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Stéphane Hessel, ses indignations, les miennes !

Par      • 25 Avr, 2011 • Catégorie(s): Points de vue  Points de vue    

Je viens de finir la lecture des deux derniers opuscules de Stéphane Hessel, Indignez-vous et Engagez-vous ! Clairement, ils n’ont pas l’intérêt que les médias ont pu leur prêter. A la manière d’un Ben, le co-rédacteur de la déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948 nous délivre une vision très personnelle de l’existence (la sienne ?) : « S’indigner, c’est s’engager. S’engager, c’est résister. Résister, c’est créer. Et créer, c’est résister. »

Me rogo

L’indignation serait, pour l’ancien résistant né en 1917, le moteur de l’engagement. Mais de quel engagement s’agit-il au juste ? Quels sont les moteurs de l’engagement d’un homme de droite, d’une femme de gauche, d’un Frère musulman, de Yannick Noah ou d’une grande bourgeoise au sein du Rotary Club, de la Croix Rouge ou du Secours Catholique ? Ne devrait-on pas parler, là, de formes plurielles de l’engagement ? Et puis, l’engagement serait-il nécessairement de gauche ?

L’indignation face à la barbarie nazie pouvait-elle d’ailleurs suffire à s’engager dans la Résistance ? S’agissait-il encore d’indignation ou de nécessité face au mal absolu ? De ce point de vue, le parallèle que fait Stéphane Hessel entre les massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza et le nazisme – sans le dire et tout en le faisant – est tout simplement inacceptable. Il en nie jusqu’à la singularité de ce moment de l’Histoire de l’humanité. Adolf Eichmann n’était pas un être banal !

Truisme hégélien

La Fin de l'histoire : une éternité que ça dure ?C’est dans le registre de la vision de l’Histoire que mes divergences avec Stéphane Hessel sont les plus fortes. Se réclamant de Hegel, il voit dans l’histoire un processus nous conduisant au nivarna démocratique, à la manière d’un Francis Fukushima Fukuyama. Avant le nazisme, nous étions déjà à la fin de l’histoire. Par processus dialectique, nous y serions restés, malgré Pol Pot et le massacre des Tutsis par les Hutus à coup de machettes, sans qu’on comprenne au juste qu’elle pourrait être la synthèse possible entre la démocratie et la barbarie. Bien en amont encore, il y eut Athènes, malgré l’esclavage. La philosophie d’Hegel, c’est avant tout celle d’une vision a posteriori du temps qui passe, avec toutes ses incohérences qui la rendent encore plus difficile à comprendre.

L’indignation sélective

Ce qui ressort de la lecture de ces deux ouvrages est celle d’une indignation éminemment sélective qui privilégie le global avant le local. Stéphane Hessel nous parle d’un monde qu’il connaît, le sien en plein cœur des élites de l’Occident, éloigné de nos réalités :  l’Europe, l’ONU et les institutions internationales. Lorsqu’il nous parle de France, c’est pour évoquer la situation des sans-papiers, des immigrés et des Roms. Sans doute, a-t-il raison ! Pour autant, peut-on réduire les problèmes de la France à ceux de tout ce petit monde ?

Mes indignations

Bien-sûr, je partage avec Stéphane Hessel la grande majorité de ses indignations. A sa longue liste, j’en ajouterai quelques unes, plus personnelles, dignes sans doute d’un inventaire à la Prévert :

  • la peine de mort aux Etats-Unis, en Chine et ailleurs, sans oublier l’application de la charia qui condamne les femmes adultérines à la lapidation ;
  • les violences faites aux femmes et aux enfants, aux plus faibles d’entre nous ;
  • le consumérisme imbécile et tous les incivismes, mus par la quête de petits plaisirs très personnels  qui rendent toujours plus insatiables ;
  • l’intolérance, le rejet ou le refus de l’autre, de sa différence, de sa culture ;
  • les délires techno-scientistes, la complexité artificielle qui portent en germe un risque de glissement vers le transhumanisme ;
  • l’agriculture productiviste qui nous pourrit l’eau, l’air et la terre ;
  • les rapports inter-personnels et sociaux fondés sur la domination ;
  • la direction de nos sociétés par des oligarchies d’intérêt, bouffies d’elles-mêmes ;
  • l’extrême-pauvreté, les injustices, les inégalités, le mal logement et la précarité énergétique…

Ces indignations – ou d’autres – peuvent-elles suffire à s’engager ? J’en doute.

Crédit photos : Lirentousens, Accord philo, Decitre

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6 Réponses »

  1. Hessel N’EST PAS et n’a jamais été co-rédacteur de la Déclaration des droits de l’homme, il l’a reconnu lui-même! Arrêtez donc de répéter bêtement tout ce que vous lisez dans Wikipédia, c’est énervant.

    Sinon, ce vieillard odieux et m’as-tu-vu m’insupporte, avec sa manière de confisquer la Résistance, de faire parler les morts par sa bouche, tout cela pour mener son ignoble combat antijuif.

  2. @Didier Goux

    Les éléments que j’ai concernant sa participation à la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme ne me viennent pas de Wikipédia, mais de la note de l’éditeur. J’ai lu des choses contradictoires à ce sujet, en effet !

    Quant à son combat antijuif que vous lui attribuez, là, je crois que vous déraillez sévère !

  3. Antijuif, je maintiens. Vous pouvez appeler ça « antisioniste » si vous avez peur des mots, mais ça revient au même : c’est bien ce bon vieil antijudaïsme de gauche qui est à l’œuvre chez ce vieux clown.

  4. @Didier Goux

    Ne confondez pas les éructations de quelques braillards de la blogosphère et d’ailleurs avec la gauche dans ce pays. Au pouvoir, la gauche de gouvernement – mais s’agissait-il bien de la gauche – s’est toujours rapprochée de l’État hébreu.

    Comme vous avez pu le lire, je n’accepterai jamais le parallèle qu’établit Stéphane Hessel – et d’autres – entre la résistance à la barbarie nazie et celles des Palestiniens gazaouis du Hamas face à Tsahal. Il y a, là, un problème de nature.

    Que vous n’aimiez pas Stéphane Hessel, c’est une chose. Mais de là, à ce qu’il confonde judaïsme et sionisme… Même s’il a 93 ans, il ne gatouille tout de même pas à ce point !

  5. Que le bonhomme indigne par les parallèles qu’il ose établir entre des situations qui n’ont rien en commun est le moins que l’on puisse dire. Par ailleurs, il n’est effectivement pas le co-rédacteur de la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Et s’il l’avait été celà changerait-il quelquechose à ses prises de positions actuelles? Rien de mon point de vue. J’ai lu comme bon nombre de personnes le petit opuscule à 3€ au titre mobilisareur « Indignez-vous »! Comme dit l’autre ça ne casse pas 3 pattes à un canard. Ce qui, en revanche, m’indigne c’est le tintamarre qui a été fait autour ces quelques pages qui n’en valent vraiment pas la peine et qui a finit par me laisser tenter de lire. J’ai le sentiment très net d’avoir été abusé.