La voix militante de citoyens d'ici et d'ailleurs

Retour sur la défaite de Ségolène Royal !

Par      • 7 Mai, 2007 • Catégorie(s): Elections  Elections   Points de vue  Points de vue    

La défaiteAdhérent au Parti socialiste depuis octobre 2005, membre de Désirs d’avenir, de Rénover Maintenant, secrétaire de section, j’ai de nombreuses choses à dire sur ma perception de cette défaite.

Militantisme

Le Parti Socialiste a décidé au printemps 2006 de s’ouvrir… s’ouvrir à la diversité qui compose la société française. La campagne à 20 euros nous a permis de compter de très nombreux nouveaux adhérents : 105000 sur 225000. Je tiens à souligner le dédin dont ont été victimes ces militants et l’absence d’esprit de camaraderie dont nous avons pu être victimes au sein du Parti Socialiste. L’arrivée de ces nouveaux adhérents n’a que peu ou prou rajeuni le Parti. Le paradoxe, aujourd’hui, est que les cadres de ce Parti issus du congrès du Mans ne comptent aucun représentant de ces nouveaux militants.

Secrétaire de section, j’ai très vite compris qu’il fallait faire la part des choses entre le statut de l’adhérent et celui du militant. Comptant un vivier de sympathisants et d’adhérents de plus de 30 personnes, nous n’avons pu compter réellement que sur un noyau de 4 personnes pour faire le boulot !

Il ne s’agit pas ici de stigmatiser. Il s’agit de faire le constat de notre réalité. L’engagement militant est à géométrie variable. Engagé au niveau fédéral aux côtés de José, il faut que nous trouvions des réponses. Le plus vite sera le mieux si nous ne voulons pas voir les nouveaux adhérents quitter le Parti après les législatives qui, à n’en pas douter, viendront consolider la nouvelle majorité présidentielle.

Elephants, courants et autres considérations

La structuration du Parti Socialiste en courants est, en réalité, parfaitement factice. J’aimerai que vous m’expliquiez ce qui fait la différence entre Peillon et Montebourg, entre Emmanuelli et Fabius, entre Jospin et Strauss-Kahn. Les courants ne sont que des écuries – ou écuelles – présidentielles, des écuries à perdre. C’est tout le mérite de Ségolène Royal de l’avoir compris et c’est le mérite des militants de l’avoir soutenue dans la campagne interne.

Pour ma part, cette personnalisation outrancière, je l’ai vécue au sein de Rénover Maintenant. Pour vous en rendre compte, il vous suffit de visiter le site Internet de ce courant. C’est pathétique sachant que, au niveau de l’Eure, nous avons eu aucun contact direct avec Arnaud Montebourg. Nous ne sommes pas des supporters. Nous sommes des militants qui entendons prendre toute leur place dans un Parti et contribuer à la production d’un projet. Pour ma part, j’ai décidé, pour indiquer toute ma réprobation, face à cette dérive d’une personnalisation outrancière de quitter Rénover Maintenant. Je le fais sans colère. Je souhaitais le faire au terme de cette période électorale.

Et puis, disons le… Le vrai-faux engagement des éléphants aux côtés de Ségolène Royal a été sans doute le plus mauvais choix de la campagne. Le rejet dans la population des mammouths préhistoriques du Parti Socialiste, l’image qu’il donne d’un gauche caviar à contre-courant des nos valeurs et nos idées nous ont profondémment désservi. A l’exception notoire de Vincent Peillon, leurs approximations, leur recherche de bons mots face à des interlocuteurs de l’UMP affutés sur leurs dossiers ont fait pschittt. Là encore, je pense tout particulièrement à Arnaud Montebourg. On ne parle pas à la population française comme on parle à un parterre de militants socialistes. La méconnaissance de l’entreprise, des dossiers économiques de la part de l’aristocratie naissante du Parti Socialiste a renforcé le procès en incompétence dont a été très injustement victime Ségolène Royal. A contre-sens du projet socialiste, nos élites locales ont construit leurs argumentaires sur les thèmes éculés de la gauche : relance par la demande, augmentation de la demande… laissant de côté la panne de l’appareil productif français pourtant souligné dans notre projet.

Nous avons la responsabilité collective de la défaite. Face à la période de la glaciation qui s’ouvre pour la gauche, nous devons bouger, imaginer, réinventer et au final migrer sans chercher à nous arrimer à la laine protectrice de ces mammouths en panne.

Le projet socialiste

La production de notre projet fut une grande mascarade. Annoncé pour début juillet, le débat fut soudain écourté. Les filtrages à tous les niveaux ne permirent pas à notre Parti de renouveller le matériau idéologique dont la gauche avait tant besoin. Notre section a fait de nombreuses propositions d’amendements. Les conditions d’organisation du débat ne permirent pas d’en discuter véritablement. Nous fumes même taxés de ne pas respecter les lignes. C’est là que je pris conscience de la nature conservatrice du Parti Socialiste. Un parti en panne… en panne d’imagination qui n’accepte que peu ou proue la différence et notamment les nouveaux militants ! Ces militants à 20 euros ! La volonté de synthèse imprimée par la direction du Parti s’est soldée par la production d’un projet a minima permettant aux uns et aux autres d’interpréter comme ils l’entendaient le contenu de propositions informes et inaudibles.

Nos alliés de la gauche plurielle

L’engagement du PRG, du MRC auprès de Ségolène Royal a été sans faille. Quant à nos anciens alliés de la gauche plurielle, ils n’ont eu de cesse que de taper sur notre projet, sur notre candidate. Pour ma part, je crois qu’il est parfaitement illusoire de chercher à tout prix à parler et à négocier avec des partenaires peu respectueux de l’identité de l’autre qui, en final, alimentent en permanence l’argumentaire des adversaires de la gauche. L’appel à voter Ségolène Royal au 2ième tour est un soutien à minima qui ne nous fera pas oublier tous les torents de critique qui ont contribué, in fine, à un mauvais report de voix de la gauche de la gauche sur notre candidate. Marie-George Buffet et Dominique Voynet, malgré elles, ont été les artisans actifs de la défaite de la gauche par l’irréalisme de leurs propositions ! A Brionne, nous avons eu l’occasion de mesurer toute l’hostilité de nos « partenaires » (adversaires ?) communistes.

Longueur et langueur d’une campagne

La campagne interne a eu des effets dévastateurs qui ont pesé sur le résultat du 6 mai. Aidés, parfois malgré eux, par les brigades mélenchonnistes et fillochiennes, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn ont montré toute leur capacité de nuisance. Quelle ironie de l’histoire de voir l’alliance objective de gens si différents ! En nourrissant le procès en incompétence lors de la campagne interne, ils ont fourni tout le matériau nécessaire à la droite pour taper durement sur Ségolène Royal. Occupés autour de leurs conventions, les militants Ump n’ont même pas eu d’efforts à fournir pour construire leur argumentaire. La victoire de Ségolène Royal fut une victoire à la Pyrrhus. L’épuisement collectif dans lequel nous sommes sortis de ce combat, la rupture dans sa campagne liée à la reprise en main par l’appareil nous ont été fatals. Pour la plupart d’entre nous, nous avons vécu cette campagne comme des vaches regardent les trains passer.

Voie Militante Voie Militante

4 Réponses »

  1. Je suis écœuré et dégoûté. Je rêvais tellement à un avenir meilleur….Les législatives sont déjà perdu sauf miracle. Cela fera donc 5 ans de plein pouvoir, si tout va bien. Mais malheureusement, je pense qu’ils sont là pour 10 ans. La gauche est incapable de s’unir !!! Seul le PRG et MRC se sont ralliés à Ségolène. Je doute que les dinosaures du PS la soutiennent jusqu’en 2012. Ce qui rajoutera automatiquement 1 candidat pour le PRG et un autre pour le MRC en 2012. Le 21 avril 2002 sera bien oublié d’ici là, nous assisterons donc une nouvelle fois à une division et à un affaiblissement de la gauche déjà bien fragile. J’ai posté un message sur le forum lesjeunespoursegolene.net demandant l’avis de gens sur la création d’un parti quasi unique à gauche regroupant le PS, le PRG, le MRC, les Communistes et les Verts. Pour l’extrême gauche c’est certainement plus compliqué. Mais je n’ai eu comme retour que des critiques. Avec des gens d’une ouverture d’esprit aussi étroite, nous n’arriverons à rien. Il faut arrêter de vivre chacun dans son coin. L’UNION fait la force et non la division ! Je suis déçu à un point inimaginable. En 2002, je n’avais que 19 ans donc cela ne m’a pas fait le même effet. Mais je me suis investi et j’ai milité pour cette campagne. Le rêve a prit fin brutalement hier soir. Pourquoi le rêve ? Car la Gauche au pouvoir est pour moi du domaine du rêve. Nous somme dans un pays ou l’égoïsme fait rage ! Les résultats le disent. La population préfère travailler plus / gagner plus et le Ministère de l’immigration et de l’identité national que la solidarité, le partage du travail et des ressources.

    1 Français sur 2 pratiquement a choisi Sarkozy donc quand tu croiseras quelqu’un dans la rue tu auras le choix de penser entre :

    – C’est un mouton. Il ou Elle a voté sans connaître le programme et le risque de mettre Sarko au pouvoir ou d’un autre candidat
    – C’est un facho. Le Ministère de l’immigration et de l’identité national l’a convaincu
    – C’est un égoïste. Il veut travailler plus et gagner plus, dommage pour son voisin s’il crève de faim

    Bref, pour le moment j’ai du boulot, je vais en profiter.

  2. D’accord avec ta vision de la France. D’accord avec ta vision de la gauche de la gauche.

  3. bien qu’étant du PRG, je suis d’accord avec votre analyse . je mets un lien sur votre blog dans le mien en esperant que nous serons entendus….

  4. @gloub46

    Encore faut-il en avoir le temps, l’envie et l’énergie ! Je crois que la réforme dépasse le cadre du Ps. Elle concerne toute la gauche.