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Le bon sens de William Blake !

Par      • 13 Août, 2011 • Catégorie(s): Littérature  Littérature    

En France, les gens ont tendance à être rebutés par tout ce qui vient de la Perfide Albion… Réflexe pavlovien au vu d’un passé historique douloureux ou jalousie face à la fantaisie et au brin de folie des rosbifs ? Toujours est-il que certains artistes britanniques sont méconnus ou mal connus dans l’Hexagone.

William Blake était un peintre, poète et graveur de talent ! Visionnaire, il proclamait la suprématie de l’imagination sur le matérialisme et le rationalisme qui dominaient le XVIIIe siècle. Il écrivait, illustrait et imprimait lui-même ses livres. Il refusait la morale chrétienne et le dogmatisme religieux. C’était un rêveur et un libertaire, un être fantasque.

Son oeuvre mérite d’être mieux connue, et notamment Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, traduit par André Gide et qui contient Les Proverbes de l’Enfer, que je partage avec vous.

Les Proverbes de l’Enfer :

Dans le temps des semailles, apprends ; dans le temps des moissons, enseigne ; en hiver, jouis.

Conduis ton char et ta charrue par-dessus les ossements des morts.

Le chemin de l’excès mène au palais de la Sagesse.

Prudence est une riche et laide vieille fille à qui l’incapacité fait la cour.

Le Désir non suivi d’action engendre la pestilence.

Le ver que coupe la charrue, lui pardonne.

Celui qui aime l’eau, qu’on le plonge dans la rivière.

Un sage ne voit pas le même arbre qu’un fou.

Celui dont le visage est sans rayons ne deviendra jamais une étoile.

Des ouvrages du temps l’Éternité reste amoureuse.

La diligente abeille n’a pas de temps pour la tristesse.

Les heures de la folie sont mesurées par l’horloge, mais celles de la sagesse aucune horloge ne les peut mesurer.

Les seules nourritures salubres sont celles que ne prend ni nasse ni trébuchet.

Livre de comptes, toise et balance – garde cela pour les temps de disette.

L’oiseau ne vole jamais trop haut, qui vole de ses propres ailes.

Un corps mort ne venge pas d’une injure.

L’acte le plus sublime, c’est de placer un autre avant soi.

Si le fou persévérait dans sa folie, il rencontrerait la Sagesse.

Insanité, masque du fourbe.
Pudeur, masque de l’orgueil.

C’est avec les pierres de la Loi qu’on a bâti les prisons et avec les briques de la religion, les bordels.

Orgueil de paon, gloire de Dieu ;
Lubricité du bouc, munificence de Dieu ;
Colère du lion, sapience de Dieu ;
Nudité de la femme, travail de Dieu.

L’excès de chagrin rit ; l’excès de plaisir, pleure.

Le rugissement des lions, le hurlement des loups, le soulèvement de la mer en furie et le glaive destructeur, sont des morceaux d’éternité trop énormes pour l’œil des hommes.

Renard pris n’accuse que le piège.

La joie féconde, la douleur accouche.

Que l’homme vête la dépouille du lion ; la femme, la toison de la brebis.

A l’oiseau le nid ; à l’araignée la toile ; à l’homme l’amitié.

Le fou égoïste et souriant, et le fou morne et renfrogné, seront tenus tous deux pour sages, et serviront de verge et de fléau.

Évidence d’aujourd’hui, imagination d’hier.

Le rat, la souris, le renard, le lapin, regardent vers les racines ; le lion, le tigre, le cheval, l’éléphant regardent vers les fruits.

Citerne contient, fontaine déborde.

Une pensée, et l’immensité est emplie.

Sois toujours prêt à dire ton opinion, et le lâche t’évitera.

Tout ce qu’il est possible de croire, est un miroir de vérité.

L’aigle jamais n’a perdu plus de temps, qu’en écoutant les leçons du corbeau.

Le renard se pourvoit, Dieu pourvoit au lion.

Le matin, pense ; à midi, agis ; le soir, mange ; la nuit, dors.

Qui s’en est laissé imposer par toi, te connaît.

La charrue ne suit pas plus les paroles que la récompense de Dieu les prières.

Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir.

N’attends que du poison des eaux stagnantes.

Celui-là seul connaît la suffisance, qui d’abord a connu l’excès.

Souffrir les remontrances du fou : privilège royal.

Yeux, de feu ; narines, d’air ; bouche, d’eau ; barbe, de terre.

Pauvre en courage est riche en ruse.

Le pommier pour pousser ne prend point conseil du hêtre ; ni le lion, ni le cheval pour se nourrir.

Aux reconnaissants, les mains pleines.

C’est parce que d’autres ont été fous, que nous, nous pouvons ne pas l’être.

L’âme du doux plaisir ne peut être souillée.

Si plane un aigle, lève la tête ; tu contemples une parcelle de génie.

De même que la chenille choisit, pour y poser ses œufs, les feuilles les plus belles ; ainsi le prêtre pose ses malédictions sur nos plus belles joies.

Pour créer la moindre fleur, des siècles ont travaillé.

Malédiction tonifie ; Bénédiction lénifie.

Le meilleur vin, c’est le plus vieux ; la meilleure eau, c’est la plus neuve.

Les prières ne labourent pas ! Les louanges, ne moissonnent pas ! Les joies, ne rient pas ! Les chagrins, ne pleurent pas !

Tête, le Sublime ; cœur, le Pathos ; génitoires, la Beauté ; pieds et mains, la Proportion.

Tel l’air à l’oiseau, ou la mer au poisson, le mépris à qui le mérite.

Le corbeau voudrait que tout soit noir, et le hibou que tout soit blanc.

Exubérance, c’est Beauté !

Le lion serait rusé, si conseillé par le renard.

La culture trace des chemins droits ; mais les chemins tortueux sans profit sont ceux-là mêmes du génie.

Plutôt étouffer un enfant au berceau, que de bercer d’insatisfaits désirs.

L’homme absent, la nature est stérile.

La vérité, jamais ne peut être dite de telle manière qu’elle soit comprise et ne soit pas crue.

Suffisamment – ou davantage encore.

Ma citation préférée se situe dans Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, mais pas dans ces proverbes… « Ceux qui répriment leur désir sont ceux dont le désir est assez faible pour être réprimé. » et bon week-end !

Crédit photos : Wikipédia ; Evene.

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Une Réponse »

  1. Denis bravo et merci pour ces pensées de W.Blake qui méritent une nouvelle lecture moins rapide
    Le peintre m’était connu mais pas ses écrits. A bientot, Amicalement,René.

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