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Coop-Pol : de l’intérêt du réseau social du Parti Socialiste

Par      • 4 Sep, 2009 • Catégorie(s): Blog  Blog    

Du haut de mon expérience de 3 ans au sein du Parti Socialiste, de mon engagement au sein de Désirs d’avenir et d’Europe Ecologie, de mon tropisme professionnel, l’annonce par Martine Aubry de la mise en chantier d’un réseau social, Coop-Pol, m’amène à m’interroger sur l’utilité sociale – et politique – dudit réseau.

Fonctionnement du Parti Socialiste

Le Parti Socialiste est très largement structuré autour de ses sections. Leur densité permet, du fait de la limitation statutaire de ses effectifs, aux militants de bien se connaître. Mais il manque à cette structure beaucoup d’horizontalité entre les militants des sections à l’échelon départemental et régional. Les sections cloisonnent le Parti Socialiste sur le périmètre local autour de baronnies mues par une logique de contrôle et de promotion sociale. Cette organisation permet d’ailleurs de faire du Parti Socialiste une véritable machine de guerre électorale sur le plan local et aussi un très mauvais outil de conquête pour les élections présidentielles et européennes. La volonté de contrôle telle qu’elle s’exerce sur les fédérations et les sections est-elle de nature à faire éclore l’horizontalité salutaire ?

Culture de l’Internet

Parti composé, pour l’essentiel, d’élus, de salariés des collectivités locales et de retraités issus des deux catégories précédentes, l’utilisation d’Internet pour une grande majorité se résume à la consultation des e-mails, l’utilisation de Google et la consultation de quelques blogs institutionnels. Par ailleurs, la culture du Parti Socialiste met en valeur le talent oratoire.  Or, quand l’homme gagne dans un domaine, c’est en général qu’il a perdu dans un autre. Autrement dit, les militants, en se consacrant à la parole, ont perdu, en partie, l’usage de l’écrit. L’arrivée de la vidéo permettra-t-elle de lever cet obstacle culturel ?

Formation des militants

La majorité des commissaires politiques qui sont en charge de la formation des militants n’ont pas tout compris de la place d’Internet dans la constitution de l’opinion. Autistes aux changements profonds de la société par leur statut de professionnel de la politique, ils ne perçoivent qu’une petite partie des enjeux. Dans ce cadre, comment la mise en place d’un réseau social peut-elle fonctionner si elle ne s’accompagne pas d’une formation des militants afin qu’ils puissent réellement s’approprier l’outil ?

Problème de périmètre

Dans la période récente, la France a connu trois expériences en matière de mise en œuvre de réseau social. Si Désirs d’avenir a su permettre la mise en réseau de militants en dehors de l’enceinte des partis, son orientation actuelle, l’évolution vers un mouvement de supporters voué à la promotion sociale et politique de son chef, ont eu pour effet d’éteindre l’activité militante. Du coup, le contenu du site en devient insignifiant, dédié intégralement à la gloire de son chef !!!

Aimez-vous les un les autres, nous disait-elle !

C’est aussi cette culture du chef qui est, de mon point de vue, constitutif de l’échouage en eaux profondes du réseau social mis en place par Nicolas Voisin sur le périmètre du MoDem de François Bayrou. Là-dessus, s’ajoute, dans le cas du MoDem, une autre complication : le MoDem est un parti dont les cadres restent pour l’essentiel ceux de la vieille Udf alors que les militants viennent à titre principal dans la période récente des déçus de l’écologie politique et des partis de gauche. Le « mélange » en est rendu extrêmement difficile. Je ne crois pas que le périmètre d’un réseau social puisse être celui d’un seul homme, d’une seule femme. Il s’agit là d’un contre-sens absolu qui s’ajoute à un élément culturel : les militants de gauche n’ont pas la culture du chef.

Europe Ecologie nous a permis de comprendre ce à quoi pouvait servir un réseau social : mobilisation militante, lieu d’organisation et d’échanges servant de tremplin à ceux dans la vraie vie, cellule de veille, diffusion d’informations sur la campagne… mise en réseau. Seulement voilà, une fois l’élection terminée, cet espace, malgré les tentatives de revitalisation, n’est plus approprié à la dynamique du mouvement. Il est figé sur un moment du passé. Le risque est alors de figer la dynamique. Le réseau social de militants est un espace fermé qui ne permet pas à lui-seul d’irriguer ou de polliniser la société.

Crédit photos : Embarquement e-media, e-agriculture, Saint Denys de la Chapelle

Voie Militante Voie Militante

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5 Réponses »

  1. très bon papier !

  2. Merci Marc.

  3. Denis, la logique voudrait que le réseau EE va servir de nouveau lors des régionales ? Beaucoup de militants ou de sympathisants ne s’activent qu’en cas de proximité avec un scrutin.

    Pour Coop-Pol, j’ai discuté avec ceux qui sont sur le projet: en principe, et c’est le point clé à surveiller, le verouillage local ne sera plus possible ou sera contournable. Je l’ai expliqué chez moi.
    http://www.intox2007.info/index.php?post/2009/08/31/Coop-Pol-le-vice-dans-la-rose

  4. Mon cher Denis,
    Qu’est-ce que vous en avez à faire de tout cela, puisque vous avez quitté le Parti Socialiste? Le fait que vous soyez resté planté sur le pourquoi du comment, m’incite à vous poser la question: « En avez-vous terminé avec le PS, de manière nette et tranchée, ou n’était-ce qu’une posture? Les lecteurs de vos papiers se posent la question car vous y revenez sans cesse. Si vous êtes passé à autre chose, par exemple l’écologie, parlez-nous d’elle et laisser tomber votre ancien parti qui n’a pas su prendre la mesure de votre engouement pour lui. Prenez la résolution de ne plus parler du PS, de ne plus le citer, de vous abstenir d’exégèses en tout genre le concernant. Si dans 90 jours cette situation était, pour vous, intenable c’est que le Parti vous manque. Dès lors il vous faudra y retourner et vous battre à l’intérieur pour briser les faux-culs, faux-nez, bourgeois de gauche, donneurs, permanents, de leçons. Si vous vous acharnez vous finirez par l’emporter. Mais de grâce, n’hurlez plus sous les fenêtres d’une maison qui n’est la vôtre, car ses habitants, à l’intérieur, rient de vous savoir malheureux.

  5. @José

    Ce billet est une synthèse d’une expérience dont je ne suis pas nostalgique, sachez-le. Depuis Nîmes, je parle beaucoup d’écologie. Nîmes m’aura permis de ne plus faire de contre-sens. Quand j’étais au Ps, j’en parlais déjà.

    Mais vous savez, José. Si catégoriser est une forme d’intelligence, je crains que de vouloir enfermer une personne dans une catégorie ne permet pas de l’appréhender dans sa complexité. Mon combat personnel est peut-être très transversal et concerne de mon point de vue l’ensemble de la gauche politique à laquelle j’appartiens et j’appartiendrais toujours.

    Comme vous le savez, je suis notamment référenceur et web e-marketer. Je m’intéresse de plus en plus à la manière dont se construisent l’opinion et l’imaginaire. Dans les billets précédents, j’évoquais ce qui me semblait être une stratégie de Pierre Bergé. Au vu des commentaires, je pense avoir fait mouche. J’ai même appréhendé un autre mécanisme qui m’avait échappé.

    Ce billet n’est pas un cri et sachez que je ne suis pas spécialement malheureux. Je vous remercie d’ailleurs de vous en inquiéter. ;+) Il peut être vu davantage comme une feuille de route et aussi des pistes pour ce qui doit suivre Europe Écologie qui a été une expérience extrêmement enrichissante.

    A le relire (votre point de vue m’ayant interpellé), ce billet me semble plus s’inscrire dans un registre professionnel. Ça peut parfois m’arriver, y compris sur Voie Militante. Depuis 4 ans, je travaille autour d’un système de veille et je suis sur le point de le finaliser. La politique m’y aura fortement aidé.