traités, pas besoin de les éplucher, les brosser suffit. Pour les yaourts, une bonne vieille cocotte minute a servi à des générations ( comme quoi même les écolos ne refusent pas le progrès !). Que de pots plastiques vides en moins, puisqu’on ne peut trouver en France, comme on en trouve en Bulgarie, en Turquie, ou en Suède ces produits au poids ou au litre.

Des emplois ont été créés ailleurs qu’en France, ou bien des réseaux (style AMAP). Il y a des dizaines d’exemples.

Jouer collectif, cela commence à domicile, et c’est là que le bât blesse. Oh combien de militants purs et durs, combien de capitaines… ont refait le monde pendant que leurs femmes préparaient le café ou s’occupaient des gosses.

Non, il ne suffit pas d’argent pour « sauver » la banquise comme on a « sauvé » les banques (dixit Gérard Filoche en réunion d’Attac à Bernay en 2009). Non, il ne suffit pas d’acheter toujours plus de gadgets pour ‘libérer les femmes’, d’inventer des solutions coûteuses pour sauver la planète (des absorbeurs de CO2 par exemple, « ils » ne doivent pas connaître les vertus des forêts ). Non, exiger la gratuité des transports ne suffit pas (en Suède les moins de douze ans prennent le train gratuitement…et des bonnes habitude, il faut dire que là-bas on ne refuse pas de payer des impôts).

Non, aborder les questions de femmes ça ne consiste pas à qu’organiser des ateliers cuisines et beauté pendant une semaine, comme à Bernay, où le musée, la médiathèque et des associations en tout genre sont pourtant gérées par des femmes. Comme pour se donner bonne conscience on organise (avec ma participation-sic) une projection discrète, et des débats autour du film Domination Masculine

Oui, ouvrir des garderies, des crèches familiales, des cantines collectives, des bonnes boulangeries bio, des navettes pour faire son marché en garant la voiture à l’extérieur si on est loin et bien chargé. Oui, favoriser les échanges entre hommes et femmes, entre voisins proches et lointains (échanges de bons procédés et d’astuces). Oui changer les habitudes machistes en élevant mieux les garçons et les filles.

Oui, oui ! J’arrête, je rêve , si cela continue on va dire que je délire. Cela se dit beaucoup des femmes qui râlent. Le mot harpie n’a pas d’équivalent masculin, mais, soyons fières nous les femmes, il n’y a pas d’équivalent féminin pour goujat (à moins que ces « nouvelles » femmes à la mode, ou des anciennes comme Thatcher ne finissent par créer des mots pour les décrire- réécouter la belle chanson impertinente de Renaud).

Bon 8 mars à toutes et à tous !

Crédit photos : Pravda, Sisyphe.org

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4 Réponses »

  1. Marie-No, tu nous fait de la discrimination « positive » là ?

  2. Moi je dis que mettre Renaud …

    Le directeur de publication aurait mis Billie Holiday …

    petit avis de modeste internaute ammateur de chanson française ;-)

    en amitié critique !

    Plus sérieusement :
    discrimination positive ?
    nombre de femmes
    tuées en France par leur amour ? mari, amant ou ami
    violées ? (comme femme à beziers ces derniers jours pour homosexualité ),
    inégalité salariale ?

    C’est vrai que les exploité(e)s maintenant quand ils réclament
    c’est presque un privilège qu on leur accorde !

    Bise Denis

  3. @ Gildas et Philippe
    Renaud et Nougaro, c’est pour la qualité de leurs textes, pas parce qu’ils sont français ni parce qu’ils sont des hommes.
    Billie Holiday a tourné le premier équivalent de clip où on la voit se trainant aux pieds d’un homme pour qu’il ne la quitte pas, l’histoire a plutôt retenu son inégalé Strange Fruit ( un pendu après lynchage) et c’est bien. Quant à Brel il a souvent pesté contre les gens qui prenaient au pied de la lettre sa supplique de l’homme qui ne veut pas être quitté, alors qu’il l’avait écrite pour montrer à quel niveau on pouvait descendre, chez les hommes aussi, par mal d’amour.
    En Espagne le nombre de tuées par leur ex bat tous les records, c’est seulement depuis peu puni par la loi.
    Ailleurs, les hommes battus ça existe aussi, mais cela ne se dit pas et cela choque alors que l’inverse est banalisé ou, pis, écarté en citant Molière ‘et s’il me plaît à moi d’être battue’
    Je n’ai pas connaissance que des femmes aient agressé des homosexuels comme les hommes ont violé à Béziers. mais combien de femme se sont imaginées qu’elles allaient ‘sauver’ un homme de son homosexualité, qu’il fallait juste qu’ils rencontrent enfin LA femme (elle)… Tout l’inverse du splendide film Une Journée Particulière ou Sophia Loren et Marcello Mastroianni, dans la tornade fasciste, se rencontrent authentiquement de par leur solitude et leur sensibilité.
    Histoire de dire que rien n’est simple et que la violence faite aux humains est la chose au monde la mieux partagée, ainsi que la violence faite à soi-même, (tellement bien montrés dans les pièces de Tennessee Williams), et donc qu’on se doit donc de ne pas catégoriser à outrance, n’y s’obliger à des quotas hommes-femmes quand on les cite.