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Jean Peyrelevade et les truismes de la pensée dominante

Par      • 25 Jan, 2008 • Catégorie(s): Divers  Divers    

Jean Peyrelevade Sur WikipédiaJean Peyrelevade, ancien « socialiste », appartient aujourd’hui au Modem. Il était hier l’invité de l’émission du Grain à Moudre sur France Culture pour commenter le rapport Attali et pour exposer sa propre vision sur les raisons de la faiblesse de la croissance française. Tout est relatif en ce domaine puisque, comparé aux autres pays européens, la croissance française est sur les dix dernières années de 2.1% en moyenne.

Première vérité vraie assénée par l’ancien Président du Crédit Lyonnais : la production de richesse est le fait exclusif de l’entreprise. Faux et archi faux. Il existe un secteur marchand et aussi un secteur non marchand. Or, que ce soit dans les familles, au travers des associations ou encore des collectivités territoriales et des services de l’Etat, le secteur non marchand produit de nombreuses richesses dont l’indicateur du PIB mesure assez mal la valeur… marchande. Le fait que, pour l’essentiel, ce secteur soit financé par les prélèvements obligatoires ne signifie pas qu’il ne produit pas de richesse de manière endogène.

Deuxième truisme d’une pensée dominante très convenue : c’est le déficit public qui concourt aux problèmes de croissance. Jean Peyrelevade, sans le dire explicitement, nous ramène à la vision monétariste de l’économie. L’État, par son déficit, contribue à la création d’un effet d’éviction qui tend à détourner l’épargne du secteur productif. D’autres économistes au premier desquels John Maynard Keynes nous ont montré que l’équilibre économique n’avait rien de spontané et qu’à vouloir laisser faire, l’économie ne produisait que du déséquilibre. D’où les politiques de régulation mises en œuvre durant les trente glorieuses qui ont permis, entre autres, une formidable période de croissance.

Troisième point de vue : les marges des entreprises sont insuffisantes, d’où la faiblesse de l’EBE (des profits pour faire vite), d’où la faiblesse des investissements. La faute à qui ? Aux charges bien sûr. Là-encore, Le point de vue du bon père de famille semble peser sur la vision de Jean Peyrelevade. En France, l’EBE a augmenté de 9.3% dans la répartition des revenus. Je m’en faisais l’écho récemment. Cette assertion est donc parfaitement fausse !!! Ce qui pose problème aujourd’hui, me semble-t-il, est l’utilisation de ces profits qui défie la vision marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit. La masse d’argent supplémentaire obtenue au travers l’exigence de rendement de 15% des actionnaires a servi, pour l’essentiel à gonfler des bulles spéculatives autour de l’immobilier et de la finance. Les profits sont détournés de leur vocation naturelle : l’investissement productif. Les déficits budgétaires permettent justement de corriger le déséquilibre structurel de l’économie capitaliste.

Jean Peyrelevade use et abuse d’une autorité morale qui ne l’empêche pas de nous asséner de sérieuses contre-vérités. Son diagnostic sur les raisons de la faible croissance de l’économie française est, de mon point de vue, à côté de la plaque.

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