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Le SMIC à 1500 € : que vont dire les économistes en « peaux de lapin »

Par      • 3 Juil, 2006 • Catégorie(s): Divers  Divers    

C’est la nouvelle expression de F. Hollande pour qualifier les économistes, les experts de tout genre. Pour autant, il s’en inspire.

Le smic à 1500 €: c’est 1 choix déterminant, 1 volonté affichée.

Certains diront qu’en 5 ans, le smic aurait de toute façon atteint ce seuil. Que nenni ! La hausse du smic est loin d’être une chose programmée et automatique. (même si des règles de progression du salaire minimum existent puisque chaque mois de juillet, il augmente dans une proportion au moins égale à la hausse moyenne du pouvoir d’achat enregistré). Et puis, si c’était le cas, pourquoi faire du smic à 1500 € un objectif ?

En fait, derrière cette mesure on devine clairement une politique de relance Keynésienne de l’économie. Ca veut dire quoi ? Une relance de la consommation, en particulier par la hausse des bas salaires, permet d’accroître le pouvoir d’achat des ménages. Cela stimule la demande de biens et la croissance pouvant entraîner des embauches supplémentaires.
Pourquoi n’y avait-on pas pensé avant, ça paraît si simple ? : en fait cette théorie a subi de sérieux revers dans les années 70 et 80. Les écueils sont les suivants: si la relance de la consommation par 1 injection de monnaie (hausse des bas salaires) intervient au moment où les entreprises sont techniquement incapables de répondre par 1 offre supplémentaire, elles augmentent leurs prix et génèrent de l’inflation. L’augmentation initiale des salaires ne sert plus à rien car la hausse des prix a grignoté le gain ponctuel de pouvoir d’achat.

En outre, le deuxième risque est de voir la demande se tourner vers les importations au détriment des produits nationaux. C’est le comble car l’effort national profite à nos concurrents étrangers. Enfin, si ce scénario inflationniste se produit, ce sera d’autant plus dur de faire face à la concurrence des biens étrangers avec des prix nationaux élevés.
Des économistes comme Samuelson ou Lipsey (années 60) pensaient avoir trouvés une relation entre le chômage et l’inflation et que l’on pouvait, d’1 certaine façon, choisir entre ces 2 maux. Il n’en est rien ! On a les deux, dixit Friedman et Lucas (maîtres à penser de l’école néoclassique qui inspire largement le médef et l’UMP).

C’est un vrai choc des cultures que nous propose le PS. Car à l’opposé, les théories libérales estiment que le chômage trouve son origine dans des salaires supérieurs à la productivité marginale du travail (réelle). En clair, aujourd’hui cela signifie, qu’en France, la source du chômage réside dans le coût trop élevé d’embauche pour les bas salaires d’où une politique de baisse des charges et de contrats aidés qui est menée depuis des années par la droite (mais aussi par la gauche dans une moindre mesure).

Qui a raison alors ? Le PS, mais à la condition d’agir à plein sur les mesures favorisant l’investissement afin de réaliser des gains de productivité substantiels dans la production, la vente, le transport, le stockage, etc … Pour être compétitif, répondre à la demande et maîtriser l’ inflation en tirant les prix vers le bas. C’est justement la théorie du « déséquilibre » prônée par Malinvaud. Celui-la même qui participa à cette célèbre étude qui constatait qu’empiriquement la moitié de la croissance était liée au progrès technique.

Ce lien existe dans le projet du PS puisqu’une réelle volonté est affichée de favoriser les investissements. Mais encore faut-il le dire. Or dans le projet ce n’est pas le cas. Cette relation est implicite.

Peut être par ce qu’il s’agit d’un sacré pari plus osé qu’on ne veut bien le dire. Cette même vision de l’économie qui avait durement échoué en 1981-82 avec la politique de P. Mauroy suivie de celle « d’austérité » menée par Fabius pour rétablir la situation. Cet échec ne doit pas se reproduire (le contexte internationale ne s’y prêtait pas du tout à l’époque… Aujourd’hui c’est différent). Car à mon avis, c’est à partir de là que le sentiment des électeurs français a évolué au point de ne plus faire de distinction entre la gauche et la droite. L’idée que de toute façon c’est la même politique… celle du marché.
Avec une approche keynésienne ou tout du moins avec une dose bien sentie, l’Etat retrouve son rôle de régulateur visant à gommer les excès et les insuffisances du marché.

En conclusion, derrière ces 1500€ se joue un vrai débat de fonds où les « peaux de lapin » ont encore de beaux jours devant eux.

Arnaud militant PS au Neubourg
(qui profite de l’invitation de Denis de participer à ce blog)

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Une Réponse »

  1. Bienvenue dans le Club des « peaux de lapin ». Mercredi dernier, nous avons recontré nos partenaires de la gauche plurielle. Les communistes et la LCR réclament à tue-tête le Smic à 1500 euros pour 2007. Tout… tou de Suite. Cela représente une hausse de plus de 19%. Je leur ai expliqué que les entreprises françaises, en économie ouverte, ne pourraient pas le supporter. Le Smic à 1500 euros avant la fin de la législature, c’est une hausse minimale de 3.6%. Il faut prendre en compte que la hausse du Smic, c’est aussi la hausse de tous les salaires. Le danger d’une hausse trop brutale est aussi de constituer une énorme trappe à bas salaire, de figer tous les salaires. Ils ont alors fait référence à 1936, une époque où l’économie n’était pas réellement ouverte.

    PS Merci d’indiquer la référence des propos de François Hollande. Je ne l’ai vue nulle part.