La voix militante de citoyens d'ici et d'ailleurs

Profession : organisateur de la misère sociale !

Par      • 7 Juin, 2008 • Catégorie(s): Points de vue  Points de vue    

La vie professionnelle est « riche » de rencontres d’individus auxquels nous serions spontanément tentés de mettre notre poing dans la figure. L’abjection de leurs mots et de leur pensée reptilienne – même si l’époque tend à nous y habituer – me plonge parfois dans un état catatonique.

Cette semaine, j’ai fait la rencontre de l’un de ces cadres de SSII qui, tout de go, m’expliquait la grandeur d’âme de l’entreprise qui l’employait. Soucieuse de modérer ses coûts salariaux, la dite entreprise recrute de jeunes diplômés, tous universitaires à Bac +5. Durant 2 mois, elle les forme sur un mode quasi para-militaire s’appuyant sur des instructeurs chargés de faire passer la bonne parole : il ne faut pas compter ses heures; le client est roi; tous en uniformes : costume-cravate pour ces messieurs et tailleur pour ces dames. Cette formation est co-financée par vous et moi, sous forme de contrat de professionnalisation faisant l’objet d’exonérations de charges patronales. Du fait de fortes tensions sur l’emploi liées à la pyramide des âges, l’objectif de l’entreprise est de maintenir un sous-prolétariat (selon les mots de mon interlocuteur) – entendez une main d’œuvre corvéable à merci – le plus longtemps possible. Afin d’éviter un départ anticipé au bout de 2 ans, cette brillante entreprise française réinjecte les jeunes en formation au bout de 18 mois afin de prolonger leur saison en enfer avec une légère augmentation de salaire pour leur faire miroiter l’eldorado tant attendu. Au bout de 3 ans, la grande majorité de ces jeunes, écœurés, harassés décident de quitter l’entreprise.

En parallèle, l’entreprise soucieuse de maintenir la pression salariale vient d’acheter – selon les termes de mon interlocuteur – 5000 programmeurs indiens. En Inde, les vaches ont sans doute plus de valeur que les hommes !

Quand je suis entré dans son bureau, ce cadre-instructeur de cette grande SSII téléphonait à un de ses proches. Ses mots semblaient doux et tendres. Quelques secondes après, il me broyait la main d’une poignée virile, me faisait asseoir sur un siège volontairement plus bas que le sien et échangeait avec ses collègues de passage sur un ton qui faisait rejaillir le rapport de force permanent.

Pauvre type qui me rappelle ce directeur financier rencontré dans les années 1990 chargé de liquider, par le concurrent devenu actionnaire majoritaire, l’entreprise dans laquelle il travaillait alors que le directeur du site n’en était même pas informé !

Voie Militante Voie Militante

Tags : , ,

4 Réponses »

  1. Evocation saisissante,mon cher Denis,à vous glacer les os…
    On pourrait presque l’imaginer
    tout droit sortie d’une mauvaise série télévisée et pourtant elle très représentative de la réalité.Une réalité qui n’est pas nouvelle,ce que nous savons tous très bien.En peu de mots,saisissant et tristement banal…Mais que toi le dises avec autant de lyrisme,de contemplation méthodique et lucide,toi qui loues tour à tour avec une constance désarmante les plus influents de nos libéraux,comment peux-tu entretenir en toi meme un tel paradoxe?Penses tu sérieusement
    qu’on puisse avec un Delanoe contrecarrer le type de société que tu viens de stygmatiser.
    J’évoquais dans un précédent billet notre funeste abandon de la lutte des classes.Ton sujet
    lui au moins ne s’y trompe pas.Il en invente meme une nouvelle:LE SOUS-PROLETARIAT
    Mais je ne désespère pas de mes camarades socialistes surtout lorsqu’ils sont comme toi encore
    capables de lucidité et d’indignation.Ceci dit, le temps court Denis, de meme que la souffrance…
    Bien à toi.

  2. Je crois que Delanoë parlait d’un tout autre libéralisme. Ne faisons pas de contre-sens et évitons, encore une fois, de nous tromper d’adversaire.

    Je partage ton regard et, oui, le temps court à faire fondre le monde et l’humanité avec. Le capitalisme financier instrumentalise le symbolisme de la richesse des uns en faisant oublier toute la misère sociale organisée des autres.

    Comme tu l’as vu, ma capacité d’indignation reste intacte. Elle le restera comme elle l’a pu l’être en 1984. Il faut avoir un regard lucide sur ceux qui représentent aujourd’hui la gauche de gouvernement. Nous en sommes.

    Merci de ce commentaire.

  3. J’ai travaillé 10 ans en SSII et je confirme l’existence de ces méthodes que seule une volonté politique pourraient stopper via des lois et des moyens applicables.

  4. @Christophe Beau

    Merci de ce message. Je me sens moins seul. ;+) Bonne année.