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Krishnamurti : une source d’inspiration inépuisable !

Par      • 9 Mai, 2010 • Catégorie(s): Culture  Culture    

Récemment, un proche ayant entendu parler de Krishnamurti m’a dit « tu dois le connaître toi, c’est ton truc » je ne n’ai pas trop su comment je devais le prendre mais bon… ! ;+)
Qu’il ne connaisse pas cet extraordinaire – au sens propre du terme – personnage, lui si cultivé, m’a fait penser qu’il était sans doute grand temps que je vous fasse découvrir cette source d’inspiration.

Son travail est d’une telle richesse que forcément, le choix des thèmes qu’il a traités est très personnel. Pardonnez cette subjectivité, nécessaire si je ne veux pas vous écrire un article de 800 pages sur le sujet !

Petite présentation

Jiddu Krishnamurti est un penseur d’origine indienne. Né en 1895, en Inde, il fut très tôt accueilli par la Société Théosophique qui vit tout de suite en lui ses grandes qualités d’esprit, son intransigeance, son envergure et sa liberté, loin de toute religion spécifique. En 1929 il rejeta la « cour » qui s’était constituée autour de lui et déclara « La vérité est un pays sans chemin » dont l’accès ne passait par aucune religion, aucune philosophie ni aucune secte établies.

En effet, certain le nomme philosophe, mais je pense que ça ne lui aurait pas plu du tout ! Pire encore, certains le prennent pour un gourou ! Quelle erreur ! Il parcourut le monde entier pour des « causeries » à propos de tout et de rien, à propos de la vie tout simplement. On peut le considérer comme un éducateur. La base de son enseignement était la conviction que les mutations fondamentales de la société ne peuvent aboutir qu’au prix d’une transformation de la conscience individuelle. Notamment en passant par la connaissance de soi et par la compréhension des influences limitatives et séparatrices du conditionnement religieux, philosophique, nationaliste, familial etc…

Il passa sa vie à voyager à travers le monde en tant qu’orateur à titre individuel, s’adressant à des auditoires aussi bien modestes que larges, expliquant aux gens le besoin de se transformer par eux-mêmes, enraciné dans sa vision intemporelle de la vie et de la vérité. Il mourut à l’âge de 91 ans, à son domicile à Ojai en Californie.

Le conditionnement

Pour lui l’homme est emprisonné, limité, par l’environnement qui l’a conditionné. Il a beaucoup insisté sur l’importance de la conscience, pas au sens de la morale, mais au sens d’être conscient. Il a dit « Juste être conscient – qu’est-ce que cela signifie ? Etre conscient que vous êtes assis là, et que je suis assis ici ; que je vous parle et que vous m’écoutez (…) Tout cela s’inscrit dans le cadre de la conscience – une partie très superficielle. Derrière cette observation superficielle il y a la réponse de notre conditionnement : j’aime et je n’aime pas, je suis Britannique et vous n’êtes pas Britannique, je suis Catholique et vous êtes Protestant. Et notre conditionnement est vraiment très profond. Cela exige beaucoup d’investigation, de compréhension. Etre conscient de nos réactions, de nos motivations cachées et de nos réponses conditionnées – cela aussi fait partie de la conscience. » et ce n’est qu’en étant conscient de ce conditionnement et des barrières que du coup l’homme se fixe qu’il pourra s’en libérer.

Se libérer du conditionnement est aussi une façon de pouvoir prendre des décisions qui sont en accord avec sa nature profonde et non celle que l’on a essayé de créer, de modifier chez nous. Selon Krishnamurti, « Vous ne pouvez pas être totalement conscient si vous êtes en train de faire un choix. Si vous dites : « Ceci est bon et cela est mauvais », le bon et le mauvais dépendent de votre conditionnement (…) Etre conscient c’est être conscient de tout ceci, sans choix ; c’est être totalement conscient de toutes vos réactions conscientes et inconscientes. Et vous ne pouvez pas être totalement conscient si vous condamnez, si vous justifiez, ou si vous dites : « Je vais garder mes croyances, mes expériences, mon savoir. » Alors vous êtes conscient seulement de manière partielle, et la conscience partielle est une véritable cécité. » ce qui explique que de nombreuses personnes vivent dans un véritable déni de la réalité, s’inventent une réalité pour supporter leurs choix qui ne sont en fait que des prisons, même si elles sont parfois dorées…

Accepter que l’on est conditionnés, en être pleinement conscients, se défaire de ce carcan, cela semble donc être un moyen de gagner sa liberté.

La liberté

Elle est centrale dans la pensée de Krishnamurti, dans sa vie.

D’après lui, « La plupart des gens à travers le monde semblent croire que la liberté est le fruit d’une longue discipline. Voir clairement est sa propre discipline. Pour voir clairement il faut qu’il y ait liberté et non une vision contrôlée (…) Ainsi, la liberté est au commencement et non à la fin : ou encore le commencement est la fin (…) Cela exige de la sensitivité (…) Cette sensitivité est la cime de l’intelligence, ce n’est pas la sensitivité d’un spécialiste – docteur, savant ou artiste. De telles fragmentations font obstacle à la sensibilité. » en effet, la liberté et le contrôle sont antinomiques, être libre c’est aussi accepter de ne pas tout contrôler, ne pas contrôler ne signifie pas subir, mais plutôt prendre les bonnes choses que la vie vous offre, sans se poser de question.

Il faut aussi savoir que le choix vous enferme… Krishnamurti a très justement dit « On pense que là où il y a choix, il y a liberté. Je peux me rendre en Italie ou en France, c’est un choix. Mais celui-ci donne-t-il la liberté ? Pourquoi devons-nous choisir ? Si vous êtes très lucide, que votre perception est pure, il n’y a pas de choix. C’est de là que dérive l’action juste. Ce n’est que dans le doute et l’incertitude que nous commençons à choisir. Donc, si vous me permettez de le dire, le choix empêche la liberté (…) La liberté n’existe que s’il n’y a pas de confusion en moi, si du point de vue psychologique et religieux je ne peux être pris à aucun piège – vous comprenez ? Et si je suis dans un état de confusion et de désordre, ne dois-je pas commencer par me libérer de ce désordre avant de parler de liberté ? (…) Donc, ne dois-je pas commencer ici, à l’intérieur de moi-même, dans mon esprit, dans mon cœur, afin de m’affranchir totalement de toute crainte, angoisse, désespoir, ainsi que des souffrances et blessures dues à quelque désordre psychique ? Observez tout cela vous-même et libérez-vous en ! (…) La grandeur de la liberté, de la véritable liberté, sa dignité, sa beauté, résident en soi dès que règne un ordre absolu. Et cet ordre ne s’établit que si nous devenons notre propre lumière. » c’est en nous-mêmes que demeurent toutes les clefs pour accéder à la liberté, au bonheur, non dans une autre personne, et c’est quand nous sommes libres et heureux que nous pouvons alors nous ouvrir à l’autre, par altruisme, par amitié, par amour et non par profit.

Quant à la moralité, il a une réflexion tout à fait intéressante, il estime que « Dénier toute moralité c’est être moral, car la moralité admise est celle de la respectabilité et je crains que nous ayons tous un vif désir d’être respectés – c’est-à-dire d’être reconnus comme étant de bons citoyens dans une société pourrie (…) C’est lorsque vous déniez tout cela, non par vos lèvres, mais en votre coeur, que vous êtes réellement moral. Car cette moralité-là surgit de l’amour et non du désir d’un profit, d’une réussite ou d’une situation dans une hiérarchie. » c’est cette position que je défends très souvent et que l’on me reproche parfois, me disant que je n’ai ni morale ni conscience, ne sachant pas ce que le mot culpabilité signifie malgré mon éducation catholique dont j’ai su fort heureusement très tôt me départir ! Je suis juste libre… et libertaire.

L’amour

Il affirme que « L’amour ne peut pas être divisé en amour de Dieu et amour pour l’homme, ni peut-il être mesuré en tant qu’amour pour une personne ou pour l’humanité. L’amour se donne lui-même en abondance, comme une fleur donne son parfum. Mais on le mesure tout le temps dans les relations humaines et, de ce fait, on le détruit. » car l’amour n’est pas une denrée que l’on mesure, que l’on partage, il se donne sans compter, à profusion, sinon on l’utilise, à des fins qui n’ont rien à voir avec l’amour, car il n’a pas de but, il n’a aucun sens, on le détruit en ne respectant pas sa nature, sa liberté.

Il a ajouté que « L’amour ne comporte ni devoir ni responsabilité. » car, si l’on s’oblige à agir par devoir, l’on n’aime pas ce que l’on fait, même si l’on essaye de se convaincre du contraire pour tenir le coup et la structure même du devoir emprisonne l’homme et le détruit, détruit sa liberté. Ce qui est hautement dommageable, en effet, que sont les gens qui nient l’amour ?

Krishnamurti a très bien compris que « Sans amour vous aurez beau faire – courir après tous les dieux de la terre, prendre part à toutes les activités sociales, tenter de remédier à la pauvreté, entrer en politique, écrire des livres, écrire des poèmes – vous ne serez qu’un être mort. Sans amour, vos problèmes iront croissant et se multipliant à l’infini. Mais avec l’amour, quoique vous fassiez, il n’y a plus de risque, il n’y a plus de conflit. » ceux qui fuient leur vie, qui s’abrutissent de travail, qui se croient libres car ils sont libres de travailler, d’avoir une vie sociale, de payer leur facture, d’aller en vacances etc… mais qui rejettent l’amour qu’on leur porte ou qu’ils portent à une autre personne, qui se retiennent perpétuellement, se meurent petit à petit, sont en proie aux doutes, aux questionnements, à la tristesse, perdent leur liberté, la liberté d’être simplement heureux, de se laisser aller, de vivre !

Et la politique dans tout ça ?

Selon lui, « Ce ne sont ni la politique, ni les religions en place, ni l’accumulation de connaissances scientifiques qui vont résoudre nos problèmes — pas plus que les psychologues, les prêtres, les spécialistes. » il trouve que la crise est dans notre conscience, dans notre manière de considérer le monde et donc que c’est à nous, en travaillant sur nous-mêmes, en nous déconditionnant, en prenant nos distances avec ce monde pourri de trouver les solutions et non aux politiques, aux médecins ou aux religieux de le faire à notre place, eux qui nous conditionnent justement !

C’est donc à nous et à nous seuls de nous prendre en charge. Nous devons conquérir notre liberté, gagner notre autonomie. Il nous faut être conscients et agir selon notre coeur.

Pour Jiddu Krishnamurti, le changement fondamental dans la société ne peut émerger que d’un bouleversement radical dans l’individu et un tel changement doit passer par  une sorte de mutation par le « vieux cerveau conditionné de l’homme » afin d’accéder à une vraie liberté !

N. B. : Pierre Rabhi, que nous apprécions beaucoup sur ce blog s’inspire de Krishnamurti.

Crédit photos : le site francophone de l’Association Culturelle Krishnamurti.

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10 Réponses »

  1. @Virginie

    Sur le conditionnement, je me souviens tout particulièrement de la quête d’Henri Michaux de chercher à gommer les traces de son conditionnement (de son éducation ?). De guerre lasse, il se suicida après avoir essayé de « s’exprimer » dans la peinture, l’écriture et la sculpture !

    S’exprimer… peut-être et avant tout ! C’est là, sans doute, où nous nous construisons le plus.

  2. @virginie

    voici le lien :

    http://www.dailymotion.com/video/xaillg_krischnamurti-1sur4-evolution-condi_webcam

  3. @ Denis,

    Oui, le parallèle avec Michaux ne m’avait pas échappé.
    Mais s’exprimer ne suffit pas… il faut vivre, vivre vraiment !
    Ce que Michaux avait certainement oublié.
    Vivre et aimer !!!

  4. @Virginie

    « Vivre », c’est aussi « faire ». L’introspection permanente, la méditation sont aussi les formes d’un enfermement et d’une quête totalement auto-centrée de laquelle l’autre est absent. Nous ne nous construisons pas seuls. Nous nous construisons de la multiplication de nos « maîtres ». La complication est le peu de temps que nous avons pour les trouver.

  5. enfin du vrai rock and roll !
    « il » ne connait pas

    y a aussi le groupe lao tseu : que tu dois connaître toi Virgine ….

  6. @Gildas

    Dis-moi… Lao Tseu, est-ce que ça fond dans les nouilles ? J’aime bien aussi Charles Ardant du Picq, même si c’est un peu moins « oriental » !

  7. @ Virginie : tu vois il en est rendu à prendre Lao Tseu pour une nouille !!! Après LF…
    Que « lui » dire ! Se faire les taioistes apres les menaces …
    Fera t il des comunautés spirituelles et religieuses l’unanimité de l’humanité !
    Deviendra t il par accident dieu vivant !
    Nous « l » aurons connu humain …
    Ou en sera t il exclu … des terres terrestres et paradisiaques des élu(e)s …

    Pauvre de nous …

  8. @ Gildas,

    Allez savoir ce qu' »il » deviendra ! ;+)

    @ Denis,

    Tout à fait d’accord, vivre c’est faire.
    Je ne te le fais pas dire !

  9. Bande de militants à la « Mords-moi Lao-Tseu », laissez faire et vous vivrez sans emmerder les autres;
    Non seulement ça fond sur les nouilles mais ça fond dans la bouche

  10. @ virginie

    il faut des fois retourner la crèpe, mais malheureusement elle ne répond
    pas toujours à ses attentes et peut être très versatile suivant les jours …

    Que serait ce vivre sans amour dans tous les sens ou avec tous ses sens ?

    Wie Gefühle unser Leben bestimmen ?