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L’effet Lucifer

Par      • 6 Sep, 2011 • Catégorie(s): Culture  Culture    

Dernièrement, ce documentaire est passé sur Arte. L’auteur utilise les résultats de l’expérience de Stanford pour tenter une explication sur ce qui s’est passé à Abu Grahim.

L’expérience de Stanford et Abu Ghraib

Philippe Zimbardo

L’Expérience de Stanford manque parfois de rigueur scientifique, nous y observons en effet un curieux  mélange avec l’expérience de Milgram (1).

Elle est très bien décrite dans cet extrait du film « I comme Icare ». (2)

Elle reste néanmoins très intéressante. Prisonniers pour la science (3)

Tout cela rappelle ce qu’a écrit Hannah Arendt dans son livre Eichmann à Jérusalem. Elle avait qualifié ce phénomène de « banalité du mal ». Elle soutenait que Eichmann loin d’être un monstre sanguinaire était en fait un type terriblement banal, un de ces milliers de petit fonctionnaires zélés de « l’extase bureaucratique » qui débranche son humanité pendant les heures de travail, ce qui n’enlève rien à sa culpabilité bien sur.

Sa thèse déplaît souvent car il est préférable de penser que seuls des monstres sont capables de choses monstrueuses, on se rassure en se disant le monstre c’est l’autre, ce ne peut être moi et les miens et ceci dans aucune circonstance.

Hannah Arendt

Pour Arendt la seule possibilité d’écarter ce « mal » c’est de continuer à « penser » (c’est-à-dire s’interroger sur soi, sur ses actes, sur la norme) La banalité du mal (4)

Ces expériences vont complètement à l’encontre d’une idéologie à la mode – car simpliste – qui pense qu’on peut détecter les délinquants dès leur plus jeune âge. La quasi totalité de la délinquance financière actuelle est la fait d’anciens élèves des grandes écoles privées qui portent des costumes très chers. 

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

Martin Niemöller, Dachau

(1) Expérience de Milgram

(2) I comme Icare Milgram

(3) Prisonniers pour la Science

(4) Banalité du mal

 

 

Voie Militante Voie Militante

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8 Réponses »

  1. @Yann

    J’ai déjà eu l’occasion de dire tout mon désaccord sur le fait de dire que Eichmann était un être banal. Je rejoins sur ce point Claude Lanzmann. Dire que Eichmann était banal revient à dire que la Shoah l’était aussi. La barbarie « industrielle » est née en 1914-18. Il y a un rapport indéfectible entre l’expérience nazie et la technique, qui confère à l’homme une puissance dont il ne comprend pas le sens. Voir la Tour de Babel.

    Quand tu parles de la délinquance financière, je crois qu’elle est l’appendice d’une société où le désir, c’est d’avoir ce que les autres peuvent avoir. Elle ne peut pas en aucun cas s’apparenter à la banalité du mal, qui nous ramènerait à comparer nos délinquants aux Kapos des camps nazis. On est alors pas loin du point Godwin. Baudrillard ou Girard me sembleraient plus adaptés pour comprendre, au fond, ce qui est assez simple à comprendre. L’expression du désir mimétique dans la rupture de l’empathie nous donne une grille de lecture bien plus convaincante de nos comportements !

    Arendt, comme tout le monde, n’a jamais pu comprendre le Heideggerien. Voir Michel Onfray. Ce qu’a écrit Martin Heidegger est tout simplement incompréhensible. Il est toujours croustillant d’entendre des profs de philo nous en faire l’exégèse. Alors, il fallait bien que Hannah Arendt trouve une explication à l’adhésion de son compagnon aux idées nazies : il ne pouvait être que banal.

  2. @Denis

    Je pense tout comme toi je crois ; ma thèse c’est que le désir mimétique existe partout et que celui ou ceux qui savent le manipuler peuvent faire que des gens « normaux » deviennent des monstres.

    Je pense que les monstres ne préexiste pas (ces fameux délinquants qu’on aurait pu dépister à la maternelle!) tapis dans toutes les sociétés prêts à agir dès que l’occasion se présente.

    Mais je développerai ma pensée ce soir.

  3. 06 sept 2011
    Ces développements d’aujourd’hui me semblent plus importants que tout, notre société humaine étant au plus grave certainement de sa maladie, et nous pauvres individus en recherche acharnée de pouvoir en sortir . Il est donc particulièrement essentiel d’élever nos consciences à la perception de ce qui est en jeu dans tous les phénomènes de maltraitances, dans tous leurs échelons et domaines d’application, et je vous dis un gros merci pour ce que vous avez produit là . Car c’est par la conscience mieux développée, comme une lumière reçue puis donnée, que nous vaincrons . Produire un maximum de lumière, voilà le premier acte de la guérison planétaire . Un gros bravo à Voie Militante .

  4. @Yann

    Sur ce point précis (dépistage à la maternelle), nous sommes d’accord. De surcroît, je n’ai jamais cru à la génétique en la matière.

    @Françoise

    Un gros bravo à Yann, d’abord !

  5. @Denis

    J’ai écrit sur le résultat (barbarie) sans faire allusion aux moyens (manipulation du désirs mimétiques). Comme je te disais je crois aussi au désir mimétique, il suffit d’être un peu attentif aux agissements humains et avoir un peu voyagé pour constater que l’envie et la jalousie sont partout présents. Le système marchand sais d’ailleurs très bien le manipuler.

    Je suis convaincu par la pertinence de la pensée de Girard, ce sentiment universel est potentiellement autodestructeur comme il l’a montré. Un système politique qui sait le manipuler peut faire sombrer une société dans la barbarie: Massacre des arméniens et l’Holodormor avant la guerre, la Shoa, les pacifiques khmers avec Pol Pot, le génocide rwandais avec 80 000 morts par jours pendant trois mois avec des moyens artisanaux, la Yougoslavie…je dois en oublier car le XXieme est riche de ces barbaries.

    Donc si j’ai compris nous sommes d’accord sur ces points ; la barbarie n’est pas génétique et n’est pas décelable dès le plus jeune age comme l’a toujours cru une certaine droite eugéniste (le nazisme s’en est d’ailleurs inspiré), alors sur quel point nous divergeons, la notion de « banalité »?

    Je suis convaincu qu’on peu faire faire des choses monstrueuses (donc pas banales) à des gens d’une grande banalité. Cela ne veut pas dire qu’un génocide soit une chose banale et heureusement

  6. @Yann

    Si l’acte n’est pas banal, j’ai dû mal à voir ou à comprendre en quoi nous aurions affaire à des êtres normaux. Nos actes sont des appendices de nos pensées, de notre idéologie, de nos représentations. Et nos pensées sont elles-mêmes des appendices de ce que nous sommes.

  7. @Denis

    Je pense que des êtres initialement « normaux » (il faudrait bien sur définir précisément ce que cela signifie) peuvent dans des circonstances particulières :
    – peur intense, passion exacerbée, guerre, manipulation, crise majeur, sentiment d’humiliation…
    – avec un gouvernement manipulant habilement la masse et ses sentiments (classiquement utilisation du bouc émissaire) .
    Peuvent basculer du coté obscure et faire des choses monstrueuses. Bien sur il y aura toujours des résistants mais ils ont toujours été bien peu nombreux.

    Il faut donc éviter ces situations particulières et les gouvernement manipulateurs .

  8. Des êtres initialement normaux peuvent dans des circonstances particulières se déshumaniser, faute d’avoir atteint le niveau de conscience de leur propre humanité comme de celle de l’autre. Je sais donc, au vu de toutes les atrocités en tous genres et de tous niveaux qui se commettent quotidiennement, que beaucoup d’humains ont un niveau faible, tristement faible dans l’échelle du respect humain fondamental, et de qualité. Le défi dans notre temps est de remédier le plus massivement et le plus rapidement possible à cet état de fait …