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Mon 10 mai 1981

Par      • 10 Mai, 2011 • Catégorie(s): Mémoire  Mémoire    

J’avais 17 ans et, cette année-là, très mobilisé par une poussée d’hormones, mes résultats scolaires ne furent pas très à la hauteur de ce qu’ils avaient pu être par le passé. Ce fut une année délicieuse, au cours de laquelle je fis la rencontre  de la mère de mon fils aîné, Valentin.

Deux manières de faire de la politique : celle de Michel Rocard et celle des autres !Nous vivions alors à Caudebec-les-Elbeuf, Résidence les Fleurs, au 3e étage d’un appartement dont mes parents s’étaient rendus propriétaires. Mon père, mécanicien ajusteur devenu VRP en outils diamantés, après avoir été vaguement gaulliste au moment de la guerre d’Algérie alors qu’il était mobilisé, opta très vite pour la gauche non communiste. Pour ma mère, agent du trésor et fille de gendarme, j’ai jamais su vraiment ce qu’elle avait voté le 10 mai 1981. De toute façon, je n’ai jamais rien su et voulu savoir de ce qu’elle avait pu vraiment voter dans sa vie. C’est ma mère et c’est tout.

Coincés entre le 2e étage où vivait un gendarme en retraite, très à droite, et le 4e où vivait un VRP gaulliste dont la femme adhéra par la suite au RPR, à 20 h 00, le 10 mai 1981, ce fut l’explosion de joie dans la famille Szalkowski. La tête désolée de Jean-Pierre Elkabbach, connu à l’époque pour ses sympathies giscardiennes, nous avait permis d’anticiper.  Ailleurs, c’était, dans cet immeuble de petits propriétaires, silence et désolation. Nous pensions alors bêtement que tout allait changer : les nationalisations, les 39 heures, les 5 semaines de congés payés, les lois Auroux, l’abolition de la peine de mort. Gros quinquin était à la barre et les patrons allaient voir ce qu’ils allaient voir.

Et, avec lui, déjà, le déluge

Et puis, dès 1984, le désastre commença, inexorablement.  Mitterrand devenu socialiste le temps de gagner une élection redevint l’homme qu’il avait toujours été. Par son comportement politique, celui d’un monarque malade et vieillissant, il s’affranchit de  l’idée de la gauche, en la saccageant définitivement ! Dans un hommage que je rendais à Michel Rocard en janvier 2009, j’écrivais alors :

« Il y a deux manières de faire de la politique : celle de Michel Rocard et celle des autres. Je préférerai toujours celle de Michel Rocard. »

De cette période, je conserve toutefois une image positive de François Mitterrand,  la seule, celle où il serra la main d’Helmut Kohl le 22 septembre 1984 à Verdun.

Crédit photos : le blog de Sylvain Rakotoarison, canempechepasnicolas,

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12 Réponses »

  1. Merci de ce témoignage.

  2. Mon 10 mai 1981, je l’ai passé sur un lit d’hôpital à Evreux à deux pas de la place de l’Hôtel de Ville. Copines et copains déboulaient dans ma chambre le champ’ à la main alors que je devais rester à jeun… J’avais voté Bouchardeau au premier tour et ne regrettais pas mon vote du matin pour virer VGE et ouvrir d’autres perspectives…

    Sept ans avant, j’étais également sur un lit d’hôpital, à Dreux Eure et Loir (ça vous dit quelque chose, non), et j’avais fait la campagne de Mitterrand, au sein du PSU, bien qu’étant trop jeune de 6 mois pour voter. Nous y croyions ! Je me souviens aussi de la tête du sale con qui, peu après 20 heures, rentrait dans ma chambre pour m’administrer une ponction lombaire (aïe aïe aïe) et qui pour me préparer m’infligeait un péremptoire « tu vois, ton lit y s’ra jamais rouge ! » Ca assomme !

    Quelques mois plus tard, vous l’aurez compris, je ne suivais pas Rocard dans son ralliement au PS dont je pense qu’il a scellé la fin des espoirs d’une autre conception de la politique pour longtemps. Fini la 2ème gauche…

    Aujourd’hui, je commémore le 10 mai 1802 et l’appel de Louis Delgrès « A l’univers entier le dernier cri de l’innocence et du désespoir » : http://ow.ly/4QUxB
    Amitiés, Denis !

  3. Je vous trouve très dur à l’encontre de Mitterrand en fin de post…
    Trop d’espoirs déçus ???? ou plutôt trop d’espoirs ????

    Pour ma part, je n’étais pas beaucoup plus vieux que vous en 81 (25 ans), mais le meilleur souvenir que j’ai de cette période, c’est simplement la libération de la parole… Et seulement cela, c’est monumental… (Tout comme, d’ailleurs, cette soirée du 10 mai 81 dans les rues de Belfort… Rien que du bonheur…)

  4. @Olivier

    Je pense qu’elle avait commencé singulièrement à se libérer sous Giscard. C’était aussi dans l’air du temps. La politique n’est-elle pas un mode d’accompagnement du temps qui passe, comme le croyait Chirac ?

    NB Déçu de Mitterrand ? Je n’en attendais rien, à vrai dire.

  5. @Denis,
    A 17 ans tu n’en n’attendais rien ? Au même âge, bien que jugeant insupportables les propos des 4 de la bande, tout sentait le vieux, et pourtant, j’ai été galvanisé par l’espoir qui émanait des plus vieux que je respectais.
    A ce niveau d’espoir, c’était moi qui demandais trop, qui m’égarais dans mes demandes, il suffisait d’ouvrir les oreilles et d’écouter le monde qui craquait.
    On a changé le papier-peint. Et ça en fait un bruit, tellement il était sec, quand on a retiré l’ancien papier-peint.
    En 2012, on le rechange, on remet une couche par dessus. Ça fait moins de bruit, pis ça isole un peu déjà. Plus on mettra de couches, plus il y aura d’isolement.